Le président américain Donald Trump a annoncé vendredi un accord avec Vladimir Poutine pour la livraison de gazole russe en plusieurs étapes. Il a ensuite annoncé, deux jours plus tard, un "cessez-le-feu énergétique" surprise entre la Russie et l’Ukraine. Le président américain veut ainsi faire baisser les prix de l’essence avant les élections de mi-mandat. Un calcul politique très risqué.
Tout pour le gazole russe. Le président américain Donald Trump a lancé, vendredi 9 octobre, une offensive pour obtenir l’aide énergétique de la Russie. À moins d’un mois des élections américaines de mi-mandat qui risquent de se solder par un net recul des républicains, Donald Trump cherche un moyen de faire baisser les prix de l’essence, qui atteignent des records aux États-Unis et pèsent sur la campagne électorale des midterms, les élections de mi-mandat.
Dans cette perspective, le président américain a pensé à Vladimir Poutine. Il a notamment annoncé, dimanche, un cessez-le-feu énergétique de 60 jours entre l’Ukraine et la Russie.
Aucun bombardement des deux côtés sur des installations pétrolières ou des infrastructures électriques ? Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a pour sa part affirmé ne pas être au courant d’un tel accord, même s’il y serait favorable sur le principe. Côté russe, Vladimir Poutine ne s’est pas exprimé, mais son armée a frappé un site gazier dans la nuit de dimanche à lundi, d’après Kiev.
Pour afficher ce contenu YouTube, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixUne extension de votre navigateur semble bloquer le chargement du lecteur vidéo. Pour pouvoir regarder ce contenu, vous devez la désactiver ou la désinstaller.
RéessayerCritiqué de toutes parts
Une telle trêve devrait permettre à la Russie de remettre en ordre de marche son secteur pétrolier, durement touché par la campagne de bombardements ukrainiens. Washington soutient que ces frappes ukrainiennes contribuent à maintenir les prix du pétrole et du gazole au plus haut, sans faire aucune mention de la guerre qu'il a déclenchée en Iran et du blocage du détroit d'Ormuz qui en a découlé et a durablement affecté les cours.
Vendredi, le président américain avait annoncé un accord entre les États-Unis et la Russie pour permettre à Moscou d’exporter vers l’Amérique "et les marchés internationaux" des millions de tonnes de gazole.
Pas tout d’un coup. L’accord vanté par Donald Trump sur son réseau social Truth Social prévoit tout d’abord la livraison de 300 000 tonnes de gazole russe "immédiatement", puis 500 000 tonnes supplémentaires durant le mois de novembre. Enfin, en fonction des capacités de ses raffineries, la Russie est censée fournir un million de tonnes, puis trois millions supplémentaires "très vite".
Ce compromis entre les deux présidents a été critiqué de toutes parts aux États-Unis. Des sénateurs démocrates et républicains ont demandé de concert dimanche à la Maison Blanche de "revenir immédiatement" sur un accord qui "fournit un soutien financier à la guerre brutale de Vladimir Poutine contre l’Ukraine".
Pour afficher ce contenu YouTube, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixUne extension de votre navigateur semble bloquer le chargement du lecteur vidéo. Pour pouvoir regarder ce contenu, vous devez la désactiver ou la désinstaller.
RéessayerAvec cet accord, Donald Trump avance en terrain politiquement miné. Mais le président espère que cette pirouette diplomatique sera favorable au camp républicain sur le plan électoral, à moins d'un mois des midterms. Pour ce faire, encore faut-il que ces livraisons de gazole entraînent une baisse avérée du prix à la pompe pour les Américains avant le scrutin du 3 novembre.
Le gazole était en léger recul sur les marchés internationaux lundi matin, après un week-end marqué par les annonces énergétiques américaines. "Les prix dépendent évidemment des volumes disponibles, mais aussi de l’anticipation des acteurs du marché de l’évolution de la situation", explique Veli-Pekka Tynkkynen, spécialiste des questions de politique énergétique russe à l’université de Helsinki.
"Un effet nul ou proche de zéro" sur les prix
C’est sans doute là-dessus que pariait Donald Trump : que les marchés, en quête de bonnes nouvelles énergétiques, accueilleraient favorablement la perspective de nouvelles livraisons de gazole russe.
Encore faut-il que l’afflux de pétrole russe fasse une véritable différence pour les prix à la pompe aux États-Unis. En réalité, "l’effet sera nul ou proche de zéro", tranche Adnan Vatansever, spécialiste du pétrole et de la politique énergétique russe au King’s College de Londres.
