
Le Luxembourg va devenir le premier pays européen à autoriser des entreprises privées à exploiter des ressources spatiales. Une initiative qui aura sans aucun doute un impact dans les années à venir.
Ah, le Luxembourg ! Ce petit pays, qui compte un peu plus d’habitants que la ville de Toulouse, est tout de même sacrément doué pour se faire de l’argent. Totalement dévasté par la Seconde Guerre mondiale, c’est désormais l’un des pays les plus riches du continent grâce à ses activités bancaires. Mais le Grand-Duché ne compte pas s’arrêter là et se lance désormais dans l’exploitation des ressources spatiales.
Dès le premier août prochain, le Luxembourg va devenir le premier État européen à accorder à des entreprises privées le droit d’exploiter les ressources spatiales qu’elles récupéreront notamment sur des astéroïdes.
Les astéroïdes sont des ressources en devenir
Anecdotique ? Pas si sûr. Certains astéroïdes sont de véritables mines d’or. Par exemple, le plus riche d’entre eux jamais découvert, nommé (16) Psyché, large de 213 kilomètres de diamètre, est presque exclusivement constitué d’un alliage de ferronickel. Aux cours actuels du fer et du nickel, la valeur de ce caillou s’élève théoriquement à 10 000 quadrillions de dollars… Ce qui vaut plus que toute la richesse de la Terre.
Théoriquement, parce que notre technologie ne nous permet pour le moment pas d’exploiter les ressources de cet astéroïde et qu’il faudrait sept ans pour parvenir à se rendre sur le lieu d’exploitation. La NASA prévoit d’ailleurs de lancer une mission robotisée pour étudier l’astéroïde en 2023.
Le pays a débloqué un plan d’investissement de 200 millions de dollars en R&D spatiale
Tous les astéroïdes et les corps célestes ne sont pas aussi riches que celui-ci et nous sommes bien loin de pouvoir tirer parti de ces ressources spatiales. Mais l’initiative luxembourgeoise met un sacré coup de pied aux fesses des autres pays européens, encore frileux quant à toute initiative privée sur la conquête spatiale.
Le texte adopté par le Parlement luxembourgeois dispose que "les ressources de l’espace sont susceptibles d’appropriation" et pose un cadre légal à ces explotations – tandis qu’un grand flou juridique entoure le reste du monde, y compris les États-Unis dans le Outer Space Treaty de 1967. Le texte précise qu’une entreprise basée dans le Grand-Duché et souhaitant réaliser des exploitations minières sur des astéroides devra se conformer aux traités internationaux en vigueur et devra au préalable obtenir un agrément des ministères en charge de l’économie et de l’espace du Luxembourg.
Une vaste stratégie spatiale
Votée le 13 juillet dernier, cette nouvelle loi fait partie d’une stratégie sur le long terme du Luxembourg en terme de conquête spatiale. En février 2016, le Grand-Duché avait déjà lancé le site spaceresources.lu afin d’encourager les initiatives spatiales et d'expliciter la politique du pays en la matière.
Sous l’impulsion du Premier ministre Étienne Schneider, le pays avait en parallèle débloqué un plan d’investissement de 200 millions de dollars en R&D spatiale. Un certain nombre d’entreprises américaines spécialisées dans l’exploitation minière d’astéroïdes avaient accepté de s’expatrier là-bas, à l’instar de Deep Space Industries ou de Planetary Resources Inc., qui a reçu un soutien de 29 millions d’euros de l’État luxembourgeois pour ce partenariat, souligne Bloomberg.
En somme, le Luxembourg bouge. Et il bouge à la vitesse nécessaire pour concurrencer – ou du moins tenir la longueur – face aux SpaceX et autres Blue Origin. En France, on attend des initiatives similaires pour booster le développement d’entreprises comme Starbust Accelerator. Pour le moment, le gouvernement d’Édouard Philippe n’a fait connaître aucune ambition spatiale. Pas plus que le candidat Macron lors de la campagne présidentielle.
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