Plusieurs Palestiniens et activistes témoignent d’une utilisation de plus en plus importante des drones en Cisjordanie occupée, de la part de l’armée et des colons notamment, auxquels le gouvernement remet les appareils en main propre. Les objectifs seraient d'intimider, de surveiller, de démolir et de rendre la vie quotidienne insupportable.
Quatre hommes, le sourire aux lèvres, prennent la pose, chacun avec un drone à la main. La photo a été publiée le 3 septembre 2026 sur X par le colon israélien Elisha Yered, membre de la direction de Collines du front, une organisation de colons en Cisjordanie occupée dont l’objectif est de créer et de renforcer des colonies illégales. En légende, Elisha Yered affirme avoir distribué les appareils à quatre colonies présentes en Cisjordanie – territoire occupé par Israël depuis 1967.
"Les drones constituent un moyen essentiel sur le terrain : à la fois pour surveiller en temps réel les attaques et les incendies criminels, et pour documenter les événements et réfuter les accusations de sang", écrit-il. Il ajoute : "Et surtout : un immense merci aux Juifs qui ont participé à l’achat de ces équipements de sécurité et qui nous ont permis de soutenir nos militants."
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Accepter Gérer mes choixElisha Yered est aussi membre de Hilltop Youth, un groupe de jeunes colons qui commet régulièrement des actes de violence contre des Palestiniens et leurs villages en Cisjordanie occupée. Il a aussi fait partie d’un groupe de colons armés qui auraient tué un jeune Palestinien de 19 ans, Qusai Jammal Mi’tan, en août 2023 dans le village palestinien de Burqa. Depuis avril 2024, il est sous sanctions européennes.
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Accepter Gérer mes choix"Ils ont commencé à envoyer des drones au-dessus de nous la nuit, pendant la journée, le matin, à n’importe quel moment"
Le recours au drone par les Collines du front est symptomatique d’une politique d’utilisation de plus en plus massive de ces appareils par différents acteurs en Cisjordanie occupée. Les engins bourdonnants sont envoyés au-dessus des habitations et des cultures palestiniennes. Un harcèlement que connaît bien Abdel (pseudonyme), un bédouin et éleveur de bétail vivant près de Jéricho, au nord-ouest de la mer Morte. Sa famille et lui ont été contraints de quitter leur village de Shalal al-Auja en janvier après de nombreuses attaques menées par des colons.
Abdel affirme que ces derniers les ont suivis jusqu’à leur nouvel emplacement et prolongent leurs souffrances. Lui et sa femme nous ont envoyé plusieurs vidéos de drones les survolant, en général tard le soir. Il raconte une intimidation quasi quotidienne :
"J'ai été déplacé de Shalal al-Auja, ma famille et moi nous sommes installés 10 kilomètres plus loin. Deux mois et demi après mon arrivée, ils [les colons] ont établi un avant-poste à environ 500 mètres de chez moi. Cet avant-poste ne dispose de rien, ils se contentent simplement de lancer des drones pour harceler les gens.
Après ça, ils ont commencé à envoyer des drones au-dessus de nous la nuit, pendant la journée, le matin, à n’importe quel moment…
Au début, c'était tous les jours, mais récemment, c'est deux ou trois jours par semaine.
À chaque voiture qui entre chez toi, ou quand tu sors pour apporter de la nourriture aux moutons ou quoi que ce soit d’autre, ils lancent immédiatement le drone derrière toi.
Et puis, un jour, ils sont venus jusqu’à ma maison. Ce sont les mêmes colons qui m’avaient chassé de mon premier logement à Shalal al-Auja. Ils m’ont suivi jusque chez moi et m’ont frappé dans ma nouvelle maison. Ils m’ont attaqué au cœur même de mon habitation et m’ont frappé."
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Accepter Gérer mes choix"Les drones sont utilisés pour surveiller la présence de nouvelles constructions"
Shai Gortler est chercheur associé au Centre de recherche en sciences humaines de l'université du Cap-Occidental au Cap et spécialisé dans la surveillance, l’incarcération et la colonisation. Il affirme que quatre entités utilisent des drones en Cisjordanie occupée, et ce pour différentes raisons :
"Les premiers sont les colons. Ils utilisent les drones pour intimider, récolter de l'information.
Ensuite, il y a les conseils régionaux [organes gouvernementaux en Cisjordanie occupée regroupant plusieurs colonies illégales, NDLR], qui surveillent les nouvelles constructions [palestiniennes, NDLR].
