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Critiquée par le gouvernement sur son rôle dans le mouvement des lycéens et dans les débordements des derniers jours, La France insoumise répond avec un contre-récit sur les violences policières. Jean-Luc Mélenchon entend faire de la protection de la jeunesse l’élément central de la journée de mobilisation du 6 octobre.

Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France insoumise, le 28 septembre 2026, au salon de la construction Batimat, à Paris. © Anne-Christine Poujoulat, AFP

Depuis que le mouvement des lycéens s’est amplifié, fin septembre, la bataille des récits fait rage. D’un côté, le gouvernement cible les Insoumis en les accusant d’être responsables des débordements. De l’autre, La France insoumise espère un effet boule de neige de la mobilisation lycéenne vers d’autres luttes et insiste sur les violences policières. La journée du 6 octobre à laquelle les leaders syndicaux appellent à se joindre pourrait en ce sens être décisive et opérer comme une bascule dans l’opinion.

"S’il y a une grande mobilisation, avec beaucoup de monde pour soutenir les jeunes, ce ne sera plus la même histoire pour le gouvernement", estime le politologue Bruno Cautrès, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).

Le candidat à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, y voit "un point de ralliement général, un point de départ". Dans une note de blog publiée samedi 3 octobre, il se félicite de l'entrée dans le mouvement de tous les syndicats étudiants, des syndicats de l'enseignement, et enfin des confédérations syndicales. "Partout, le signal est donné de la jonction des forces", ajoute-t-il.

Soutien de toutes les luttes sociales, il n’est pas étonnant de retrouver La France insoumise en première ligne du mouvement lycéen, d’autant que la jeunesse constitue l’une de ses cibles électorales prioritaires en vue de la présidentielle.

Les lycéens réclament plus de moyens humains et matériels pour leurs établissements et dénoncent des inégalités, avec des bâtiments insalubres, des classes surchargées et un manque de personnel dans des territoires pauvres comme la Seine-Saint-Denis ou le Val-de-Marne, d’où le mouvement est parti.

"Une manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultra gauche"

À l’image de Louis Boyard, Clémence Guetté ou Aurélie Trouvé, les députés insoumis quadrillent donc le terrain depuis le début du mouvement, en particulier dans ces deux départements de la région parisienne où LFI a obtenu dix élus lors des dernières législatives.

C’est cette présence auprès des manifestants lycéens, notamment celle du maire de Saint-Denis-Pierrefitte Bally Bagayoko auprès des jeunes du lycée Paul Éluard à Saint-Denis, dont se servent le gouvernement, la droite et l’extrême droite pour tenter de discréditer La France insoumise en l’accusant de récupérer le mouvement et de pousser, voire même de participer, aux débordements.

Matignon a ainsi affirmé, jeudi 1er octobre, que les Insoumis étaient à "l'origine" du mouvement lycéen qui a basculé vers des "violences urbaines". Il s'agit "d'une manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultra gauche", ont dénoncé les services du Premier ministre Sébastien Lecornu après une cellule de crise, en assurant que cette analyse est "partagée par les services de renseignement".

Le préfet de police de Paris Patrice Faure a par ailleurs saisi la justice contre Bally Bagayoko pour "des faits présumés de provocation à commettre un délit". Il reproche au maire des propos présentant "la réaction violente comme pouvant être une réponse compréhensible ou légitime à l'action des forces de l'ordre".

Mardi 29 septembre, devant le lycée Paul Éluard, le maire LFI avait estimé au micro de BFM que "la violence, à un moment donné, peut être légitime", pour manifester son soutien aux lycéens mobilisés. "Mais chaque fois qu'on peut l'éviter, c'est mieux", avait-il aussitôt nuancé.

"Après la vidéo tronquée de la poubelle, où certains ont voulu faire croire que j'allumais un feu, voici une citation tronquée dont on voulait déduire que j'appelle à la violence. Il n'en est rien", a répondu Bally Bagayoko dans un communiqué, assurant que "la violence n'est pas notre méthode d'action".

Référence à Malik Oussekine

Pour Bruno Cautrès, ces accusations de récupération n’ont pas lieu d’être. "Il est normal que des mouvements politiques veuillent accompagner, comprendre, montrer du soutien à des mouvements sociaux", affirme-t-il, jugeant "tout sauf incongru de voir des partis donner un sens politique à une crise qui est politique".

"Tout le monde sait qu’on est dans la perspective de la présidentielle. Les postures des uns et des autres s’inscrivent dans ce cadre-là, chacun parle à son propre électorat. Certains accentuent la dimension sociale, les autres la dimension de casseurs qui brûlent", poursuit le politologue.

Le gouvernement a ainsi annoncé inscrire à l'ordre du jour du Sénat dès le mois d'octobre son projet de loi "casseurs-payeurs", tandis que Jean-Luc Mélenchon a publié, lundi 5 octobre en fin d’après-midi, une longue vidéo sur YouTube pointant du doigt les violences policières.

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Main arrachée, perte de l'usage d'un œil, "mâchoire scellée" : plusieurs jeunes ont été gravement blessés depuis une semaine à la suite d'interventions des forces de l'ordre. Dix enquêtes ont été ouvertes par l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la "police des polices", depuis le début du mouvement lycéen, a indiqué lundi soir le ministère de l'Intérieur. Depuis le début de la mobilisation, plus de 5 000 personnes, dont 87 % de mineurs, ont par ailleurs été placées en garde à vue, a indiqué lundi la Chancellerie. À ce stade, 1 802 personnes font l'objet de poursuites.

"L’opinion est sidérée par ces images de violences, que ce soit celles des jeunes qui s’en prennent à leurs professeurs ou à leur établissement, ou celles des forces de l’ordre qui s’attaquent à des lycéens. Il y a vraiment un sentiment de dérèglement profond de la société française et d’un pays qui va très mal", estime Bruno Cautrès.

Alors que la Ligue des droits de l'Homme (LDH) dénonce "une dérive globale par rapport à l'État de droit" lors des interventions des forces de l'ordre face aux adolescents, le leader insoumis appelle dans sa vidéo à "protéger" la jeunesse. Il demande à ses élus et militants de se rendre dans la rue le 6 octobre pour "encadrer les manifestations des jeunes, pour les protéger contre les éborgnements, les tentatives d’asphyxie par les gaz lacrymogènes", le tout en portant un casque blanc ou un brassard blanc, pour être reconnu comme "une force d'interposition entre la violence policière et la manifestation".

Une référence qui n’a rien d’anodin dans cette bataille du récit. Lors des manifestations de 1986 contre le projet de loi Devaquet de réforme de l’université, des "casques blancs" avaient pour rôle de s'interposer face à la police pour protéger les étudiants. C’est lors de ce mouvement de contestation que l’étudiant Malik Oussekine avait été roué de coups et battu à mort par des policiers voltigeurs.

Le gouvernement a bien conscience que la journée du 6 octobre sera particulièrement scrutée. Le Premier ministre a réuni plusieurs ministres lundi en fin d’après-midi. Les revendications du mouvement lycéen doivent être portées "dans un cadre pacifique", a indiqué Matignon à l’issue de cette réunion, appelant à ce que la mobilisation prévue mardi permette de "renouer avec une contestation encadrée, légale et démocratique".