Le Pakistan a affirmé avoir intercepté 23 drones suicides lancés depuis l'Afghanistan en direction de l'espace aérien pakistanais au cours du seul mois de septembre. Alors que les deux pays sont en conflit depuis le mois de février, les Taliban ont intensifié l'utilisation de vecteurs aériens sans pilote pour frapper le Pakistan, ce qui alimente des inquiétudes à Islamabad.
Le 23 septembre, l’armée pakistanaise a affirmé avoir abattu au moins huit drones à voilure fixe dans la province du Khyber Pakhtunkhwa, à moins d’un kilomètre de la frontière afghane.
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Accepter Gérer mes choixDepuis le début du conflit avec le Pakistan en février, les Taliban afghans ont déployé des drones FPV (pilotés en immersion) armés de munitions, comme des obus de mortier, pour attaquer les positions pakistanaises près de la frontière. Ils ont également recours à des drones suicides à voilure fixe, des modèles plus grands et dotés de moteurs plus puissants, potentiellement capables de parcourir des centaines de kilomètres.
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Accepter Gérer mes choixCôté diplomatique, le ministère pakistanais des Affaires étrangères a annoncé le 28 septembre avoir remis une note de protestation diplomatique aux Taliban concernant ce qu'il a qualifié d'"incursions provocatrices", faisant état de 23 drones lancés depuis l'Afghanistan en direction de l'espace aérien pakistanais depuis le début du mois de septembre.
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Accepter Gérer mes choixAnciens alliés
Autrefois proches alliés, le Pakistan et les Taliban afghans sont entrés en conflit ouvert il y a environ huit mois, lorsque le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Mohammad Asif, a publiquement déclaré que "‘les relations avec les Taliban s'étaient dégradées au point de devenir une 'guerre ouverte'".
Le conflit s'est envenimé après qu’Islamabad a commencé à cibler les positions du groupe militant pakistanais Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) sur le territoire afghan. Également connu sous le nom de "Taliban pakistanais", le TTP est considéré comme organisation terroriste par plusieurs pays et institutions internationales, notamment l'ONU, l'Union européenne et le Pakistan. Le TTP mène des attaques régulières au Pakistan, tout en entretenant des liens de longue date avec les Taliban afghans, accusés d’héberger et de soutenir le groupe.
Dans les airs, le Pakistan bénéficie d'une supériorité militaire aérienne sur son voisin : il a frappé des positions présumées du TTP loin à l'intérieur du territoire afghan. La réplique des Taliban s’est faite par voie terrestre et, donc, avec des drones.
Le 27 février, le gouvernement taliban d'Afghanistan affirmait ainsi avoir lancé des drones sur la capitale pakistanaise. Le même jour, des sources pakistanaises publiaient des images de ce qu'elles ont présenté comme des drones talibans abattus dans la banlieue de la capitale.
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Accepter Gérer mes choix"Fabriquer un drone à voilure fixe n'est plus si compliqué"
L’expert en drones Mark Grozel explique :
"Ces drones mesurent environ deux mètres et peuvent transporter entre 500 grammes et un kilo d'explosifs. Leur efficacité militaire est très limitée et ils sont faciles à intercepter. Ils sont lents et volent à basse altitude. La difficulté réside dans leur détection : ils sont durs à repérer. Mais une fois localisés, ils sont faciles à abattre.
Plusieurs scénarios sont envisagés. L'un d'eux est qu'un gouvernement étranger les leur fournisse. Ou ils pourraient être, dans une certaine mesure, de fabrication artisanale. Aujourd'hui, fabriquer un drone à voilure fixe n'est plus si compliqué.
Les logiciels de pilotage automatique qui contrôlent la trajectoire d'un drone sont largement accessibles.
Sur [le site de commerce en ligne] Alibaba, vous pouvez facilement acheter des composants comme le moteur ou la batterie. La structure peut être réalisée avec une imprimante 3D ou à partir de polystyrène, ou même de bois de balsa…"
Sur les images présentées par l’armée pakistanaise, la rédaction des Observateurs de France 24 a pu repérer ce qui ressemble à des moteurs DLE-55 équipant chacun des drones suicides présentés. Ces moteurs monocylindres de 55 cm3 sont commercialisés en ligne.
