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Sous pression en raison de la hausse des prix du carburant, Donald Trump a multiplié les attaques à l’encontre de Kiev ces derniers jours. Certains y voient une manœuvre destinée à détourner les responsabilités de la Maison Blanche à l’approche des élections de mi-mandat qui s’annoncent compliquées pour le parti du président américain.

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Image de couverture : Le président Donald Trump remettant la Médaille nationale de la science à Elon Musk à l’Institut des États-Unis pour la paix, à Washington, le 8 octobre 2026. © Julia Demaree Nikhinson, AP

L’Ukraine est-elle en train d’être sacrifiée par Washington sur l’autel des "midterms" ? Les récents coups de boutoir de Donald Trump à l’encontre du président Volodymyr Zelensky y ressemblent fort. "C'est une honte", a tempêté, jeudi 15 octobre, le président américain à l’encontre de son homologue ukrainien, après que Kiev a repris des frappes sur les raffineries russes. Dans un entretien accordé à la chaîne Newsmax, le résident de la Maison blanche a jugé qu'"il y a(vait) beaucoup d'autres cibles" possibles. "Quand vous frappez des raffineries de gazole, (...) vous ne rendez pas service au monde." Et de porter l’estoquade. "Il est plus difficile de travailler avec Zelensky qu'avec Poutine", ne cachant plus son admiration pour le président russe.

Sommé de réagir au micro du journaliste américain Piers Morgan le 14 octobre, Volodymyr Zelensky a dit se sentir "trahi" après les saillies de Washington. "Je ne sais pas qui le pousse à adopter une telle position, je pense que ses conseillers font fausse route, mais il n’est clairement pas du bon côté de l’histoire", a rétorqué le président Volodymyr Zelensky par médias interposés.

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Image de couverture : Ukraine © france24

"Le sang des enfants ukrainiens" sur les mains des responsables américains

Plus grave, Volodymyr Zelensky a également évoqué, dans ce même entretien, l'épineuse question du ralentissement du réseau satellitaire Starshield (version militaire de Starlink). Cette connexion haut débit utilisée pour la communication sur le front et l'interception de drones est pourtant capitale pour parer les frappes russes. Durant deux nuits consécutives cette semaine, l’armée ukrainienne a été privée du précieux dispositif américain laissant les civils particulièrement vulnérables face aux attaques par missiles balistiques. Dépourvue du système, la poursuite des opérations de contre-offensive sur le front, dans l’est du pays, devient très difficile pour l'armée. Tout comme il devient compliqué de protéger ses villes contre les drones russes à grande vitesse de type Shahed.

"Sans cette protection, les drones russes frapperont des immeubles résidentiels, des hôpitaux et des écoles, comme autant de cibles dans un stand de tir", a écrit sur les réseaux sociaux Oleksandra Matviichuk, avocate ukrainienne spécialisée dans les droits humains et dont l'ONG Centre pour les libertés civiles, qu'elle dirige, est lauréate du prix Nobel de la paix. "Soyons directs : le propriétaire et toute l’équipe de cette entreprise américaine auront le sang des enfants ukrainiens sur les mains", a-t-elle ajouté, en faisant référence à SpaceX.

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Image de couverture : © France 24

Starshield en question

Vendredi, deux responsables américains sous couvert d’anonymat ont indiqué que l'ordre de limiter l'utilisation du réseau de satellites, développé par SpaceX, était venu de la Maison blanche, remettant en cause les dénégations d’un haut responsable américain. Ces récents propos corroborent les allégations d’Elon musk, patron de Space-X, selon lesquelles le problème du réseau militaire Starshield en Ukraine provenait du gouvernement américain, et non de SpaceX.

Autant d'invectives et d'incidents entre Washington et Kiev qui n'interviennent pas par hasard dans le calendrier électoral américain. Le scrutin du 3 novembre prochain – qui déterminera les deux prochaines années de la présidence Trump – pourrait expliquer en grande partie l'évolution de l'attitude à l'égard de l'Ukraine.

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Image de couverture : © France 24

Tactique électoraliste

"Les républicains sont confrontés à des perspectives électorales défavorables en raison de la flambée des prix de l'énergie et des pressions sur le pouvoir d'achat engendrées par la guerre impliquant l'Iran", décrypte Majda Ruge, experte chargée des questions américaines au Conseil européen des relations internationales (ECFR). "Ces pressions expliquent pourquoi le président Trump s'est montré particulièrement hostile aux attaques ukrainiennes contre des raffineries russes, à quelques semaines seulement des élections de mi-mandat."

