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Qui disposera de la majorité au Sénat à l'issue des élections de mi-mandat le 3 novembre ? Les démocrates espèrent conquérir des sièges appartenant aux républicains lors du renouvellement d'un tiers de la chambre lors des midterms. De quoi changer le rapport de force à Washington face à Donald Trump. De l'Alaska au Texas, zoom sur les duels décisifs.

La majorité au Sénat est l'un des enjeux des élections américaines de mi-mandat (midterms). © Studio graphique France Médias Monde

Les démocrates vont-ils parvenir à changer le rapport de force au Congrès américain ? Si la Chambre des représentants est un enjeu des midterms, le "blue party" espère aussi décrocher la majorité au Sénat au détriment des républicains.

Cette majorité doit se jouer dans une poignée d'États clés : Alaska, Maine, Texas, Ohio… Zoom sur les duels décisifs qui pourraient faire basculer la Chambre haute.

Les neuf États qui vont décider de la majorité au Sénat
  • Six sièges républicains ciblés : Alaska, Caroline du Nord, Iowa, Maine, Texas, Ohio.
  • Trois sièges démocrates défendus : Michigan, Géorgie, New Hampshire.

Comment fonctionnent les élections sénatoriales ?

Composé de 100 membres et représentant les États fédérés, le Sénat est la chambre haute du Congrès américain, la branche législative du gouvernement fédéral étatsunien. Quelle que soit sa superficie ou sa population, chaque État y a un poids équivalent : deux sièges. Les 588 000 habitants du Wyoming ont ainsi autant de poids que la Californie et ses 39 millions d'habitants.

Le Sénat est renouvelé par tiers tous les deux ans. Actuellement, le Sénat est composé de 53 républicains, 45 démocrates et deux indépendants – qui votent avec les démocrates.

Le 3 novembre, 35 sièges sont mis en jeu. L'arithmétique est simple pour les démocrates : ils doivent conquérir quatre sièges pour décrocher la majorité. En effet, en cas d'égalité lors d'un vote, il revient au vice-président – le républicain J. D. Vance – de départager les deux camps.

© Studio graphique France Médias Monde

Les sièges qu'espèrent conquérir les démocrates

Les agrégateurs de sondages et les analystes indépendants s'accordent à dire que les élections sénatoriales se joueront dans neuf États, dont cinq détenus actuellement par les républicains.

En Alaska, le sénateur républicain sortant Dan Sullivan est actuellement en difficulté. Son adversaire démocrate, l'ex-représentante Mary Peltola, fait jeu égal dans les sondages, dans un État historiquement favorable aux républicains, et bien que des accusations de harcèlement aient récemment émergé à son encontre dans le New York Times. De plus, le Parti républicain craint une dispersion des votes en raison d'une confusion liée à la présence d'un bulletin au nom de Dan J. Sullivan, enseignant retraité, qui a obtenu suffisamment de voix pour accéder au scrutin de novembre.

En Caroline du Nord, le sénateur sortant Thom Tillis prend sa retraite. Et sa succession est ouverte : d'un côté Michael Whatley, stratège républicain et allié du président Donald Trump, qui ne s'est jamais présenté devant les électeurs ; de l'autre, le démocrate Roy Cooper, élu à quatre reprises procureur général de l'État puis deux autres fois comme gouverneur en 2016 et 2020, alors même que Donald Trump s'était imposé dans l'État ces années-là.

Dans l'Iowa, dominé depuis une décennie par les républicains, l'issue du scrutin semble particulièrement indécise. Comme dans la plupart des États ruraux, les effets des droits de douane imposés par Donald Trump et de la hausse des prix des carburants ont frappé la population de plein fouet. Le mécontentement gronde. Avec le départ à la retraite de Joni Ernst, la représentante Ashley Hinson tente de conserver le siège dans l'escarcelle républicaine. Elle affronte Josh Turek, élu local et ancien parathlète de basket-fauteuil, qui vante son travail bipartisan au sein de la Chambre des représentants de l'Iowa.