Malgré la rusticité de leurs moteurs, la faible charge explosive qu'ils transportent et la simplicité de leurs systèmes de radionavigation, ces drones exercent un fort impact psychologique.
"Leur force principale réside dans leur impact psychologique"
Mark Grozel reprend :
"La force de ce type de drones à voilure fixe réside dans leur faible coût de fabrication. N'importe quel groupe disposant de ressources, y compris les Taliban, est désormais en mesure d'en produire.
Cela vous permet de dire à votre adversaire : "Je peux menacer vos infrastructures à tout moment." Si l'un d'eux frappe une école ou un dépôt de carburant, les conséquences pourraient être catastrophiques. Leur force principale réside dans leur impact psychologique."
Les affrontements directs entre le TTP et les forces de sécurité pakistanaises se sont considérablement intensifiés depuis le retour des Taliban au pouvoir en Afghanistan : on comptait 98 incidents en 2021, contre 470 en 2024. Tout au long de l'année 2025, des heurts réguliers le long de la frontière auraient fait environ 4 000 morts.
Le 18 septembre, un attentat à la voiture piégée mené par un kamikaze du TTP contre une mosquée a fait 21 morts à Kohat, une ville frontalière pakistanaise.
Les racines de l'alliance entre les Taliban afghans et le TTP
Mukhtar Wafaei est expert des Taliban et spécialiste des affaires afghanes :
"Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter à la guerre soviéto-afghane des années 1980.
Durant ces années-là, des combattants afghans et pakistanais ont été envoyés depuis des écoles coraniques du Pakistan pour participer au "jihad" contre les forces soviétiques en Afghanistan.
Des liens se sont forgés au cours de cette période et n'ont guère été remis en cause jusqu'aux attentats du 11-Septembre et à l'invasion américaine de l'Afghanistan qui a suivi.
Après l'effondrement du premier gouvernement taliban en 2001, les dirigeants et les membres du mouvement se sont dispersés, nombre d'entre eux trouvant refuge dans les zones frontalières du Pakistan, notamment au Khyber Pakhtunkhwa, au Waziristan et au Baloutchistan."
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Accepter Gérer mes choix"Ils ont entretenu ces relations transfrontalières historiques. En 2008, les Taliban afghans ont étendu leur présence dans diverses régions de l'Afghanistan. À la même époque, plusieurs organisations jihadistes opérant au Pakistan, issues des mêmes zones tribales et perpétrant des attaques violentes, se sont regroupées sous la bannière du TTP.
Puis il y a eu un autre tournant en 2021, lors du retour au pouvoir des Taliban en Afghanistan. Les dirigeants talibans qui avaient été hébergés dans des planques du TTP au Pakistan sont partis pour l'Afghanistan. Leurs amis, alliés et associés pakistanais les ont accompagnés à Kaboul et y ont également trouvé refuge."
Entre la fin de l'année 2021 et la mi-2022, le Pakistan a tenté de négocier avec le TTP. Mais après le refus du groupe de déposer les armes ou d'accepter le cadre constitutionnel pakistanais, l’armée pakistanaise a lancé des attaques dans tout le pays le 28 novembre 2022. Les Taliban affirment de leur côté que le TTP est une question interne au Pakistan et déclinent toute responsabilité.
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Accepter Gérer mes choixC’est après l’échec d’ultimatums diplomatiques que le Pakistan a eu recours à des frappes aériennes sur le territoire afghan, entraînant la réplique de Kaboul.
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Accepter Gérer mes choixMukhtar Wafaei ajoute :
"Il existe une relation idéologique très profonde entre les Taliban afghans et le TTP, ancrée dans les écoles coraniques islamistes extrémistes du Pakistan. Ils partagent la même idéologie, sont issus de la même tradition religieuse et suivent les mêmes enseignements. On ne peut plus les séparer : ils forment aujourd'hui un seul et même groupe.
Quelques mois après le retour des Taliban afghans au pouvoir, le chef du TTP a déclaré très clairement en pachtou que le Tehrik-e-Taliban Pakistan et l'Émirat islamique d'Afghanistan – c'est-à-dire les Taliban afghans – ne faisaient qu'un. Il a affirmé : 'Nous sommes un seul groupe, suivant un seul programme, une seule idéologie et une seule méthode.' C’est particulièrement révélateur que cela soit dit par le chef du TTP lui-même."