Les dernières prises de paroles de Donald Trump convergent toutes dans ce sens. Le 9 octobre, il a d'abord annoncé un accord avec Vladimir Poutine pour importer aux États-Unis des millions de tonnes de gazole russe dans les prochains mois.

Le Trésor américain a ensuite levé les sanctions imposées en 2022 sur les exportations russes de gazole. Le président ukrainien avait alors dénoncé un accord "faible" et "indigne", tout comme les alliés européens de Kiev.

Le 11 octobre, Donald Trump a également déclaré que la Russie et l'Ukraine avaient conclu un "cessez-le-feu énergétique", pour mettre fin aux frappes contre leurs infrastructures respectives. Pour nombre d’observateurs de la politique américaine, ces annonces visent surtout à démontrer aux électeurs qu'il a remporté "un succès en matière de politique étrangère", poursuit la spécialiste. "Peu importe que la réalité corresponde ou non à ce prétendu succès diplomatique. L'image du président en tant que négociateur hors pair et les récits de ses 'victoires' en politique étrangère ne s'adressent pas au public qui suit de près l'actualité internationale."

Une réconciliation providentielle

Les dernières prises de parole tonitruantes sont en outre destinées à "montrer que Trump agit face au problème du coût de la vie", renchérit Jonathan Monton, professeur associé de sciences politiques et directeur du programme de politique publique internationale à l'University College de Londres. Avant de conclure, "concrètement, il ne peut pas faire grand-chose pour changer la réalité du coût de la vie d'ici aux élections de mi-mandat ; ce genre de geste est donc tout ce qu'il reste à sa disposition."

Faut-il croire à un autre hasard du calendrier ? Elon Musk et Donald Trump, qui s’étaient publiquement invectivés en juin dernier, se sont réconciliés à quelques semaines du scrutin. Il est probable que les 245 millions de dollars mis sur la table par le milliardaire de la tech pour soutenir des candidats clés, - devenant ainsi le plus important donateur républicain - , aient suffi à laver l’affront public à l’égard du président.

Elon Musk, qui jusque-là avait aussi apporté son soutien à l'Ukraine, semble lui aussi faire volte-face. Les technologies qu'il a apportées à Kiev lui avaient pourtant valu l'ordre de la Liberté, une distinction ukrainienne, pour ses "mérites personnels exceptionnels" dans la protection des vies humaines et le renforcement des liens avec les États-Unis.

Les raisons pour lesquelles Elon Musk a récemment décidé de critiquer ouvertement la stratégie militaire de l'Ukraine restent floues. "Il investit des sommes importantes pour soutenir le camp républicain lors des élections de mi-mandat", explique Jonathan Monton. "Il est donc possible qu’il partage sincèrement l'avis de Trump, selon lequel alléger ces contraintes d'approvisionnement servirait les intérêts des républicains ; ce serait alors sa manière de faire pression sur Zelensky pour qu'il aille dans ce sens. Mais il est très difficile d'en être certain."

Le soutien de l'UE, chaleureux et insuffisant

Seule lueur au tableau pour l'Ukraine, les attaques de Donald Trump ont permis à l'Union européenne de renouveler sa confiance à Volodymyr Zelensky, reçu à Bruxelles le 16 octobre, lors d’un sommet. "Ce n'est pas le moment de retirer notre soutien à l'Ukraine. Ce n'est pas le moment d'alléger les sanctions contre la Russie", a martelé le président du Conseil européen, Antonio Costa, devant Volodymyr Zelensky, le 16 octobre.

Reconnaissant l'incapacité de l’UE à remplacer le système de Starlink, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s'est toutefois voulue rassurante : "Une chose est absolument claire : nous ne lèverons aucune sanction tant que la Russie n'aura pas arrêté la guerre".

Interrogé à l’issue du sommet par un journaliste lui demandant s'il était devenu le bouc émissaire d’un Donald Trump en difficultés dans les sondages de mi-mandat, l'invité des 27 n'a pas répondu. Il s'est contenté d'un sourire.

Article adapté de l'anglais par Aude Mazoué