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La juriste sud-africaine Navi Pillay, lauréate du prix Nobel de la paix, a accordé une interview à RFI dans laquelle elle retrace son parcours au sein de la justice internationale et défend le travail de la commission d'enquête indépendante de l'ONU sur Gaza. Elle y dénonce également les sanctions des États-Unis à l'encontre de la Cour pénale internationale.

Navi Pillay, le 9 octobre 2026. © Daniel Karmann/DPA via AP

La lauréate du Nobel de la paix cette année "a œuvré pour garantir que les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et les génocides soient poursuivis", a rappelé le Comité en attribuant la prestigieuse récompense, le 9 octobre, à la juriste sud-africaine Navi Pillay. 

Elle est  revenue dans une interview diffusée le 14 octobre par RFI sur son travail à la tête d'une commission d'enquête indépendante de l'ONU qui avait accusé, l'an dernier, Israël de commettre un génocide dans la bande de Gaza et sur les nombreuses attaques qui visent encore le territoire. 

"Je maintiens ma position parce qu'il ne s’agit pas simplement d’une opinion que j’avance. Elle repose sur des faits. Cette commission a fonctionné comme l’aurait fait un tribunal.", déclare à RFI la juriste, âgée de 85 ans, qui a notamment siégé lors de sa carrière au sein du Tribunal pénal international pour le Rwanda. 

"Nous disposions des faits rapportés sur le terrain par les témoins. Nous disposions des faits issus des déclarations des responsables, notamment celles du président, du Premier ministre et de l’ancien ministre de la Défense. Leurs propres déclarations, tout comme dans le cas du génocide au Rwanda, fournissaient des éléments révélateurs du génocide. Il s’agit donc de ce type de preuves. Et j’ai l’expérience d’avoir été l’un des trois juges du Tribunal pour le Rwanda qui a rendu le premier jugement au monde sur un génocide", a-t-elle ajouté.  

Les "terribles sanctions" américaines contre la CPI 

Décrié par Israël et Donald Trump, le choix du comité Nobel norvégien a été suivi par l'adoption, quelques heures plus tard, de nouvelles sanctions par Washington à l'encontre de la Cour pénale internationale (CPI), pilier de l'ordre juridique mondial. 

"Je pense que c'est illégal et tout à fait inacceptable", a réagi Navi Pillay. "Il s'agit là de crimes commis par un gouvernement qui impose unilatéralement ces terribles sanctions afin d'empêcher la CPI de s'acquitter de ses missions d'enquête et de poursuite concernant des crimes très graves." 

La lauréate du Nobel a livré au micro de RFI un plaidoyer en faveur de la justice internationale, en demandant aux États de mieux coopérer avec l'institution afin qu'elle puisse être plus efficace et plus transparente.  

Interrogée sur ses combats futurs, elle a expliqué avoir renoncé à l'idée de prendre sa retraite face aux nombreux combats à mener. "Tant que l’on aura besoin de moi, je continuerai à agir comme je l’ai toujours fait", assure-t-elle, en précisant que la lutte pour l'égalité des sexes sera l'une de ses priorités.