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Quand Renault anticipait l'éventuel suicide de ses cadres

D'après des documents révélés vendredi par Le Parisien et France Info, Renault avait anticipé un éventuel suicide de ses cadres impliqués à tort dans l'affaire de faux espionnage qui avait secoué le constructeur automobile en 2011.

Renault avait anticipé l’éventuel suicide ou tentative de suicide des cadres suspectés dans l’affaire de faux espionnage qui a éclaboussé le groupe en janvier 2011, comme l’attestent des documents embarrassants révélés vendredi 12 octobre par France Info et Le Parisien/Aujourd’hui en France.

Lors d’une perquisition il y a quelques mois au siège du constructeur automobile, la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) découvre des mails de la directrice de communication du groupe de l’époque, Frédérique Le Grèves, qui attestent que la direction de Renault avait envisagé de tels actes de désespoir. Publiés par le Parisien, ils ont été versés au dossier d’instruction mené par le juge Hervé Robert.

Retour sur les faits

Le 11 janvier 2011, trois cadres sont accusés d’espionnage industriel - à tort, mais Renault ne le sait pas encore. Michel Balthazard, Matthieu Tenenbaum et Bertrand Rochette sont convoqués pour un entretien préalable à un éventuel licenciement pour faute lourde . Parallèlement, l’armée de communicants du groupe se réunit pour établir la stratégie à adopter et déterminer "des éléments de langage".
Dans la nuit du 11 au 12 janvier, nous racontent les médias, Frédérique Le Grèves envoie un mail "confidentiel" aux attachés de presse du groupe et aux communicants de sociétés extérieures donnant instruction de préparer une déclaration si l’un des cadres licenciés venait à mettre fin à ses jours.

Le 12 janvier, Renault porte plainte pour " espionnage industriel, corruption, abus de confiance, vol et recel commis en bande organisée" et les trois hommes, accusés sans preuves, sont licenciés. L’affaire fait la une des journaux et les noms et visages des cadres en question sont révélés dans la presse.
"C’était des éléments de langage"
Le document, exploité aussi par France Info, fait état de deux options : la première est à utiliser si "l'un des cadres a tenté de mettre fin à ces jours", tandis que la seconde est à reprendre s'il "a mis fin à ses jours".
Voici un extrait du message publié sur le site de France Info : "Merci de demander à Emmanuelle de travailler sur une déclaration à utiliser en interne et externe au cas où l'un d'entre eux commettrait l'imparable [sic] . Ça serait sur le thème : 'nous sommes abasourdis et nous avions pris les dispositions médico-psychologiques pour les trois individus'".
          
Utilisant les formules d'usage pour de tels drames, les deux communiqués sont similaires, à l'exception d'une phrase rajoutée dans l'option 2 selon laquelle l'entreprise... "pense particulièrement à la famille de M. XXX". "Toute l'entreprise est profondément ébranlée par ce drame et pense particulièrement à la famille de M. XXX. Depuis le début de cette affaire, Renault a toujours veillé à préserver l'identité de ses cadres, dans le plus strict respect des personnes concernées. Face à ce geste qui nous bouleverse, nous entendons maintenir notre position et ne pas faire de commentaires. C'est bien de la dignité des personnes dont il est question ici", peut-on encore lire.  
            
Contactée par Le Parisien, Frédérique Le Grèves reconnaît avoir demandé à ses services de préparer ces projets de communiqués. "C'était de l'anticipation pure, des éléments de langage pour être prêt à répondre aux journalistes", à déclaré Mme Le Grèves au quotidien, qui précise qu'elle est désormais chef de cabinet de Carlos Ghosn, le PDG de Renault.
L’affaire de faux espionnage
Le 23 janvier 2011, celui-ci avait déclaré dans le journal de 20 heures de TF1 qu’il avait "des certitudes" et des "preuves multiples". Deux mois plus tard, les accusations d’espionnage s’effondraient et Renault devait faire machine arrière.
Une information judiciaire avait été ouverte au mois de mars 2011 et deux anciens cadres du service de sécurité de Renault mis en examen, soupçonnés d'avoir contribué à une escroquerie au renseignement en faisant accuser à tort  les trois cadres de Renault. Elle s’est conclue quatre mois plus tard par la démission du numéro deux de Renault, Patrick Pélata, le débarquement de six autres responsables et l'indemnisation des trois cadres licenciés à tort.
FRANCE24 avec dépêches