L'armée fédérale éthiopienne et une milice tigréenne alliée contrôlent dimanche Mekele, capitale de l'État régional du Tigré. Cette situation suscite désormais les craintes d'une extension du conflit hors d'Éthiopie, notamment chez leurs rivaux réunis à El-Alamein en Égypte.
Au lendemain de son entrée dans Mekele, l'armée fédérale éthiopienne – accompagnée d'une milice tigréenne alliée – contrôle dimanche 4 octobre la capitale de l'État régional du Tigré. Cette situation suscite désormais les craintes d'une extension du conflit hors d'Éthiopie, notamment chez ses rivaux réunis à El-Alamein en Égypte.
Après des mois de tensions, les combats ont repris fin septembre dans le nord de l'Éthiopie entre d'une part l'armée fédérale, et d'autre part le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) qui dirigeait de fait le Tigré depuis avril, et les milices Fano de l'État voisin de l'Amhara.
L'Éthiopie accuse l'Érythrée, l'Égypte et les Forces armées soudanaises (SAF) de soutenir le TPLF, sur fond de rivalités dans la Corne de l'Afrique, autour notamment de la mer Rouge, voie maritime stratégique.
L'Éthiopie est de son côté accusée de servir de plateforme de soutien aux paramilitaires des Forces de soutien rapides (FSR) que les SAF affrontent au Soudan depuis 2023. L'Égypte considère en outre son grand barrage sur le Nil comme une "menace existentielle", et le gouvernement somalien voit d'un mauvais œil son rapprochement avec le Somaliland, région de Somalie autoproclamée indépendante depuis 1991.
Réunis dimanche à El-Alamein en Egypte, en marge d'une réunion de l'Union africaine (UA), les présidents égyptien Abdel Fattah al-Sissi, érythréen Issaias Afeworki et somalien Hassan Sheikh Mohamud, ainsi que le chef des SAF Abdel Fattah al-Burhane, ont notamment évoqué les récents "développements dans la Corne de l'Afrique et la région de la mer Rouge".
Ils ont rappelé leur engagement à "régler les différends par des moyens pacifiques" et "souligné la nécessité" dans la Corne de l'Afrique de "respecter le droit international, les principes de bon voisinage et la non-ingérence dans les affaires internes des États", a indiqué la présidence égyptienne dans un communiqué.
Les États-Unis appellent au "respect de l'intégrité territoriale" dans la Corne de l'Afrique
Entrée dans le sud du Tigré lundi, l'armée fédérale éthiopienne, épaulée par la Force de paix du Tigré (TPF), milice affiliée à une faction dissidente du TPLF ayant rallié le gouvernement fédéral, est entrée samedi sans combats dans Mekele, désertée par les forces des autorités rebelles tigréennes.
La prise de la capitale du Tigré, État régional que les forces éthiopiennes ne contrôlent pour l'heure qu'en partie, ne marque pas la fin du conflit, certains observateurs craignant désormais qu'il ne s'étende hors d'Éthiopie. "Le prochain, c'est le dictateur érythréen", a d'ailleurs affirmé dimanche à l'AFP un responsable de la faction dissidente du TPLF, désignant l'Érythrée comme la prochaine cible.
Les États-Unis ont averti dès samedi que les tensions actuelles entre Éthiopie et Érythrée, historiquement rivales, "pouvaient potentiellement affecter" toute la Corne de l'Afrique et ont exhorté les deux pays à "respecter l'intégrité territoriale" de leurs voisins.
L'Éthiopie et l'Érythrée – ex-colonie italienne ensuite annexée par l'Éthiopie, devenue indépendante en 1993 après trois décennies de lutte armée – se sont affrontées entre 1998 et 2000 lors d'un conflit à grande échelle, autour notamment de différends frontaliers.
En prenant la tête de l'Éthiopie en 2018, Abiy Ahmed s'était rapproché d'Issaias Afeworki, président de l'Érythrée depuis l'indépendance, ce qui lui a valu l'année suivante le prix Nobel de la paix. Mais les relations se sont à nouveau profondément dégradées depuis, sur fond notamment de velléités répétées de M. Abiy de doter son pays enclavé d'un accès souverain à la mer Rouge, dont l'a privé l'indépendance érythréenne.
Les autorités rebelles du Tigré ont "temporairement déménagé" de Mekele
Vendredi, l'Éthiopie a accusé l'Érythrée d'actes "d'hostilité et de belligérance", entraînant la rupture leurs relations diplomatiques. L'Éthiopie a expulsé le même jour un diplomate égyptien, l'Égypte répondant par une mesure similaire.
Quelques heures auparavant, des explosions, causée par des drones selon des observateurs, avaient touché deux bâtiments de l'armée à Addis Abeba, la capitale fédérale, cible pour la première fois depuis longtemps d'une action militaire dont certains observateurs craignent désormais qu'elle se renouvelle.
Dimanche à Mekele, les combattants de la TPF gardent les principaux bâtiments officiels et des militaires éthiopiens patrouillent en ville, a décrit à l'AFP un journaliste local.
Les télécommunications, quasiment coupées depuis la reprise des hostilités, sont rétablies. Les échoppes sont restées fermées dimanche, de nombreux commerçants ayant mis leurs stocks à l'abri, pour les protéger des pillages qui ont été constatés pendant que la ville était sans forces de sécurité.
Les autorités rebelles du Tigré ont indiqué dimanche avoir "temporairement déménagé" de Mekele face à l'avancée éthiopienne, pour permettre à leurs forces de poursuivre le combat.
Avec AFP
