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Sept femmes arrêtées début octobre au Ghana sont accusées d'avoir confectionné des "bouquets d'argent", fabriqués avec de vrais billets de banque et destinés à la vente. Un cadeau tendance lors des mariages, anniversaires et autres cérémonies dans le pays, mais considéré dans plusieurs États africains comme une atteinte à la souveraineté monétaire.

Cadeau à la mode dans de nombreux pays africains, les "bouquets d'argent" ont fleuri ces dernières années sur les réseaux sociaux. © Duke Monari, AP

L'affaire a suscité un mélange d'étonnement et d'incrédulité. Sept femmes ont été arrêtées le 5 octobre au Ghana, au cours d'un raid de police mené par le service des enquêtes criminelles. Leur tort ? Avoir prétendument confectionné des "bouquets d'argent", décoration tendance fabriquée avec des billets de banque et offerte lors de mariages, d'anniversaires, à la Saint-Valentin ou lors de cérémonies de diplôme.

L'arrestation a été immortalisée à travers une courte séquence vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux. On y voit les suspectes défiler en file indienne, "bouquets d'argent" à la main, vers les locaux de la police, suivies par deux agents de la criminelle.

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Si la scène paraît pour le moins insolite, la Banque centrale du Ghana prend le sujet très au sérieux. "Cette pratique constitue une utilisation abusive de la monnaie", a fustigé Dinah Bonzi, représentante du département de gestion monétaire de l'institution centrale, indiquant que les suspectes répondront de leurs actes devant la justice.  

Douche froide pour le secteur  

Tendance en plein boom ces dernières années en Afrique, les "bouquets d'argent" ont envahi les réseaux sociaux, popularisés par des vidéos d'influenceurs et une myriade de tutos exposant les techniques de confection. De nombreuses variantes ont ainsi fleuri sur le Web : gâteaux d'argent, couronnes et autres compositions décoratives, tous conçus à partir des précieux billets.

Mais en juillet, la Banque centrale du Ghana a publié une note listant les activités menaçant l"'intégrité" de la monnaie, parmi lesquelles le "spraying", consistant à lancer ou faire pleuvoir des billets lors d'événements festifs, ou les "bouquets d'argent". Une pratique "de plus en plus répandue" qui "constitue une violation de la loi", indique l'institution.

Cet avertissement était alors passé relativement inaperçu. Mais l'arrestation des jeunes femmes a provoqué une onde de choc immédiate dans le secteur. "Nos clients ne comprennent pas ce qu'il se passe ; ils veulent savoir si les commandes sont encore possibles, si celles déjà passées sont annulées..." explique Nana, employé d'un magasin de fleurs et décoration à Accra. À contrecœur, l'entreprise a finalement décidé, le week-end dernier, d'annoncer l'interruption de la vente de bouquets d'argent, qui représente 10 % de son chiffre d'affaires. "C'est un gros manque à gagner et pas que pour nous, presque tous les magasins de fleurs font ça", déplore-t-il.

Protéger la monnaie ghanéenne ?

Outre l'aspect purement économique, de nombreux Ghanéens peinent à comprendre le motif de cette interdiction. La Banque du Ghana se réfère à la loi sur la monnaie, qui interdit la dégradation volontaire de la devise nationale, le cedi ghanéen. Un sujet hors de propos pour Nana : "On nous dit que notre pratique abîme les billets, mais nous utilisons un scotch spécial qui ne laisse pas de marque. Une fois décrochés, il faut juste réaplatir les billets pour les utiliser", explique-t-il.   

Sur la même ligne, plusieurs personnalités réclament des clarifications à l'institution.  

"Si les billets de banque ne doivent pas être déchirés, abîmés, détruits ou altérés de manière irréversible, la Banque du Ghana doit expliquer précisément quelle disposition de la loi a été enfreinte", réagit Hassan Ayariga, figure politique d'opposition.

D'autres, favorables à l'interdiction, estiment que ce type de créations représentent un risque trop élevé et un coût potentiel trop important pour les caisses de l'État. Cité par le journal Ghanean Times, l'expert financier Kwame Asante décrit une pratique visant à procurer un "prestige social éphémère" et qui pourrait "obliger la Banque centrale à accélérer les cycles de réimpression".

Affaire de moralité ?

Loin du débat d'experts, l'interdiction des "bouquets d'argent" a suscité une flopée de commentaires amusés d'hommes et de femmes, aux réactions pour le moins contrastées.

"Ma copine m'a dit qu'elle voulait un bouquet d'argent… Heureusement, la loi m'a sauvé… Dieu est bon !" ironise Jeff sur X. "Je ne vais donc jamais connaître l'expérience du bouquet d'argent ??" déplore, à l'inverse, Asiatu sur TikTok.   

En toile de fond, certains questionnent les implications morales de la tendance des "bouquets d'argent", décrits comme un stigmate d'une société en perte de repères. Un débat loin d'être nouveau. "Les bouquets d'argent : geste d'amour ou simple étalage de richesse ?" interrogeait déjà en 2021 le journal ghanéen Graphic Online.

Les plus critiques y voient, quant à eux, un outrage à la monnaie nationale et, par ricochet, une attaque contre tous les Ghanéens. "Les billets de banque font partie intégrante de la souveraineté d'un pays, ils ont la même valeur que le drapeau", s'est insurgé le chanteur et animateur ghanéen Blakk Rasta dans sa chronique sur la radio 3FM, en direct d'Accra. 

Au Ghana, le débat sur les "bouquets d'argent" a pris une ampleur inédite depuis l'arrestation des sept femmes. Mais il est loin de se limiter à ses frontières. Au Nigeria, au Kenya, au Botswana ou en Zambie, les banques centrales ont également publié des notices alertant sur les risques judiciaires liés à cette pratique. 

Les autorités ghanéennes n'ont pour l'heure pas communiqué sur les poursuites concernant les jeunes femmes. Une affaire qui vise avant tout à adresser un message, selon la Banque centrale du Ghana.

"Nous mettons en garde le public depuis des années contre l'utilisation abusive des billets de banque et ces arrestations auront clairement un effet dissuasif", veut croire sa représentante, Dinah Bonzi.