logo

Pour afficher ce contenu YouTube, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

Accepter Gérer mes choix

Une extension de votre navigateur semble bloquer le chargement du lecteur vidéo. Pour pouvoir regarder ce contenu, vous devez la désactiver ou la désinstaller.

Réessayer
Image de couverture : Philippe Lazzarini, l'ancien commissaire général de l'Agence des Nations unies en charge des réfugiés palestiniens. © France 24
A retrouver dans l’émission
Temps de lecture 4 min

Dans un entretien accordé à France 24, Philippe Lazzarini, l'ancien commissaire général de l'Agence des Nations unies en charge des réfugiés palestiniens, connu sous l'acronyme Unrwa, dénonce le changement de traitement radical vécu par l'organisation après les massacres du 7 octobre 2023. "Gaza a été labellisé Hamas et comme l'Unrwa est la principale agence à Gaza, on a fait partie de cette équation et l'agence devait être éliminée à partir de ce moment-là", explique-t-il.

Philippe Lazzarini vient de publier son livre "Témoins de Gaza : ce qui ne s'efface pas" (Éditions Favre), dans lequel il raconte que l'Unrwa, déjà moribonde depuis plusieurs années, a connu un véritable tournant après les massacres du 7 octobre 2023 en devenant une organisation à abattre pour Israël.

Avant cette date, "il y avait deux discours : le discours politique et dogmatique qui disait qu'il fallait éliminer l'agence. Mais aussi un discours pragmatique avec l'établissement sécuritaire et les affaires étrangères qui disait : 'On n'est pas d'accord avec votre raison d'être, mais nous ne voyons pas d'alternatives au service que vous apportez aux réfugiés palestiniens'", explique Philippe Lazzarini. "Le 7-Octobre a tout changé depuis le premier jour. Gaza a été labellisé Hamas et comme l'Unrwa est la principale agence à Gaza, on a fait partie de cette équation et l'agence devait être éliminée à partir de ce moment-là."

Il explique également que 16 pays donateurs avaient alors suspendu leur contribution à l'organisation, à la suite de notamment à des allégations à l'encontre d'employés de l'Unrwa accusés d'avoir participé à ces massacres. "Les mesures qui ont été prises ont été suffisantes pour progressivement convaincre les donateurs de revenir et de soutenir l'agence", déclare-t-il. Il raconte également ne pas avoir démissionné de son poste à l'époque car son successeur n'aurait alors pas été en mesure de continuer à "attirer l'attention sur les violations systématiques à Gaza".

"L'agence est un atout pour toute future transition"

Désigné persona non grata à Gaza par Israël, Philippe Lazzarini explique avoir déjà demandé à l'époque qu'un "mécanisme soit mis en place pour enquêter, non seulement sur les morts des employés mais également sur les destructions systématiques de nos installations" dont 90 % étaient endommagées ou complètement détruites.

L'ancien commissaire de l'UNRWA maintient à nouveau ses accusations de l'époque sur la famine à l'œuvre à Gaza, et raconte qu'après "des mois de siège et d'empêchement d'acheminement de l'aide humanitaire, principalement aux populations qui se trouvaient dans le nord de Gaza, nous avons atteint cette situation qu'on n'aurait jamais imaginé pouvoir atteindre qui a été la famine." Il critique également la Fondation humanitaire pour Gaza mise en place par Israël, qui "n'était rien d'autre qu'un instrument géré par d'anciens militaires pour servir les objectifs politiques et militaires d'Israël" selon lui et "a contribué à accélérer la faim et la famine."

En décembre 2025, l'Assemblée générale de l'ONU a malgré tout prolongé le mandat de l'Unrwa pour trois ans supplémentaires puis l'adoption par le Conseil de sécurité du plan Trump pour Gaza en novembre dernier bien que les effets tardent à se manifester sur le terrain. "À mon avis, c'est un jour sombre du multilatéralisme parce que c'est le jour où le Conseil de sécurité a décidé de transférer une de ses prérogatives en matière de paix et de sécurité à un organe dont, à l'époque, on ne connaissait absolument pas la composition", juge Philippe Lazzarini. "Ce même organe qui a été mis en place par le Conseil de sécurité est celui qui souhaite se passer de l'Unrwa à Gaza."

Et alors que des menaces pèsent toujours sur l'organisation, notamment de l'administration de Trump qui l'a désigné comme entité terroriste, Lazzarini rappelle que "l'Unrwa n'est plus présente à Jérusalem-Est" et que "s'ils devaient réussir à Gaza, la pression se tournera ensuite en Cisjordanie et si l'Unrwa devait quitter les territoires occupés, il ne restera plus que les réfugiés dans les pays limitrophes, ce qui pourrait inciter les membres de la communauté internationale à avoir une autre discussion sur le futur des réfugiés."

Il reste néanmoins convaincu que "l'agence est un atout pour toute future transition" mais qu'elle a besoin "d'une véritable volonté politique, d'un processus politique qui n'est pas la réponse apportée par le Comité pour la paix".