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Lancé sur les réseaux sociaux, le mouvement du 17 octobre a pris un peu plus de consistance ces dernières heures avec plus d'un millier d'actions recensées tandis que plusieurs figures historiques des gilets jaunes vont participer à cette journée d'action contre la vie chère et en soutien au mouvement lycéen.

Jérôme Rodrigues (au centre), l'une des figures de proue du mouvement des Gilets jaunes, prend un selfie lors d'une manifestation antigouvernementale organisée par le mouvement, le 11 mai 2019, à Lyon. © Jean-Philippe Ksiazek, AFP

Manifestations, occupations de ronds-points, rassemblements devant des stations-services et des dépôts pétroliers... Une carte publiée sur le site 17octobregiletjaune.net affichait dans la matinée du jeudi 15 octobre plus de 1 000 actions pour dénoncer la hausse des prix de l'essence ou encore soutenir les lycéens dans la rue depuis près d'un mois pour réclamer de meilleures conditions d'enseignement.

Née d'une vidéo virale d'un jeune homme exaspéré par les prix à la pompe, publiée sur le réseau TikTok, puis encouragée par des politiques de gauche comme Fabien Roussel ou Marine Tondelier, la date du 17 octobre n'avait pourtant, à l'origine, aucun rapport avec les Gilets jaunes. L'événement avait même d'abord suscité la méfiance au sein du mouvement, à l'image de Maxime Nicolle, alias "Fly Rider" qui a finalement annoncé récemment se rendre à Paris pour manifester.

"Aucun gilet jaune n'est à l'origine du mouvement. Maintenant, dès qu'on parle de carburant et de mécontentement, on est tout de suite catalogué 'Gilet jaune'. C'est devenu limite une marque", analyse Jérôme Rodrigues, figure historique du mouvement, qui a perdu un œil après l'explosion d'une grenade de désencerclement lors d'une manifestation en 2019. Le procès du policier mis en cause doit s'ouvrir en septembre, sept ans après les faits.

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Image de couverture : © France 24

Une situation "plus grave qu'à l'époque"

De son côté, le militant envisage la mobilisation du 17 octobre comme la continuité de celle des lycéens, victimes, selon lui, d'une "répression" policière de leur mouvement au même titre que les Gilets jaunes.

Lors des manifestations de 2018 - 2019, 23 personnes avaient été éborgnées, principalement par des tirs de LBD. En tout, 2 500 manifestants et 1 800 membres des forces de l'ordre avaient été blessés en un an, suscitant de nombreuses critiques, notamment de la part de l'ONU, sur la doctrine du maintien de l'ordre en France. Des interrogations ravivées par le mouvement des lycéens. 

"On ne s'est pas concerté en amont avec les autres figures pour appeler à manifester mais on a tous eu le même réflexe en voyant les violences de la police contre des lycéens", assure à l'AFP François Boulo, autre figure des gilets jaunes.

"On s'aperçoit que chacun se bat pour son avenir, celui des travailleurs, des familles, des retraités, mis en péril par les prix de la consommation, des carburants... Mais on parle aussi de l'avenir de nos lycéens et de notre jeunesse dans sa globalité avec des établissements scolaires vétustes, un manque de personnel, des classes surchargées... On est tous liés par ce point commun. Au final, les revendications des Gilets jaunes sont amplifiées car la situation est encore plus grave qu'à l'époque", estime Jérôme Rodrigues.

Une configuration différente de 2018

Un point de vue partagée par la militante Sophie Tissier, la première à avoir déclaré à la Préfecture de police de Paris des manifestations de Gilets jaunes lors du mouvement de 2018 - une stratégie de normalisation largement critiquée en interne à l'époque. Pour le 17 octobre, celle qui est brouillée avec la plupart des figures du mouvement affirme avoir déclaré une manifestation sur les Champs-Elysées, comme à la grande époque des gilets jaunes.

"C'est une mobilisation complètement légitime. Les Français sont exsangues", affirme cette ancienne activiste du mouvement Nuit Debout. "Ils n'en peuvent plus de la casse des services publics. Le niveau de vie a énormément baissé avec la hausse des prix de l'énergie et des carburants. Et puis, il y a un profond dégoût d'une classe politique gangrenée par les affaires".

"Le fond du problème, la grande cause de tous nos maux, c'est un système politique défaillant. Il n'y a pas de séparation des pouvoirs. On prétend être dans une démocratie et une république saine. En réalité, on n'y est pas du tout", juge Sophie Tissier, rappelant les revendications des Gilets jaunes pour plus de démocratie participative à travers le référendum d'initiative citoyenne (RIC).

Mais si les anciens leaders des Gilets jaunes voient des similitudes dans le climat social actuel et celui de 2018, ils reconnaissent aussi une configuration différente. "Les Gilets jaunes n'ont jamais été récupérés par un parti politique parce que pour la plupart, dès qu'ils pointaient le bout de leur nez, ils se faisaient dégager aussitôt", rappelle Jérôme Rodrigues. "Aujourd'hui, les lycéens sont quand même pas mal cadrés par certains partis politiques. Donc, le schéma est un petit peu plus institutionnel par rapport aux manifs sauvages qu'on avait l'habitude de faire."

Un doute sur l'ampleur de la mobilisation

Les organisateurs de la marche pour le climat du 26 septembre ainsi que, côté agriculteurs, la Confédération paysanne, l'intersyndicale des VTC ou encore le syndicat Solidaires ont eux-aussi appelé à rejoindre la mobilisation. Plus prudente, la CGT participera "partout où les conditions seront réunies" mais garde en ligne de mire la journée du 5 novembre pour laquelle les principales organisations syndicales ont lancé des appels à la grève.

De son côté, Sophie Tissier ne voit pas encore se dessiner une convergence des luttes avec les lycéens. Présente à la manifestation de mardi, elle estime qu'il n'y a pas de "réelle cohésion", critiquant "une récupération de toute part de l'extrême gauche, du Parti communiste à la France Insoumise".

A la veille du 17 octobre, difficile donc de savoir si l'effervescence des réseaux sociaux se modèlera en mobilisation concrète, alors que débuteront les vacances de la Toussaint. Ancienne initiatrice des Gilets jaunes, Priscilla Ludowsky en doute. C'est elle qui avait été à l'origine du mouvement à travers sa pétition "pour une baisse des prix du carburant à la pompe". Lancée en mai 2018, elle avait été signée par plus d'un million de personnes.

"On dit souvent que notre mouvement était spontané. Pas du tout. Il paraissait désorganisé [...] mais nous avions fait monter le sujet pendant plus de six mois avec ma pétition, puis connecté des gens partout en France. Quand nous avons transmis aux médias la carte des 700 rassemblements annoncés sur Facebook, c'était palpable. Là, personne ne se montre derrière ces appels : on ne sait pas qui suivre, ni quelle sera l'ampleur du 17 octobre", explique à Reporterre l'ancienne candidate sur la liste des Écologistes aux Européennes de 2024.

Selon une source proche du ministre de l'Intérieur, 250 actions pourraient finalement se concrétiser samedi au niveau national. 

Jérôme Rodrigues se montre aussi prudent sur la possibilité de voir émerger un mouvement équivalent à celui lancé en novembre 2018. Cependant, il espère le début d'un renouveau pour les Gilets jaunes. "En tant que Gilets jaunes, on garde en nous la frustration de ne pas avoir terminé le combat et peut-être que nous étions dans l'attente d'un nouvel élan populaire auquel participer afin de pouvoir finir ce qu'on avait commencé".