Pour le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure, Jordan Bardella "ment" et ne peut plus prétendre à Matignon. Le président du Rassemblement national apparaît fragilisé après la publication de captures d'écran de messages antisémites que Mediapart lui attribue. Si le RN serre les rangs, certains évoquent déjà le maire de Nice Éric Ciotti pour le remplacer.
L'hôtel Matignon s'est-il éloigné pour Jordan Bardella ? Les révélations de Mediapart, avec la publication, jeudi 1er octobre, des captures d'écran de messages antisémites attribués au président du Rassemblement national (RN), rendent le chemin vers le poste de Premier ministre beaucoup plus tortueux – et certains adversaires n'hésitent pas à parler d'un cul-de-sac.
"Veut-on d'un Premier ministre qui non seulement est antisémite, mais par ailleurs ment aux Français devant des preuves qui l'accablent ?", s'est interrogé le ministre de la Justice Gérald Darmanin sur RTL.
"Non", a répondu sur la même radio Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) : "On a là un double sujet, son antisémitisme et le mensonge en politique. Les deux ne pardonnent pas."
Un ticket toujours valide, selon Marion Maréchal
Marine Le Pen s'était engagée le 7 juillet, lors de l'annonce de sa candidature à l'élection présidentielle, à désigner le populaire Jordan Bardella comme Premier ministre. Depuis, le député européen, qui doit être réélu lors du congrès du parti (24 et 25 octobre à Orléans), s'était lancé dans une campagne médiatique pour montrer qu'il avait assumé le ticket avec Marine Le Pen.
Début septembre, il s'est affiché en terrain conquis à la Foire de Châlons-en-Champagne, où il a démontré que la "bardellamania" ne faiblissait pas, puis il a livré des confidences à la presse. Mais les révélations de Mediapart lundi l'ont coupé dans son élan, perturbant du même coup un déplacement de campagne de Marine Le Pen au salon Batimat, où elle n'a pu exposer ses mesures pour le logement devant la presse.
Jordan Bardella, qui dénonce "les pseudo-preuves" de Mediapart et assure "n'avoir jamais tenu" de propos antisémites, a lui-même reconnu implicitement que cette affaire pourrait nuire à sa nomination à Matignon. Il a assuré que l'objectif de Mediapart était de "tuer (sa) carrière politique" et de s'en prendre "à une moitié du binôme" qu'il forme avec Marine Le Pen.
Autour de son président, le RN a serré les rangs. Marine Le Pen a immédiatement dénoncé une "barbouzerie", tandis que Marion Maréchal a affirmé qu'elle voulait que Jordan Bardella "soit Premier ministre et gouverne", tout en assurant que le ticket avec sa tante restait "évidemment" valide.
"Dans une famille, on se chicane sur des détails, mais quand c'est grave, tout le monde se soude", affirme une source parlementaire du RN qui attribue à Marine Le Pen "un tempérament de louve qui défend les siens et ne se cache pas".
"Mon hypothèse, c'est que Marine Le Pen va le débrancher"
"Elle a été obligée de soutenir Jordan Bardella pour ne pas perdre l'électorat qui ne lui pardonnerait pas de l'avoir abandonné en cours de route", relativise le sociologue Erwan Lecœur, spécialiste de l'extrême droite. "Mon hypothèse, c'est que Marine Le Pen va le débrancher", ajoute-t-il, persuadé que plus "Jordan Bardella se défend, plus il s'enfonce et le RN avec lui".
La candidate condamnée en appel pour détournement de fonds a réitéré cette semaine sa "confiance absolue" en Jordan Bardella, ne s'est toujours pas exprimée après la publication jeudi des captures d'écran des messages, authentifiés par huissier, qu'il aurait envoyés en 2013.
En coulisses, certains songent déjà à l'avenir et évoquent pour le remplacer Éric Ciotti, l'ancien président du parti Les Républicains (LR) qui s'est allié au RN il y a deux ans. "Son discours est complémentaire de celui de Marine Le Pen, alors qu'avec Jordan il l'aurait été un peu moins", observe une source parlementaire. Un cadre LR n'hésite d'ailleurs pas à parler "d'aubaine" pour le maire de Nice.
Au sein de l'UDR d'Éric Ciotti, on ne veut pas en entendre parler : "Les boules puantes de l'extrême gauche n'ont pas érodé d'un millimètre la confiance de Marine envers Jordan, ni la confiance des Français envers le camp national si j'en crois les derniers sondages", balaie-t-on.
Avec AFP