Un outsider contre la sénatrice sortante, en place depuis 1997 : c'est l'affiche de l'élection sénatoriale dans le Maine. Les démocrates voient dans cette élection une des clés pour la majorité au Sénat, mais affrontent des vents contraires. Leur candidat initial, Graham Platner, ostréiculteur progressiste et novice en politique, a renoncé à sa candidature après avoir été accusé de viol – des accusations qu'il réfute. C'est donc Troy Jackson, ancien bûcheron et élu local progressiste, qui a repris le flambeau des espoirs de l'opposition à moins de 100 jours de l'élection. Il affronte Susan Collins, sénatrice occupant depuis plus d'un tiers de sa vie une place au sein de la Chambre haute, une modérée qui s'écarte parfois de la ligne républicaine officielle.

Enfin, les démocrates croient aussi en leurs chances au Texas. Largement dominé par les républicains, le "Lone Star State" pourrait élire un sénateur issu de leurs rangs pour la première fois depuis 1992. Les sondages peinent à départager James Talarico, élu démocrate et ancien séminariste, et Ken Paxton, procureur général républicain de l'État. Visé par des accusations d'infidélité conjugale qui avaient failli lui coûter son poste en 2023, Ken Paxton a écarté le sénateur sortant John Cornyn lors d'une primaire très disputée, grâce au soutien de Donald Trump.

Enfin, dans l'Ohio, c'est une élection spéciale qui aura lieu. Elle aura pour objectif de choisir le remplaçant de J. D. Vance, qui a démissionné pour devenir le vice-président de Donald Trump. C'est un revenant démocrate, Sherrod Brown, sénateur de l'État de 2007 à 2025, qui relève le gant face à Jon Husted, intérimaire à la place de J. D. Vance. L'Ohio s'est progressivement ancré dans le camp républicain au cours de la dernière décennie, mais les sondages récents donnent à Sherrod Brown une chance.

Les sièges que doivent défendre les démocrates face aux républicains

Cependant, en plus de conquérir des sièges actuellement républicains, les démocrates doivent défendre leurs propres sièges dans trois États, sous peine de rendre plus ardue la voie vers une majorité.

Or les démocrates font face à une élection à haut risque dans le Michigan. Le sénateur sortant Gary Peters a pris sa retraite et c'est la figure de l'aile progressiste Abdul El-Sayed qui s'est imposée de justesse lors de la primaire démocrate. Les critiques formulées par l'ancien responsable de la santé publique à l'égard d'Israël et son association avec le streamer de gauche Hasan Piker ont mobilisé l'aile gauche du parti, mais pourraient l'éloigner des électeurs indépendants. De quoi faire les affaires du républicain Mike Rogers ?

Au fil des dernières échéances électorales, la Géorgie s'est imposée comme un des États-pivots des élections. Donald Trump y a remporté une victoire serrée lors de l'élection présidentielle de 2024, tout comme Joe Biden en 2020. Lors de ce même cycle électoral, le démocrate Jon Ossoff avait gagné son siège de justesse lors d'un second tour après que ni lui, ni son opposant n'avaient conquis 50 % des voix. Cette fois, le sénateur sortant affronte Mike Collins, un "Maga" pur jus soutenu par Donald Trump. Cet hommes d'affaires affiche une image provocatrice sur les réseaux sociaux, parfois à son détriment. En 2024, il avait notamment été critiqué après avoir suggéré que le président démocrate Joe Biden avait orchestré une tentative d'assassinat contre Donald Trump.

Pour qui pencheront les indépendants du New Hampshire ? De l'avis des analystes, le scrutin est l'un des plus difficiles à décrypter : 39,9 % des électeurs se déclarent indépendants alors que les républicains (31,9 %) et les démocrates (28,1 %) déclarés sont à peu près à égalité. Pour ajouter à la complexité, les deux sénateurs et les deux représentants actuels sont des démocrates, mais le gouverneur est un républicain. L'ancien sénateur républicain John E. Sununu, soutenu par Donald Trump, tente de déloger Chris Pappas, un modéré dont le profil pourrait plaire aux indépendants.