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Le procès d'un triple homicide commis en 2020 lié au narcotrafic à Marseille s'est ouvert lundi. Les accusés ont nié toute implication face aux proches des victimes, dont Amine Kessaci, figure de la lutte antitrafic qui a perdu son frère Brahim dans ce crime.

Amine Kessaci arrive au palais de justice d'Aix-en-Provence le 19 octobre 2026. © Thibaud Moritz, AFP

C'est un procès très attendu. Aux assises d'Aix-en-Provence, lundi 19 octobre, les accusés d'un narchomicide perpétré en 2020 ont nié toute implication. "Je reconnais rien" a lancé l'un d'eux lors d'un premier face-à-face avec les familles des victimes. Parmi celles-ci, Amine Kessaci, figure de la lutte antitrafic, dont le grand-frère Brahim avait été tué dans ce crime particulièrement atroce.

Arrivant pour le procès aux assises à Aix-En-Provence, Amine Kessaci, qui sera entendu comme partie civile, a une nouvelle fois expliqué être "ici pour la justice, sans esprit de vengeance". L'adjoint au maire de Marseille, 23 ans, était arrivé entouré de policiers cagoulés puis a été rejoint par sa mère.

Après le meurtre de Brahim, grand frère impliqué dans le trafic, la famille Kessaci a été de nouveau endeuillée avec l'assassinat, en novembre 2025, Mehdi. Le cadet de la fratrie était, quant à lui, totalement étranger au trafic de drogue. Sa mort à 20 ans, sous les balles d'un commando à moto en plein centre de Marseille, avait provoqué une onde de choc nationale.

Les audiences se dérouleront sur trois semaines, avec un important dispositif sécuritaire en raison du profil des cinq accusés, dont deux figures de la grande criminalité marseillaise.

Les faits remontent à 2020, en pleine guerre de territoires de la drogue à Marseille. Bien avant l'émergence de la DZ Mafia, qui allait imposer dans le sang son contrôle quasi-hégémonique sur le trafic.

Le 29 décembre, après un guet-apens meurtrier à Châteauneuf-les-Martigues, près de Marseille, un véhicule est retrouvé incendié dans un tunnel d'autoroute. Dans le coffre et sur le siège passager, deux corps calcinés, chacun une balle dans la tête : Réda Khaldi et Brahim Chabane.

Quelques jours plus tard, le 6 janvier, un autre véhicule incendié est retrouvé. Dans le coffre, un troisième corps, calciné et démembré. Il s'agit de celui de Nassim Loubani.

Une face-à-face chargé en émotion

Amine Kessaci serre la main de son avocat, Me Pierre-Olivier Sur, au palais de justice d'Aix-en-Provence le 19 octobre 2026 © Thibaud Moritz, AFP

"Chacun peut imaginer ce que ça représente pour une famille, un frère et une mère, de rentrer dans une salle d'audience et de croiser le regard de ceux qui probablement ont tué leur fils et frère", a confié Me Pierre-Olivier Sur, l'un des avocats de la famille Kessaci.Tué à 22 ans, Brahim avait survécu, la même année, à deux tentatives d'assassinat.

A l'ouverture du procès l'émotion est palpable. À l'énoncé des faits, la mère d'une des victimes, Nassim, ne peut retenir ses larmes. Amine Kessaci tient la main de sa mère, Ouassila, qui a les larmes aux yeux.

Après des années d'attente, le militant toise les accusés sans ciller, soutenant le regard d'Amine Oualane, devenu un des chefs présumés de la DZ Mafia.

Parmi les cinq accusés, Karim Harrat. Surnommé "Rant", diminutif de Rantanplan, il est accusé d'avoir été, depuis Dubaï, le commanditaire et financier de l'opération. Sur fond de luttes intestines, il aurait voulu éliminer les trois victimes qui perturbaient ses réseaux et imposer sa suprématie sur le narcobanditisme marseillais. 

Amine Oualane est soupçonné d'avoir été son relai principal sur le terrain et l'un des tueurs, alors qu'il était en cavale. Lors de leur première prise de parole, tous deux ont nié toute implication.

Les accusés nient en bloc

Extradé du Maroc vers la France en 2023, Karim Harrat s'est présenté comme "entrepreneur" de profession. Il a eu "un mot pour les victimes" et a réclamé "la vraie vérité pour eux et pour moi."

"Je reconnais rien du tout", a lancé Amine Oualane, surnommé "Mamine", avant de s'adresser aux parties civiles: "S'ils veulent accepter mes condoléances".

Son enquête de personnalité brosse le parcours d'une délinquance initiée dès l'adolescence, scolarité abandonnée dès 15 ans. "Le manque d'argent a gâché ma vie", a-t-il confié à l'enquêtrice. Il aurait voulu obtenir "rapidement" ce qu'il n'a pas eu durant son enfance, notamment "des vêtements et des loisirs."

Son avocate a mis en avant le fait qu'il est devenu en père de deux jeunes enfants alors qu'il était en prison et ne s'est pas séparé de sa compagne depuis.

En mars, Karim Harrat et Amine Oualane étaient déjà ensemble sur le banc des accusés pour un procès mouvementé à Aix-en-Provence. Ils comparaissait pour un double assassinat commis en 2019. Accusé d'en avoir été le commanditaire, Karim Harrat avait été condamné à 25 ans de réclusion. Amine Oualane avait, quant à lui, été acquitté.

Selon une source proche du dossier, "Mamine" serait actuellement une piste dans l'assassinat de Mehdi Kessaci.

Avec AFP