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Trafic d'organes de condamnés à mort en Chine

Des milliers de détenus chinois sont exécutés chaque année. Le trafic des organes prélevés sur leurs corps s'avère lucratif, notamment grâce au grand nombre de patients étrangers venus en Chine.

Des milliers de détenus sont exécutés chaque année en Chine. Un phénomène macabre et honteux prolonge ces condamnations à mort : le trafic d'organes - reins, foies, cornées - prélevés sur les corps des prisonniers.

Les autorités ne nient pas cette pratique qui existe depuis des années mais insistent sur le fait que les familles des exécutés ont donné leur accord,  une version réfutée par celles-ci.

Une loi votée début juillet interdit officiellement ce type d’opération. Ce trafic continuerait cependant au grand jour.

Selon les statistiques d’Amnesty International, 90 % des organes transplantés en Chine proviendraient de prisonniers exécutés. Officiellement, ces prisonniers ont le droit de donner leurs organes. Difficile cependant de vérifier leur consentement. Beaucoup de documents sont en effet maquillés par les autorités pénitentiaires, qui souhaitent elles aussi profiter d’un trafic particulièrement lucratif.

Un intermédiaire confirme à nos journalistes la complicité des personnels pénitentiaires. Il s’occupe de faire venir à Tianjin des patients arabes contre une commission qui peut s’élever à un tiers du montant total de l’opération. "C’est pas difficile, on parle au directeur de l’hôpital et les choses se font", assure-t-il. Et de rajouter : "Il y a moins de monde qu’avant  car ces opérations sont illégales et il y a de plus en plus de pression de la part des autres pays."

Inauguré il y a huit ans, l’hôpital de Tianjin, à 70 kilomètres au sud de Pékin, est un établissement public réputé dans le monde entier. Une centaine de patients étrangers font le voyage chaque année pour bénéficier de greffes d’organes.

Officiellement, il est interdit pour un étranger de venir se faire opérer en Chine. Pourtant, à Tianjin, de nombreux visiteurs étrangers, la plupart provenant du Golfe, viennent recevoir des transplantations d’organes, moins chères et beaucoup plus rapides que dans leurs pays d’origine.

Au cimetière de Tianjin, on trouve des dizaines de tombes de patients musulmans, des patients venus en Chine chercher un second souffle mais pour qui les opérations ont mal tourné. "Il y en a un qui vient du Soudan et l’autre du sultanat d’Oman", indique un fossoyeur, au travail dès les premières heures de la journée. "Ils viennent de l’hôpital", poursuit-il.

De 30 000 à 150 000 dollars suivant le type d’opération

Il existe même des sites Internet qui vantent les mérites des transplantations en Chine, sans bien évidemment parler de l’origine des organes. On peut s’y informer sur les différentes opérations : greffes de foie, greffes de rein pour les patients atteints de dysfonctionnement et pour qui une opération est le dernier espoir. Le système est bien rôdé. Comme à Tianjin, de nombreux hôpitaux chinois pratiquent ces opérations. On apprend sur internet que la transplantation d’un rein coûte 62 000 dollars, il faut compter 150 000 dollars pour un poumon ou encore 30 000 dollars pour une cornée.

Un prix confirmé par le frère d’un des patients de l’hôpital, venu d’Arabie saoudite : "Le prix dépend de l’hôpital, du type de chambre, du groupe sanguin et s’il y a un foie disponible. Je pense que ça coûte entre 100 000 et 120 000 dollars. Pour la plupart des patients du Golfe, c’est payé par leur gouvernement. C’est très rare que les gens paient eux-mêmes. Ils le font uniquement si c’est très urgent."

La loi ignorée dans de très nombreux hôpitaux

Ce genre de pratique dure depuis plusieurs années et le gouvernement ferme les yeux. La corruption règne. Rien que pour l’hôpital de Tianjin, on estime qu’un millier de patients ont été opérés.

Le collège de bioéthique assure pourtant que la loi chinoise est très stricte dans ce domaine. Zhai Xiao Mei, directrice du Centre de recherche sur la bioéthique, du Collège médical de Pékin, est catégorique sur ce sujet : "Avant, la loi était assez floue et c’est vrai que beaucoup d’étrangers en ont profité pour venir se faire opérer ici. Le ministère de la Santé s’est inquiété du problème et a édicté une loi très claire : il est totalement interdit pour un étranger de venir se faire transplanter un organe en Chine."

Une loi totalement ignorée à Tianjin comme dans de nombreux hôpitaux du pays. La Chine a simplement démenti ces accusations. Mais, avec plus de 3 000 exécutions capitales par an, le pays est l’un des champions de la peine de mort dans le monde. Plus d’un millier d’organes seraient ainsi prélevés chaque année en Chine.