La raison principale en est que les volumes promis par Donald Trump ne représentent qu’une goutte dans l’océan des besoins américains. "Si tout ce gazole atteint les États-Unis, la première tranche de 300 000 tonnes ne représente qu’une demi-journée de consommation d’essence aux États-Unis. En y ajoutant les 500 000 tonnes prévues pour le mois de novembre, on arrive à couvrir un peu plus d’une journée des besoins américains", analyse Adnan Vatansever. "Il faudra plusieurs millions de tonnes de gazole envoyés aux États-Unis en très peu de temps pour faire une vraie différence", précise Veli-Pekka Tynkkynen.
À (re)lire Bombardements de Moscou : quand l'Ukraine veut priver la Russie de son or noir
Donald Trump espère-t-il faire miroiter à ses électeurs l'arrivée de près de quatre millions de tonnes de gazole russe sur les marchés "très vite" après novembre ? Le problème est que "si la Russie peut probablement puiser dans ses stocks pour honorer la première livraison de 300 000 tonnes, voire la suivante de 500 000 tonnes, c’est beaucoup moins évident pour le reste en l’état actuel des infrastructures énergétiques russes", explique Michael Tamvakis, spécialiste du commerce international des matières premières à l’école de commerce Bayes de City St George's, University of London.
Les raffineries russes ont été la cible prioritaire des frappes ukrainiennes contre les infrastructures énergétiques en Russie depuis le début de l’année. Elles ont permis de réduire sensiblement la capacité de production russe de produits pétroliers raffinés, comme le gazole. Autrement dit, la Russie ne pourra pas livrer ces quantités "en une seule fois, et y parviendra en envoyant quelques centaines de milliers de tonnes par mois", explique Petras Katinas, spécialiste du secteur pétrolier russe au Rusi (Royal United Service Institute, l’un des cercles de réflexion britanniques les plus influents). La promesse de Donald Trump de voir l’or noir russe couler à flots "très vite" risque donc de ne pas être tenue dans les temps.
"Cadeau de Noël avant l’heure" pour Poutine
Le plus simple pour Donald Trump serait que la Russie puisse remettre toutes ses raffineries en état de marche. D’où cette annonce américaine d’un cessez-le-feu énergétique de 60 jours. Le président américain demande ainsi à Volodymyr Zelensky de laisser la Russie réparer ses installations énergétiques.
Sauf que cela pourrait ne pas suffire. "Une partie de ces raffineries avaient été modernisées avant 2022 et pour les réparer complètement, il faudrait des composants importés que la Russie ne peut se procurer en raison des sanctions internationales", assure Petras Katinas.
Pour afficher ce contenu YouTube, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixUne extension de votre navigateur semble bloquer le chargement du lecteur vidéo. Pour pouvoir regarder ce contenu, vous devez la désactiver ou la désinstaller.
RéessayerPour les experts interrogés par France 24, les conseillers du président américain savent sans doute que cet accord n’a guère de chance de faire baisser les prix à la pompe. Donald Trump peut, cependant, s’en servir pour tenter d’influencer certains scrutins. "S’il décide d'acheminer les 300 000 tonnes de gazole russe vers un ou deux États clés pour les élections de mi-mandat, cela peut avoir un impact local sur les prix", note Petras Katinas.
Autrement dit, l’administration Trump est prête à laisser la Russie empocher des millions, voire des centaines de millions de dollars (le prix fixé pour ces 300 000 tonnes n’a pas été précisé), pour donner l’impression aux électeurs de l’Iowa ou de l’Ohio que le président américain fait baisser les prix du carburant.
La pression mise sur l’Ukraine et l’importance donnée au pétrole russe présente aussi un autre avantage pour Donald Trump. Laisser entendre que la hausse du prix de l’essence est liée avant tout aux frappes sur les raffineries russes "constitue un moyen pour Donald Trump de faire oublier que les prix du pétrole ont flambé après le début de la guerre contre l’Iran", souligne Adnan Vatansever.
C’est donc une séquence très politique pour Donald Trump, mais qui représente surtout "un véritable cadeau de Noël avant l’heure pour Vladimir Poutine", souligne Petras Katinas. Le président russe apparaît non seulement comme un potentiel sauveur, mais "en acceptant d’importer du gazole russe, les États-Unis ignorent en quelque sorte leurs propres sanctions, ce qui renforce immédiatement la position russe pour négocier le prix du pétrole avec d’autres clients", assure Adnan Vatansever. Les pays qui en achetaient à la Russie pouvaient espérer d’importantes remises, car c’était une manœuvre risquée. Mais maintenant que les États-Unis montrent l'exemple…
