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Pendant près de 30 ans, Dafroza Gauthier a traqué, avec son mari Alain, les Rwandais réfugiés en France soupçonnés d'avoir participé au génocide des Tutsi – ce qui leur a valu le surnom de "Klarsfeld du Rwanda". Elle est morte à Reims samedi, après avoir consacré sa vie à faire traduire en justice les responsables présumés du massacre de plus de 800 000 personnes en 1994.

Dafroza Gauthier attend au tribunal judiciaire de Paris avec son mari Alain, président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda, le 23 novembre 2023. © Christophe Ena, AP (archives)

Dafroza Gauthier, qui a consacré sa vie à traquer, avec son mari, Alain Gauthier, les génocidaires des Tutsi au Rwanda réfugiés en France, est morte à Reims samedi 3 octobre, à 72 ans, a annoncé son époux dimanche à l'Agence France-Presse (AFP).

"Mes pensées vont à mes enfants et petits-enfants enfants, mais aussi à tous ceux que le génocide des Tutsi a fracassés, aux victimes pour lesquelles Dafroza a consacré sa vie", a-t-il déclaré.

"Je voudrais remercier tous ceux qui disent que Dafroza est une grande dame qui a changé quelque chose dans leur vie", a-t-il encore dit.

Souvent surnommés "les Klarsfeld du Rwanda" en référence aux chasseurs de nazis Beate et Serge Klarsfeld, le couple Gauthier est à l'origine – avec le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), qu'ils ont cofondé en 2001 – de la quasi totalité des plaintes contre des Rwandais réfugiés en France et suspectés d'avoir pris part au génocide des Tutsi, qui fit plus de 800 000 morts d'avril à juillet 1994.

"Tous ces morts qui nous habitent"

Pendant près de 30 ans, Dafroza Mukarumongi-Gauthier, ancienne ingénieure chimiste, a sillonné les collines du Rwanda avec son mari, sur leurs congés, puis pendant leur retraite, à la recherche de témoignages d'ex-tueurs, de prisonniers et de survivants.

Leur vie a basculé le 8 avril 1994, lorsque la mère de Dafroza a été abattue par balles dans une paroisse où elle s'était réfugiée. "Oncles, neveux, cousins" seront également exterminés. Entre "70 et 80 personnes", soit toute sa famille du côté maternel, mourront, avait-elle raconté à l'AFP en 2024. "C'est un vertige et un gouffre... tous ces morts qui nous habitent".

En raison des liens historiques entre Paris et le régime du président rwandais de l'époque, Juvénal Habyarimana, nombre de génocidaires ont trouvé refuge en France et bénéficié pendant des années d'un accueil "complaisant", dénonçaient les Gauthier.

Pour Dafroza Gauthier, la "justice permet de faire le deuil", d'"enrayer l'impunité". "Ce que l'on fait au cours d'un procès, c'est réhabiliter les victimes, dire leurs noms et ce qu'elles étaient", racontait-elle à l'AFP en 2024. "C'est cette réparation morale que les victimes attendent."

Avec AFP