L'AfD, Alternative für Deutschland, le parti d'extrême droite allemande a réussi, mardi, à remporter la présidence du Parlement régional de Saxe-Anhalt. Un mois après être arrivé en tête des élections dans ce Land, c'est la première fois depuis 1945 que cette formation d'extrême droite accède à un tel niveau de responsabilité en Allemagne.
L'AfD (Alternative für Deutschland) y est parvenu. Le parti d'extrême droite a remporté la présidence du Parlement régional de Saxe-Anhalt, mardi 6 octobre. Une première depuis 1945.
En parallèle à ce vote, des centaines de manifestants devant le Parlement de Magdebourg, la capitale de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, l'autre région de l'ex-Allemagne de l'Est où l'AfD est arrivé en tête, appelait les autres parties à ne pas passer d'accord avec le parti d'extrême droite.
"Plus jamais, c'est du passé", peut-on lire sur une pancarte tenue par une manifestante, une référence à la période nazie.
Début septembre, l'AfD, un parti anti-immigration et prorusse, a manqué de peu la majorité absolue en Saxe-Anhalt, s'emparant de 39 des 83 sièges de son assemblée, loin devant les conservateurs de M. Merz.
Des résultats inédits dans l'Allemagne d'après-guerre et un séisme pour le chancelier, dont la coalition avec les sociaux-démocrates peine à s'entendre sur les réformes.
Parallèle historique
L'AfD a enchaîné avec une deuxième victoire en Mecklembourg-Poméranie occidentale (nord-est), un nouveau coup de tonnerre même si une coalition de gauche devrait finalement gouverner.
Mardi, l'élection du président du Landtag de Saxe-Anhalt par les députés a permis à Tobias Rausch, un élu de 35 ans, fils d'un ponte régional du parti dont la famille était au coeur de soupçons de népotisme, de prendre la présidence du Parlement régional.
Puis, en décembre, la figure de proue régionale de l'AfD, Ulrich Siegmund, 35 ans, tentera d'obtenir la confiance de l'assemblée pour prendre la tête de l'exécutif régional.
Celui-ci souhaite être élu par les députés dès le premier tour, à la majorité absolue. Il lui faudra pour cela compter sur au moins trois transfuges d'autres formations, bien que jusqu'ici aucun parti n'ait accepté de collaborer avec l'AfD.
Au niveau du Landtag, l'AfD devrait obtenir mardi le soutien du parti d'extrême gauche prorusse BSW.
Au cours d'une conférence de presse lundi, le chef du groupe parlementaire du BSW, Thomas Schulze, a qualifié d'"honteux" le parallèle historique fait par la gauche radicale Die Linke entre l'AfD et le Troisième Reich et expliqué son soutien à M. Rausch par le succès de son parti aux élections.
Mais les cinq élus de cette formation refusent toujours pour l'instant de voter en faveur de l'élection de M. Siegmund à la tête de l'exécutif régional.
Personne ne passera à l'AfD
Selon la presse régionale, les deux partis se sont en revanche entendus sur des domaines possibles de coopération : la création d'une commission d'enquête sur la gestion du coronavirus par les autorités ou encore une réforme de l'audiovisuel public régional, accusé de servir les partis traditionnels.
L'AfD chasse aussi sur les terres conservatrices, Ulrich Siegmund ayant confirmé des contacts avec certains députés de la CDU.
"Personne à la CDU ne passera d’une quelconque manière à l’AfD", a assuré lundi le ministre-président sortant et chef régional des conservateurs Sven Schulze, dans un entretien avec l'audiovisuel public ARD.
Le président du Landtag qui sera désigné mardi a pour rôle de diriger les séances parlementaires, via le "Conseil des sages" qui fixe l'ordre du jour et débat des questions de procédures, ainsi que de s'occuper de l'administration de l'assemblée.
Dans un discours inaugural au Landtag, la cheffe de file de Die Linke Eva Von Angern a mis en garde M. Siegmund contre "l'ivresse du pouvoir" et rappelé que la Cour constitutionnelle régionale pourrait faire contrepoids à ses décisions.
Elle a aussi cité un article de la Constitution de la Saxe-Anhalt, qui interdit de tolérer "la résurgence et la diffusion de l’idéologie nazie, la glorification du régime nazi, ainsi que les activités racistes et antisémites".
Un vote à bulletin secret pour élire le président et les vice-présidents de l'assemblée se déroule dans la foulée.
Au niveau de l'ensemble de l'Allemagne, le parti d'extrême droite a dépassé pour la première fois la barre des 30% dans un sondage publié lundi.
