Avec 266 000 à 450 000 manifestants partout en France, sans incident majeur, les lycéens ont fait entendre leurs revendications mardi, déterminés à poursuivre la mobilisation malgré l'appel du gouvernement à retourner dès mercredi dans leurs établissements pour dialoguer.
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RéessayerPour "l'acte III" de la mobilisation lycéenne, 450 000 personnes selon les organisateurs et 266 000 selon le ministère de l'Intérieur ont manifesté dans plusieurs villes de France pour réclamer des moyens, sous haute surveillance des forces de sécurité dans un climat de tensions et d'affrontements ces derniers jours.
Si les syndicats lycéens et étudiants ont appelé à poursuivre la mobilisation, le gouvernement les a encouragé à retourner dès mercredi dans leurs établissements pour "dialoguer".
• 266 000 à 450 000 manifestants
Quelque 266 000 manifestants, lycéens, étudiants, mais aussi professeurs, parents et syndicalistes, ont été recensés par le ministère de l'Intérieur dans une trentaine de manifestations, dont 56 000 à Paris. Les organisations lycéennes et étudiantes, appuyées de la CGT, ont comptabilisé 450 000 personnes dans l'Hexagone, 100 000 dans la capitale.
"On sent que ça change parce qu'il y a des gens de banlieues, des gens de Paris, des gens du privé, des gens du public, de toute religion, de toutes origines qui viennent (...) Ça nous réunit parce qu'on sent qu'il y a besoin de changement", a dit à l'AFP Diane, élève de 1ère à Paris au lycée privé Massillon.
Dans le cortège parisien, défilant dans le calme, les étudiants sont venus grossir les rangs : environ 40 % des établissements de l'enseignement supérieur publics étaient perturbés mardi, entre blocages et fermetures administratives, selon le ministère.
Plusieurs personnalités politiques de gauche étaient aussi présents, dont les Insoumis Jean-Luc Mélenchon et Bally Bagayoko, la cheffe des écologistes Marine Tondelier et le premier secrétaire du PS Olivier Faure.
• 488 interpellations et 43 membres des forces de l'ordre blessés
Lors d'une journée placée sous haute surveillance, après plusieurs jours de tension, 488 personnes ont été interpellées sur l'ensemble du territoire - contre 1 700 vendredi - selon le ministère de l'Intérieur, qui comptabilise au total, depuis l'extension du mouvement fin septembre, 6 547 interpellations.
Mardi, 43 membres des forces de l'ordre ont été blessés, a-t-il précisé.
Jets de projectiles, gaz lacrymogène, grenades et mortiers d'artifice... des heurts ont notamment éclaté dans l'après-midi entre manifestants et forces de l'ordre à la fin du cortège parisien.
La préfecture de police a évoqué la présence de "300 individus hostiles" et indiqué que 12 personnes avaient été interpellées.
• Emmanuel Macron réunit plusieurs ministres à l'Élysée
Emmanuel Macron doit présider mardi soir à l'Élysée une réunion pour faire un point sur la mobilisation lycéenne.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez et son collègue à l'Éducation nationale Édouard Geffray seront notamment présents.
• Lycéen blessé à Saint-Ouen-l'Aumône : le policier auteur du tir de lance-grenade mis en examen pour violences
Le policier auteur du tir de lance-grenade qui a grièvement blessé au visage Eden, 14 ans, à Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d'Oise) la semaine dernière à l'occasion du mouvement lycéen, a été mis en examen mardi pour violences, a indiqué le procureur de Pontoise.
L'agent de police, mis en examen pour "violences par personne dépositaire de l'autorité publique suivie de mutilation ou d'infirmité permanente", a été placé sous contrôle judiciaire et est interdit d'exercer sur la voie publique, d'être en contact avec le public, ainsi que de détenir une arme, a précisé le parquet.
"C'est une première victoire et un soulagement pour Eden et ses proches de savoir que cet individu ne sera plus en capacité d'exercer et de tirer sur quiconque aux abords d'un établissement", a réagi auprès de l'AFP l'avocate de la famille Elsa Marcel, qui compte toutefois faire requalifier les faits en tentative d'homicide volontaire durant l'instruction.
"Quand vous tirez à l'arme de guerre sur un enfant de 14 ans, à une distance d'un mètre cinquante, vous ne pouvez pas ignorer le caractère potentiellement létal de ce geste, d'autant qu'il est largement documenté", a-t-elle souligné.
Contactée par l'AFP, l'avocate du policier, Pauline Ragot, a fait valoir que son client "a dû prendre cette décision en une fraction de seconde dans un contexte particulièrement dégradé" et qu'"il n'avait pas d'autre moyen à sa disposition à ce moment-là".
Dans les vidéos des faits qui ont été largement partagées sur les réseaux sociaux, on voit trois policiers, casqués, face au lycéen. L'un d'eux assène un premier coup à l'adolescent, qui lui adresse à son tour un coup de pied, avant qu'un tir de lance-grenade dans le visage ne le propulse au sol.
• Lecornu réfute toute "répression policière"
Sébastien Lecornu a condamné mardi devant l'Assemblée nationale les violences en marge des manifestations des lycéens et réfuté toute "répression policière".
"On ne peut pas laisser un espace de tolérance à la violence", a affirmé le Premier ministre en appelant la classe politique à "faire corps" avec les fonctionnaires touchés.
"Dans une démocratie qui fonctionne, la responsabilité individuelle des individus, des citoyens, y compris des mineurs, existe", "brûler un lycée n'améliore pas la situation bâtimentaire des lycées", "lyncher un professeur n'améliore pas le taux de remplacement des professeurs", a-t-il déclaré en accusant le parti de gauche radicale LFI d'avoir "le projet politique de bordelisation du pays" d'ici l'élection présidentielle.
• Un "temps de démocratie interne" sur une demi-journée dans les lycées
Le chef du gouvernement a également annoncé la suspension des cours dans les lycées, sur une demi-journée, entre mercredi et vendredi afin de permettre aux chefs d'établissement d'organiser un "temps de démocratie interne" avec les élèves.
C'est "irrespectueux" envers les proviseurs et témoigne d'une "cacophonie", ont très vite réagi les principaux syndicats des chefs d'établissement.
• Promesse de "corriger" Parcoursup
Sébastien Lecornu a aussi promis que "tout ce qu'on peut corriger" dans le dispositif d'orientation Parcoursup, critiqué par les lycéens, "nous le corrigerons", notamment en termes de "transparence" et de "simplicité", tout en pointant que "ceux qui veulent la suppression de Parcoursup ne disent jamais par quoi ils le remplacent".
Avec AFP
