Mardi, le parquet de Paris a réclamé dix mois de prison avec sursis et deux ans d'inéligibilité contre Rima Hassan. L'eurodéputée de La France Insoumise (LFI) a été jugée pour un tweet – supprimé depuis – où elle citait l'un des auteurs de l'attentat meurtrier à l'aéroport de Tel-Aviv, en 1972. La décision judiciaire sera rendue le 30 novembre prochain.
Au terme de deux jours de procès pour apologie du terrorisme, le parquet de Paris a requis, mardi 20 octobre, dix mois de prison avec sursis et deux ans d'inéligibilité contre l'eurodéputée de La France Insoumise (LFI), Rima Hassan. La décision sera rendue le 30 novembre.
Elle avait publié sur X une citation attribuée à un Japonais, combattant de la cause palestinienne et auteur de l'attentat qui a fait 26 morts à Tel-Aviv, en 1972 : "Kozo Okamoto : J'ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne. Tant qu'il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir".
Cette publication, vue 252 900 fois en l'espace de 18 heures, avant d'être supprimée, "ressemble à un hommage", sans "critique", ni "distanciation", selon le ministère public, qui y voit une "vision héroïsée, en complet décalage avec ce qu'a été Okamoto : un tueur".
"Ce n'est pas le procès du conflit israélo-palestinien", a précisé le parquet, pour qui cette cause "ne peut pas servir de totem d'immunité".
Droit au silence de l'eurodéputée
Peu après l'annonce des réquisitions, le leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon, a affirmé sur X que "la macronie sombre dans la honte de tous les abus de pouvoir et de la servilité devant les demandes de (Benjamin) Netanyahu", le Premier ministre israélien.
Lundi, la juriste, militante de la cause palestinienne, avait dénoncé une "tentative d'intimidation" et une "mise sous silence d'une élue de l'opposition", avant d'exercer son droit au silence. Pour les nombreuses parties civiles présentes au procès, Rima Hassan n'a pas souhaité s'exprimer car elle "savait qu'elle avait franchi la ligne, elle qui a pris l'habitude de marcher sur cette ligne de crête".
"Les mots ont un pouvoir, ils peuvent être créateurs, destructeurs, ce sont les mots qui forgent les convictions et créent un chemin vers l'action", a rappelé dans sa plaidoirie Andréa Assor Doukhan, l'une des avocates de l'Organisation juive européenne (OJE) qui avait signalé au parquet le post sur X de Rima Hassan.
Dénonçant un acharnement judiciaire à son encontre, et les fuites intervenues pendant sa garde à vue sur une soi-disant possession de drogue de synthèse qui s'est révélée fausse, l'eurodéputée avait refusé de s'expliquer lundi, exerçant son droit au silence.
"Vous parlez de génocide" mais "savez-vous de combien (de personnes) la population a augmenté à Gaza entre 2022 et 2025 ?", a lancé Me Brigitte Lapeyronie, avocate de l'organisation Contre la haine, l'antisémitisme, le racisme (Char), à Ghislain Poissonnier, magistrat expert en droit international cité par la défense.
"De 40 000", a-t-elle répondu, ce qui a fait bondir Rima Hassan, Franco-Palestinienne, ulcérée par "l'indécence" de ces propos : "Dire qu'il n'y a pas de génocide à Gaza car la population est en augmentation", c'est de la "propagande négationniste israélienne".
Rima Hassan "nous représente, comment peut-elle défendre du terrorisme ?"
"Les attaques du 7-Octobre étaient illégales", a de son côté déclaré Ghislain Poissonnier, mais le droit international reconnaît un "droit d'user de la résistance armée" au "peuple palestinien" dont le territoire est "occupé" et "colonisé", a-t-il ajouté.
La voix brisée, Yves Klejman, témoin cité par l'OJE, a évoqué sa mère, rescapée de l'attentat de 1972. Elle a survécu mais "le corps criblé d'éclats de grenade". Rima Hassan "nous représente, comment peut-elle défendre du terrorisme ?", a-t-il estimé.
"Il m'est arrivé plein de fois de retweeter des choses sans regarder d'où ça venait", a expliqué, pour sa part, l'ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, Alain Gresh, pour tenter d'excuser le geste de l'accusée. "Le principe de Twitter, c'est d'aller vite", estime le spécialiste du Proche-Orient.
"Cette erreur" aboutit "à un procès alors que la justice est débordée", qu'elle pourrait "s'occuper (...) des soldats franco-israéliens à Gaza", qui commettent des "crimes de guerre (...) sans être inquiétés", a-t-il défendu.
L'avocat de Rima Hassan a plaidé la relaxe. À la sortie de l'audience, une petite foule de jeunes s'est pressée autour de l'élue, keffieh sur les épaules – certains pour la féliciter, d'autres pour se prendre en selfie avec elle.
Avec AFP
