L’eurodéputé et patron du petit parti Place publique, Raphaël Glucksmann, a remporté dimanche soir la primaire de la gauche sociale-démocrate dès le premier tour. Une victoire nette pour la ligne anti-Mélenchon qu’il défendait et qu'il entend incarner en se présentant comme "le candidat de la gauche démocratique" à l'élection présidentielle de 2027.
Une victoire nette dès le premier tour. Raphaël Glucksmann a été élu, dimanche 11 octobre, candidat à l’élection présidentielle de 2027 du Parti socialiste (PS), de Place publique (PP) et de la Gauche républicaine et socialiste (GRS) en recueillant 66,13 % des voix lors de la primaire sociale-démocrate. Il devance largement le premier secrétaire du PS, Olivier Faure (14,48 %), qui subit une énorme déconvenue et dont la position à la tête du parti est encore un peu plus fragilisée.
Au total, 120 587 personnes ont pris part à ce vote. Et derrière les deux têtes d’affiche Raphaël Glucksmann et Olivier Faure, l’ancienne candidate socialiste à la présidentielle 2007, Ségolène Royal, a obtenu 7,62 % des voix, le député et patron du petit parti GRS, Emmanuel Maurel, a recueilli 5,92 % des suffrages et le député socialiste Jérôme Guedj 5,83 %.
Le "cap clair" si cher à Raphaël Glucksmann et sa ligne anti-Mélenchon ont donc été récompensés. Avec Jérôme Guedj, qui a également fait campagne en se prononçant contre une quelconque alliance avec La France insoumise, ce sont quasiment 72 % des électeurs de cette primaire qui rejettent l’idée d’un "remake" de la Nouvelle union populaire, écologique et sociale (Nupes) ou du Nouveau Front populaire (NFP).
Raphaël Glucksmann a d’ailleurs installé le match avec Jean-Luc Mélenchon à gauche dès son discours de victoire, dimanche soir, en se présentant comme "le candidat de la gauche démocratique à l’élection présidentielle 2027".
"Notre famille peut être fière d’organiser un processus démocratique pour trancher un différend et choisir son candidat pour 2027. La démocratie a parlé", a-t-il lancé, en ajoutant qu’il était aussi "le candidat de la rupture avec l’hégémonie de Jean-Luc Mélenchon sur la gauche française".
"Rassembler toute la famille de la gauche démocratique"
Derrière cette ligne claire sur le rapport à LFI, il reste toutefois des zones d'ombre. À commencer par la façon dont il compte s’y prendre pour convaincre les écologistes et les communistes de le rejoindre dans sa campagne présidentielle.
"Ma première responsabilité, c'est de rassembler, de rassembler toute la famille socialiste, de rassembler ensuite toute la famille de la gauche démocratique (...) Notre véritable adversaire, c'est l'extrême droite et nous allons nous unir pour partir au combat et empêcher les trumpistes, les poutinistes, les xénophobes et les démagogues de s'emparer de la République", a affirmé le leader de Place publique. Ce dernier a d'ailleurs pris soin d’envoyer des clins d’œil à Marine Tondelier (Les Écologistes) et Fabien Roussel (Parti communiste français) en évoquant "révolution écologique" et "justice sociale et fiscale".
Mais la patronne des écologistes a rapidement réagi à l’annonce de la victoire de Raphaël Glucksmann, déplorant sur X que le vainqueur de la primaire sociale-démocrate soit "celui qui fait le choix du repli en refusant toute perspective d'alliance large de toute la gauche et des écologistes". "Pour ma part, je reste convaincue que le chemin de la victoire passe par le refus du clanisme et du concept des gauches irréconciliables", a-t-elle ajouté, alors que son parti est déchiré entre une candidature autonome, une alliance avec Jean-Luc Mélenchon ou une alliance avec Raphaël Glucksmann.
Fabien Roussel, lui, n’a pas réagi dimanche soir. Mais il semble difficile d’imaginer le patron du PCF rejoindre un candidat que beaucoup à gauche qualifie de social-libéral et accusent de vouloir faire alliance avec le centre.
Entouré d’anciens macronistes
Car la ligne politique de Raphaël Glucksmann n'est pas non plus totalement claire. Entouré de plusieurs anciens macronistes, tels les députés Sacha Houlié et Aurélien Rousseau – respectivement ancien cofondateur des Jeunes avec Macron et ancien directeur de cabinet de la Première ministre Élisabeth Borne puis éphémère ministre de la Santé en 2023 –, l’eurodéputé va avoir du mal à convaincre sur son aile gauche.
Il y a bien sûr les divergences sur le rapport à LFI et sur l’utilisation du terme "génocide" pour décrire les crimes commis par Israël à Gaza. Mais il y a aussi ses propositions en matière économique. La primaire sociale-démocrate a notamment mis en évidence un désaccord idéologique qui portait sur la façon d’augmenter les salaires. Raphaël Glucksmann propose de baisser la contribution sociale généralisée (CSG) pour rapprocher le salaire net du brut. Un procédé qui se rapproche, selon ses détracteurs, de ce que défendent les "libéraux" et qui reviendrait, pour augmenter les salaires, à se tourner non pas vers le patronat, mais vers l'État.
Enfin, même si la photo de famille avec les cinq candidats a été immortalisée par un selfie pris par l’ancien député Patrick Mennucci, en charge de l’organisation de la primaire, la question du rassemblement et de la dynamique supposée créée par cette victoire restent posées. Les socialistes ont beau se réjouir des 120 000 votants à cette primaire, ce chiffre est à relativiser. Ils étaient plus de 2 millions d’électeurs lors de la primaire de 2017 et près de 3 millions à celle de 2011.
Pour Raphaël Glucksmann, désormais officiellement candidat à la présidentielle, le plus dur est donc à venir. D’autant que l’ancien président François Hollande reste en embuscade dans le cas où cette candidature socialiste-démocrate ne décollerait pas franchement dans les sondages.
