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Alors que des troupes érythréennes ont passé, mercredi, la frontière au nord de l'Éthiopie pour venir en soutien aux rebelles du Tigré, les forces éthiopiennes ont répliqué à grand renfort de drones. Après des mois de tensions, le spectre d'une nouvelle guerre entre les deux voisins semble chaque jour se dessiner un peu plus. 

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Image de couverture : Des soldats érythréens à bord d'un camion dans la ville éthiopienne d’Edaga Hamus, à plus de 50 km des frontières de leur pays, qui ont circulé dans la journée du 7 octobre 2026. © Facebook

L'Éthiopie et l'Érythrée à nouveau au bord d'une guerre totale. La situation, qui n'a cessé de s'envenimer ces derniers jours entre les deux capitales rivales, a pris un tour nouveau mercredi 7 octobre. Des troupes érythréennes ont passé la frontière et ont été aperçues à bord de camions sillonnant les abords de la ville d'Adigrat, dans le nord de l'État régional éthiopien du Tigré. Des observateurs locaux ont, en outre, constaté la présence de soldats érythréens "avec de l’armement lourd". Une manœuvre qui semble destinée à apporter un soutien aux insurgés du Front populaire de libération du Tigré (FPLT) qui détiennent toujours la ville et défient le gouvernement fédéral.

La riposte d'Addis-Abeba est venue un peu plus tard dans la nuit de mercredi à jeudi. Des drones éthiopiens ont ciblé des "troupes et munitions érythréennes chargées sur des véhicules militaires" sur le territoire éthiopien, a indiqué l'ONG ACLED, spécialisée dans la collecte et l'analyse de données sur les conflits armés dans le monde. Un habitant d'Adigrat a fait état auprès de l'AFP de "camions érythréens [...] détruits". Les soldats érythréens ne sont plus dans les rues" d'Adigrat, "la rumeur est qu'ils se sont réfugiés dans les collines" au nord de la ville, a-t-il poursuivi. Selon des habitants de la deuxième plus grande ville de la région, des unités érythréennes se sont aussi déployées ces derniers jours plus au sud en direction de la capitale régionale de Mekele.

La ville d’Edaga Hamus est située au nord de la région éthiopienne du Tigré, à environ 50 km de la frontière avec l’Érythrée. Elle est située sur une route stratégique entre les deux pays. © Studio graphique France Médias Monde

Des intentions floues 

Pour Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région à l'Oslo New University College (Norvège), les forces érythréennes "semblent être en train de se retrancher dans des positions défensives situées juste au nord d'Adigrat, à flanc de colline". Troupes érythréennes et éthiopiennes ne semblent donc qu'à quelques dizaines de kilomètres les unes des autres.

Selon ACLED, "les forces érythréennes sont entrées dans la guerre au Tigré pour empêcher le gouvernement éthiopien et ses alliés d'atteindre la frontière et de potentiellement combattre sur le territoire érythréen", estime l'ONG dans une note d'information. 

Pour Patrick Ferras, géopolitologue et président de l'association Stratégies africaines, les intentions des Érythréens paraissent moins évidentes. "Certes, il n'est pas étonnant que l'armée éthiopienne ait cherché à répliquer et à neutraliser les troupes érythréennes, explique le chercheur français. Ces frappes interviennent dans le cadre de sa lutte contre le TPLF. En revanche, la présence de ces soldats sur le sol éthiopien interroge. Cherchent-ils à exfiltrer des responsables du TPLF puis à repartir après ? Est-ce une volonté de la part du chef de l'État érythréen, Isaias Afwerki, de montrer ses muscles après que le chef du gouvernement éthiopien Abiy Ahmed a été officiellement réinvesti lundi à la tête du pays ? On ne sait pas trop, on est dans le flou. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'y aura pas de confirmation d'Asmara. Car reconnaître la présence de troupes érythréennes sur le sol éthiopien reviendrait à déclarer la guerre", conclut l'expert.

La ville d’Edaga Hamus se trouve juste au sud de la ville d’Adigrat, endroits dans lesquels les articles de la BBC et de l’AFP rapportent la présence de troupes érythréennes sur la base de témoignages locaux. Une route relie également les deux villes : elle permet de rejoindre Mekele, la capitale de la région du Tigré, reprise le 3 octobre 2026 par les forces fédérales éthiopiennes. © Studio graphique France Médias Monde

"Créer un narratif fallacieux "

Sans démentir la présence de troupes au Tigré, le ministre érythréen de l'Information, Yemane Gebremeskel, a de son côté fustigé sur X "l'objectif fondamental" du gouvernement éthiopien qui n'a de cesse de "créer un narratif fallacieux de 'légitime défense' pour justifier et camoufler" la "guerre d'agression" qu'il entend mener contre l'Érythrée. 

Alors que les hostilités ont repris le 23 septembre entre le gouvernement fédéral éthiopien et le TPLF, l'Éthiopie a accusé l'Érythrée, le 1er octobre, "d'actes d'hostilités et de belligérance", entraînant la rupture de relations diplomatiques rétablies en 2018 seulement. 

L'accès à la mer Rouge au cœur des tensions

Reconduit lundi à la tête du gouvernement éthiopien par le Parlement élu en juin et contrôlé à 90 % par son Parti de la prospérité (PP), Abiy Ahmed a rappelé la nécessité de garantir à l'Éthiopie un accès à la mer Rouge, dont l'a privée l'indépendance de l'Érythrée en 1993.

Face à cette escalade de violences, "l'Érythrée a tout intérêt à s'arrêter là, car elle ne fait pas peur et n'a pas la puissance de frappe de sa rivale, estime Patrick Ferras. Si elle devait entrer en guerre, elle perdrait".