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Image de couverture : ICI L EUROPE © France 24
Écouter (17:27 min)
A retrouver dans l’émission
Temps de lecture 6 min

Cette semaine, Caroline De Camaret reçoit Maciej Witucki, président de BusinessEurope depuis le 1er juillet 2026. Plus grande organisation patronale d'Europe, BusinessEurope représente plus de 40 fédérations patronales nationales issues de 35 pays. Polonais de nationalité, il dresse avec nous un bilan du paysage entrepreneurial européen, de ses défis et de ses pistes d'amélioration.

"Un pays seul ne peut pas faire face à tous ces défis globaux"

L'avenir semble sombre en Europe et dans le monde, avec la multiplication des crises. Maciej Witucki tempère : "les patrons européens croient en l'Europe. (...) un pays seul ne peut pas faire face à tous ces défis globaux." Face à l'augmentation éclair des prix de l'énergie, due, entre autres, à la situation dans le détroit d'Ormuz, Maciej Witucki rappelle : "la crainte, c'est effectivement la détérioration de la compétitivité des entreprises européennes. Mais ce n'est pas que pour les entreprises ; ça touche aussi directement les consommateurs, à travers l'inflation". Si certains pays ont décidé, face à l'urgence, de réduire les taxes sur les carburants, BusinessEurope prône des solutions de long terme : "il n’y en a pas 36 000. Il y a le marché unique de l'énergie, donc il faut que l'on partage plus nos actifs".

Il ne se prononce pas sur une taxe européenne sur les superprofits, puisque parmi les membres de BusinessEurope, certaines fédérations y sont favorables : "il n'y a pas de position commune, il y a des positions par pays. Dans mon pays, en Pologne, cette taxe vient d'être signée hier soir par le président." Mais pour lui, "les marges de manœuvre à court terme ne sont pas énormes. Il faut compter sur l'accalmie globale pour que les prix reviennent à la normale".

"Personne ne veut jeter par la fenêtre la défense de la planète"

BusinessEurope a par ailleurs demandé à la Commission de geler les nouvelles réglementations vertes de l'Union européenne (UE) afin d'éviter aux entreprises des coûts supplémentaires. Cette demande a provoqué des levées de boucliers de la part des organisations environnementales, pour qui un report des législations vertes affaiblirait davantage le Pacte vert européen sans pour autant restaurer la compétitivité.

Maciej Witucki explique : "personne ne veut jeter par la fenêtre la défense de la planète, surtout après la canicule (...) mais on doit mieux calculer les objectifs et les coûts associés, l'impact sur les prix et l'impact sur la compétitivité".

"Avant la guerre, l'Ukraine avait les capacités de fournir de l'énergie pour l'Europe"

Le représentant du patronat européen s'est aussi rendu plusieurs fois en Ukraine. Si la fin de la guerre pourrait apporter, dans le futur, de grands chantiers de reconstruction, il nuance : "les Ukrainiens reconstruisent tout seuls depuis le premier jour de l'invasion russe ; et ils le font très bien". Pour lui, il y a surtout des raisons de s'inspirer des capacités d'innovation ukrainiennes : "déjà au temps soviétique, l'Ukraine était un pays d'ingénieurs, d'aviation et de technologie spatiale". Ces compétences se sont traduites dans leur capacité à créer de nouveaux modèles de drônes de défense, mais qui pourraient aussi être "à double usage" c'est-à-dire reconvertis dans d'autres domaines comme l'agriculture ou l'industrie. Autre atout selon lui : "aujourd’hui, la capacité énergétique de l'Ukraine a été lourdement frappée. Mais c'est un pays avec une forte expérience nucléaire et comme il y a un mouvement de renaissance nucléaire en Europe, ça pourrait contribuer à mieux équilibrer nos réseaux européens".

"Nous ne pouvons pas couper le lien avec la Chine, mais nous devons reprendre le contrôle"

Les grands défis de l'industrie européenne s'incarnent notamment dans la voiture électrique. Fortement concurrencée par les Chinois, l'industrie peine à se maintenir en Europe. Maciej Witucki prône la lucidité : "on est devenus trop dépendants (...) Cette dépendance à la Chine, ça vient du fait que ça nous permettait d'avoir, d'un côté, les ambitions de développement de l'Europe, et de l'autre côté, une pression vers des prix plus bas." Il faudra donc, un moment ou un autre, en payer le prix : "le temps des produits pas chers, il ne sera peut-être pas complètement terminé, mais il sera modéré". "Nous avons quelque part naïvement investi toutes nos technologies à Shenzhen, en Chine, il y a 30 ans. Aujourd'hui, ce qu'on attend, c'est qu'il y ait des Shenzhen chinois mais en Europe ; que cette technologie chinoise, qui est éventuellement un investissement chinois, mais sous un contrôle européen, de même que ça a été, il y a 30 ans en Chine, soit développée ici. On ne peut pas couper le lien, mais il faut qu'on reprenne le contrôle, que ce soit sur les technologies ou sur les entreprises elles-mêmes."

"Le modèle social européen, on ne peut pas se permettre de le perdre"

S'il préside la plus grande organisation patronale européenne, la trajectoire de Maciej Witucki est d'abord polonaise. La Pologne est un symbole de réussite économique en Europe. La croissance est de plus de 3,6 % en 2026 et depuis 2023, le retour de Donald Tusk au pouvoir a permis de libérer 137 milliards d'euros gelés par l'Union européenne (UE) en raison de manquements à l'État de droit par le gouvernement précédent ultraconservateur. Pour Maciej Witucki, il y a plusieurs leçons à tirer de la Pologne : "la leçon, c'est que la Pologne, elle a l'entrepreneuriat, l'ouverture au business privé. C'est quelque chose qui revient maintenant en Europe (...) il y a beaucoup plus d'ouverture à discuter avec le business et d'équilibre avec les partenaires sociaux, qui sont très importants, parce que le modèle social européen, on ne peut pas se permettre de le perdre." La défense de l'État de droit est, elle aussi, au centre, ce qu'a démontré la Pologne après huit années d'un régime "pas tout à fait libéral". Le président de BusinessEurope explique : "on est définitivement pour la défense de l'État de droit. Mais pour cela, il faut que nous ayons des propositions intéressantes pour les citoyens de retour à la croissance, de la part des patrons, des partenaires sociaux et des politiques."

"La pression des États-Unis nous a ouvert les yeux"

Le président américain Donald Trump a imposé aux Européens un accord de commerce déséquilibré, poussant ces derniers à signer des partenariats avec de nombreux autres pays. Pour Maciej Witucki, "cette pression des États-Unis nous a ouvert les yeux. Ça nous a poussé vers plus d'agressivité et d'action internationale". Il se félicite du traité de libre-échange avec les pays du Mercosur ou celui qui se profile avec l'Inde dans les prochains mois. La multiplication de ces partenaires représente aussi une garantie pour le futur : "tout cela, ça nous donne des ouvertures pour nos exportations, ça nous donne des accès à des matières premières dont on aura besoin. Ça nous donne aussi des arguments dans les discussions pour des deals futurs avec les États-Unis et la Chine”.

Emission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats, Agnès Le Cossec, Paul Guinvarc'h et Florine Hausfater

Nos invités

  • Maciej WITUCKI Président de BusinessEurope