À moins d'un mois des élections de mi-mandat aux États-Unis, plusieurs candidats démocrates ont multiplié les vidéos de campagne suggérant des liens entre leurs rivaux républicains et le prédateur sexuel Jeffrey Epstein. Une casserole qui ne finit pas de hanter le camp du président Trump à l'approche du scrutin.
L’ombre de Jeffrey Epstein plane encore et toujours au-dessus du Parti républicain de Donald Trump. Cette fois-ci, les démocrates ont invoqué le financier discrédité et prédateur sexuel, décédé en prison en 2019, pour attaquer leurs rivaux républicains dans la dernière ligne droite des élections de mi-mandat, qui se dérouleront le 3 novembre.
Plusieurs spots de campagne ont ainsi tenté d’établir un lien entre Jeffrey Epstein et des candidats républicains. Dans le Colorado, c’est la famille de Virginia Giuffre, la première victime du financier à avoir témoigné à visage découvert, qui s’en prend au républicain Jeff Crank dans une vidéo mise en ligne lundi 5 octobre par la candidate démocrate Jessica Killin.
Jeffrey Epstein invoqué dans au moins 35 scrutins
"Notre propre député, Jeff Crank, a refusé de nous rencontrer. Et lorsque nous avons eu l’opportunité de faire éclater la vérité avec la publication des dossiers Epstein, il a voté contre à plusieurs reprises", affirme face à la caméra Amanda Roberts, la belle-sœur de Virginia Giuffre, qui s'est suicidée en avril 2025.
C’est la première fois que des proches d’une victime de Jeffrey Epstein prennent officiellement position contre un candidat aux États-Unis.
La campagne de Jeff Crank a tenté d’éteindre rapidement ce feu médiatique, accusant leur rivale d’avoir réalisé une vidéo "intentionnellement vague" tout en rappelant que le candidat républicain avait bel et bien voté pour la déclassification des dossiers. Mais seulement après que le président Donald Trump a soutenu une loi allant dans ce sens.
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RéessayerOutre le Colorado, les dossiers Epstein sont devenus un argument de campagne pour les démocrates dans au moins 35 scrutins pour le Sénat et la Chambre des représentants, a comptabilisé le New York Times.
À chaque fois, ces vidéos entonnent les mêmes refrains. Elles accusent les candidats républicains d’avoir voté contre la publication des documents de l'affaire Epstein. Le président américain - dont le nom apparaît plusieurs milliers de fois dans ces dossiers - voulait tourner au plus vite la page de ce scandale sexuel. Mais la plupart des élus républicains se sont opposés à la publication de ces documents. En novembre 2025, le président accepte une version de la loi permettant de déclassifier plus de 3,5 millions de documents.
Jeffrey Epstein plus fort que l’inflation ?
D’autres vidéos cherchent à établir un lien plus direct entre des candidats et le milliardaire accusé d’être au cœur d’un vaste réseau de trafic sexuel de mineurs. Dans le New Hampshire, par exemple, le camp démocrate a rappelé que le nom du républicain John Sununu apparaissait dans les dossiers Epstein.
Ces vidéos sont si présentes à quelques semaines des élections de mi-mandat que le New York Times a entrepris un important travail de fact-checking. Ainsi, dans le cas de John Sununu, le candidat républicain avait, en effet, d’abord nié être cité dans les dossiers Epstein. En réalité, son nom y est bien présent, mais n'apparaît qu’une fois. Par ailleurs, il pourrait s'agir du nom du candidat ou celui de son père.
Il n’empêche. Même si les accusations formulées dans certaines de ces vidéos sont parfois exagérées d’après les conclusions des vérificateurs d’informations, d'autres devraient affluer début novembre, ont affirmé plusieurs médias américains.
Cette vague de clips de campagne faisant des dossiers Epstein un enjeu du scrutin peut surprendre. "Les thématiques sur le niveau de vie et plus largement l’état de l’économie américaine restent les plus porteuses pour les démocrates pour ces élections", souligne René Lindstaedt, spécialiste de la politique américaine à l’université de Birmingham.
En outre, depuis le début de l’année, les dossiers Epstein semblaient avoir perdu en importance politique. D’autres sujets, tels que la guerre impopulaire contre l'Iran et d’importantes hausses de prix, se sont plus largement imposés dans le débat public.
Pourtant, les démocrates ont fait leurs devoirs : des sondages suggèrent que 44 % des électeurs estiment que la publication complète des dossiers Epstein - il reste encore plus de 2 millions de documents classifiés - demeure un "sujet important" et que les républicains "doivent être tenus pour responsables".
Epstein, la "cerise sur le gâteau"
Pour les démocrates "il n’y a que des bénéfices à faire campagne sur ce sujet", affirme Scott Lucas, spécialiste des États-Unis à l'University College Dublin.
Le principal avantage tient à l’effet "cerise sur le gâteau", renchérit René Lindstaedt. Les références à Jeffrey Epstein "ne sont qu’une manière de consolider un avantage déjà acquis par les démocrates dans certains États ou alors le dernier coup de pouce pour tenter de prendre le dessus", explique l'expert.
Scott Lucas confirme que tout est dans le "timing" de ces vidéos. "À ce stade de la campagne, les candidats ont déjà eu l’occasion de faire passer leurs messages principaux et introduire le sujet Epstein permet d’apporter un nouvel élément percutant", assure le spécialiste. "En 2024, les équipes de Donald Trump avaient attendu les trois dernières semaines avant le vote pour évoquer le sujet des personnes transgenres à longueur de discours."
C’est aussi une thématique qui permet de s’adresser à différents types d’électeurs. Les cibles les plus importantes sont "les indépendants, essentiels dans les États clés pour remporter la victoire, et qui peuvent être influencés par le rappel de liens entre le camp trumpiste et Jeffrey Epstein", assure Scott Lucas.
La réticence du président à faire toute la lumière sur les dossiers de ce prédateur sexuel a également créé des tensions au sein du camp MAGA. Une partie de l’électorat de Donald Trump s’attendait à une avalanche de révélations sur des réseaux pédocriminels impliquant les puissants. Remettre ainsi le sujet sur le devant de la scène "peut convaincre certains électeurs républicains de ne pas se déplacer pour voter", estime Scott Lucas.
C’est aussi un piège pour les républicains ainsi mis en cause. "Si les candidats tentent de prendre leurs distances et appellent à plus de transparence, il est facile pour les démocrates de ressortir d’éventuelles déclarations passées ou des votes contre la publication de documents", affirme René Lindstaedt. Une manière de maintenir ces candidats républicains sur la défensive jusqu’au bout. Et dans le cas contraire, même si les accusations démocrates sont exagérées, cela permet d’associer le candidat à un président toujours plus impopulaire.
