Le plus important producteur privé de charbon au monde, l'Américain Peabody Energy, s'est mis sous la protection de la loi américaine sur les faillites. Une chute symbolique des difficultés du secteur du charbon, l'un des plus polluants au monde.
Le charbon américain fait grise mine. Il vient de perdre son champion incontesté. Le géant Peabody Energy, premier producteur privé au monde, s'est placé sous la protection de la loi américaine sur les faillites, mercredi 13 avril. Une décision qui ne signifie pas que le groupe met la clef sous la porte, mais qu'il va tenter avec l'aide de l'État de restructurer sa dette afin d'éviter de fermer purement et simplement.
Ce géant est tombé sur le champ de bataille contre le réchauffement climatique, victime de la baisse des prix de cette matière première considérée comme l'une des plus polluantes au monde. Elle est aussi dans le collimateur du président américain Barack Obama, qui veut faire passer la part du charbon dans la production d’électricité de 39 % actuellement à 27 % en 2030, afin de soutenir le développement des énergies renouvelables.
Dans ce contexte, la chute du roi du charbon n'a pas surpris. Peabody avait cumulé une dette de 6,3 milliards de dollars (5,6 milliards d’euros) et avait déjà raté deux échéances de remboursement.
Une acquisition malencontreuse
La dégringolade des prix du charbon (- 75 % depuis 2011) a érodé sa capacité financière à tenir ses engagements. Mais pas seulement. Peabody avait en outre décidé de racheter pour plus de quatre milliards de dollars son concurrent australien MacArthur Coal, juste avant le retournement de conjoncture en 2011. Ce rachat "a constitué une malédiction" pour le groupe, a soutenu l'analyste financier américain Jeremy Sussman au site économique de la chaîne Bloomberg.
Il a précipité ce tournant dans une histoire commencée il y a 133 ans lorsqu'un jeune homme de 24 ans, Francis S. Peabody, s'était lancé dans l'aventure minière avec 100 dollars, deux wagons et deux mules. C'est, en tout cas, la légende entretenue par le groupe.
Gaz de schiste et Chine
Peabody est peut-être la faillite la plus retentissante d'un secteur aux abois, mais elle est loin d'être la seule. Une cinquantaine de producteurs américains de charbon ont mis la clef sous la porte depuis 2011.
Si la priorité affichée pour les énergies renouvelables de la Maison Blanche a contribué à ce déclin, ce n'est pas la seule raison. Le boom du gaz de schiste a offert une alternative bon marché au charbon. La Chine a aussi joué un rôle : elle a revu à la baisse ses appétits pour cette ressource afin de se mettre sur les rails du "climatiquement correct".