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Plus de 140 000 personnes sont inscrites pour la primaire sociale-démocrate, dont le premier tour a lieu vendredi et samedi et le second le week-end suivant. L'enjeu principal du scrutin est de trancher le rapport du Parti socialiste à La France insoumise. Deux candidats – dont le favori Raphaël Glucksmann – s'opposent fermement à une alliance, alors que les trois autres – dont le premier secrétaire du PS Olivier Faure – y sont favorables.

Les cinq candidats à la primaire sociale-démocrate : de gauche à droite, Raphaël Glucksmann, Emmanuel Maurel, Ségolène Royal, Olivier Faure et Jérôme Guedj. © Julien de Rosa, AFP

Un total de 142 282 inscrits participera, vendredi 9 et samedi 10 octobre, au premier tour de la primaire sociale-démocrate. Un chiffre supérieur aux 100 000 électeurs espérés par les organisateurs, mais qui contraste nettement avec le nombre de votants des précédentes primaires socialistes : ils étaient plus de 2 millions en 2017 et près de 3 millions en 2011.

"On ne peut que constater l'affaiblissement du Parti socialiste. Les primaires de 2011 et de 2017 représentaient pour les électeurs de gauche une façon de choisir celui ou celle qui allait a priori affronter la droite au second tour. Il y avait une perspective de victoire, des candidats ayant un poids politique, avec des lignes clairement définies. Et la primaire était ouverte. Aujourd'hui, on est dans l'antithèse parfaite avec la primaire d'un parti qui n'est plus celui qui domine à gauche", analyse le politologue Frédéric Sawicki, professeur de science politique à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheur au Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP-CNRS).

Le rétrécissement de l'espace social-démocrate représenté par le Parti socialiste (PS) et Place publique (PP) est à la fois subi et voulu. Subi car le PS ne s'est jamais relevé du quinquennat de François Hollande (2012-2017), de la victoire de son ancien ministre de l'Économie, Emmanuel Macron, à l'élection présidentielle de 2017 et de l'émergence de Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise).

Ce contexte l'a contraint à naviguer depuis dix ans entre une opposition franche au macronisme avec un réancrage à gauche – bilan critique du quinquennat Hollande, alliance de la Nouvelle union populaire, écologique et sociale (Nupes), opposition à la réforme des retraites, alliance du Nouveau Front populaire (NFP), renversement de Michel Barnier notamment – et une posture de parti de gouvernement prenant en 2025 ses distances avec LFI et permettant au Premier ministre Sébastien Lecornu d'échapper à la censure.

Mais ce rétrécissement est aussi voulu : la primaire est en effet restreinte à la famille sociale-démocrate et les non-adhérents du PS et de PP ont dû débourser 15 euros pour voter. Deux freins majeurs à une large participation que les organisateurs se sont imposés à eux-mêmes.

Des candidats souvent d'accord

Par conséquent, les cinq candidats – Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, Emmanuel Maurel et Ségolène Royal – ont porté durant la campagne des propositions plus ou moins proches et étaient souvent d'accord sur l'essentiel.

Ils soutiennent tous le mouvement lycéen et veulent donner plus de moyens à l'Éducation nationale, sont en faveur d'un investissement massif dans la transition écologique et entendent augmenter la fiscalité des ultra-riches et des grandes entreprises.

Raphaël Glucksmann et Olivier Faure se sont toutefois opposés sur la façon d'augmenter les salaires. Le premier propose notamment de baisser la contribution sociale généralisée (CSG) pour rapprocher le salaire net du brut. Le second, comme Ségolène Royal, considère que cette mesure se rapproche de ce que défendent les "libéraux", et que cela reviendrait, pour augmenter les salaires, à se tourner non pas vers le patronat, mais vers l'État.

Sur les questions internationales, à l'exception de Ségolène Royal qui a été critiquée pour vouloir "négocier" avec Moscou, les quatre autres candidats estiment que la Russie ne veut pas négocier avec l'Europe, et qu'il faut plus que jamais soutenir la défense ukrainienne.

Et Olivier Faure a reproché à Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj de refuser de qualifier de "génocide" les actions meurtrières de l'armée israélienne à Gaza.

Mais la ligne de fracture la plus importante entre les candidats est ailleurs. Elle ne concerne pas le programme, mais le rapport à La France insoumise (LFI) et en particulier la question d'une éventuelle alliance lors des élections législatives qui devraient suivre la présidentielle.

Raphaël Glucksmann, un favori qui a perdu des plumes

Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj ont ouvertement fait campagne sur une ligne anti-Mélenchon, refusant par principe toute alliance avec LFI, quand Olivier Faure, Emmanuel Maurel et Ségolène Royal ont estimé que le PS n'aura pas d'autre choix que de se tourner vers sa gauche pour faire barrage à l'extrême droite en cas de victoire de Marine Le Pen en 2027.

"C'est une vraie question qui se pose chez les sympathisants, mais au fond, il n'y a rien de nouveau, le PS a toujours été tiraillé entre son aile gauche et son aile droite. Il y avait le même débat dans les années 1970 à propos du rapport au Parti communiste français. Ensuite, dans les années 1980 Michel Rocard lorgnait vers le centre et en 2007 et 2012, la question d'une alliance avec François Bayrou dans l'entre-deux-tours de la présidentielle s'est aussi posée", rappelle Frédéric Sawicki.

"Dans un parti à ce point rabougri, qui a perdu son aile gauche et son aile droite, il ne reste au fond que ces questions d'alliances politiques, ce qui peut donner l'impression que cette campagne a davantage ressemblé à un congrès du PS qu'à une primaire", ajoute le politologue.

Difficile d'imaginer, dans ces conditions, que le candidat qui sortira vainqueur du scrutin le 17 octobre au soir bénéficie d'un élan populaire et du soutien massif de l'ensemble des sympathisants socialistes.

Présenté comme le grand favori, Raphaël Glucksmann n'a pas levé les doutes le concernant – soupçonné de vouloir se rapprocher du centre, peu à l'aise lors des débats télévisés – et a même perdu quelques plumes. Il s'est ainsi retrouvé plusieurs fois en délicatesse, notamment après la publication de vidéos dans lesquelles il accusait Ségolène Royal d'avoir "fait la danse du ventre devant Macron" pour obtenir des postes, propos qu'elle a jugé sexistes, et où il affirmait aussi au sujet de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen : "On leur pisse dessus".

Difficile, donc, de prédire l'issue de la primaire. Si les 28 456 adhérents de Place publique sont a priori acquis à Raphaël Glucksmann, les 68 047 du PS seront plus partagés, notamment entre l'eurodéputé et Olivier Faure. La plateforme Choisir2027.fr a, quant à elle, enregistré 42 695 inscriptions. À qui profitera cet afflux d'électeurs, dont une large part est arrivée dans les derniers jours et dernières heures avant la date limite ? Le suspense est entier.