Les troisièmes sont les ONG. La plus importante est Regavim, ce qui signifie en hébreu "motte de terre" [ONG israélienne sous sanctions européennes, cofondée par le ministre israélien des Finances, le suprémaciste juif Bezalel Smotrich, NDLR]. Elle utilise des drones pour les mêmes raisons que les conseils régionaux : surveiller la présence de nouvelles constructions. Elle appelle ensuite l’Administration civile [organe gouvernemental israélien en Cisjordanie occupée, NDLR] afin qu'elle les démolisse.
Enfin, le dernier groupe est l'armée israélienne, qui utilise ses drones pour surveiller et démolir.
Il existe une dernière utilisation majeure qui a été documentée en Cisjordanie, qui consiste à faire fuir les troupeaux de moutons ou de chèvres des Palestiniens."
"Ils portent même atteinte à votre intimité, à l’intérieur de votre propre maison"
Faris (pseudonyme) est fermier dans le village de Burqa, dans le gouvernorat de Ramallah. Selon l’ONG Peace Now, Burqa est à proximité de 12 colonies israéliennes. Il dit être témoin des intrusions de drones pour disperser les moutons.
"Certains bergers qui faisaient paître leurs moutons à la périphérie du village ont été confrontés aux drones. Les colons utilisent les drones pour faire fuir les moutons : ils les font voler très près du troupeau et le bruit dérange énormément les animaux, qui partent donc dans toutes les directions. L’objectif est notamment de créer une situation qui facilite ensuite le vol de moutons.
Nous avions déjà remarqué la présence des drones après le 7 octobre 2023, mais pas à cette fréquence. Ceux qui les utilisaient le plus étaient surtout l’armée ou la police.
Le problème des drones est grave. Ils portent même atteinte à votre intimité, à l’intérieur de votre propre maison. Parfois, vous ne voyez le drone que lorsqu’il est déjà près de votre fenêtre.
On est passés d’une utilisation mensuelle, voire moins fréquente, à une présence presque permanente. Les drones ne semblent presque plus quitter le ciel du village, de jour comme de nuit."
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Accepter Gérer mes choix"En général, lorsque les colons veulent lancer une attaque ou commettre un vol sans être repérés par les habitants – qui pourraient essayer de les en empêcher –, ils font décoller le drone. Le drone peut alors surveiller toute la zone tranquillement, repérer les chemins par lesquels ils peuvent entrer et ceux par lesquels ils peuvent repartir. Ils établissent ainsi leur itinéraire et planifient leur opération."
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Accepter Gérer mes choixSoutien du gouvernement israélien
Le gouvernement de Benjamin Netanyahu a accéléré l’implantation de nouvelles colonies en Cisjordanie occupée depuis sa formation en 2022, et en a approuvé la création de 103.
En 2026, le gouvernement israélien a alloué un fonds de 50 millions de shekels (soit plus de 14 millions d’euros) pour financer des "équipements de sécurité", dont des drones et des infrastructures destinés aux avant-postes et colonies illégales en Cisjordanie occupée.
Mais le gouvernement et le ministère des Colonies et des Missions nationales ne se limitent pas à une aide financière et législative : ils fournissent en main propre du matériel aux colonies et participent à des cérémonies de livraisons d’"équipements de sécurité".
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Accepter Gérer mes choixSur Instagram, le ministre des Finances Bezalel Smotrich n’a pas hésité pas à se mettre en scène lors d’une cérémonie de distribution d’équipements en juillet à la "ferme de Zarzir", une colonie illégale établie en 2025. On le voit à côté d’une table comportant drones, kit de premiers secours et autres équipements, puis offrir en main propre du matériel à celui ayant établi la colonie, Mol Yessa.
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Accepter Gérer mes choixL'année précédente, en juillet 2025, le conseil régional de Benyamin, qui regroupe 17 colonies illégales en Cisjordanie occupée, s’était félicité de la dernière distribution d’équipements, comprenant selon lui 20 véhicules tout terrain, des appareils de vision nocturne ainsi que des drones.
Dans son rapport "The Elimination Project", l’ONG de défense des droits des Palestiniens B’tselem note que dès 2020, le ministère des Colonies avait alloué 20 millions de shekels (soit plus de 5 millions d’euros) aux conseils régionaux situés en Cisjordanie afin que ceux-ci puissent surveiller l’implantation de nouvelles constructions palestiniennes. Ces conseils peuvent ainsi demander des fonds au ministère pour se procurer des équipements de surveillance et de photographie aérienne, dont des drones. L’utilisation de drones par l’armée israélienne en Cisjordanie est aussi documentée à partir de cette même année.
Les colonies et avant-postes israéliens en Cisjordanie occupée sont considérées comme illégales par les Nations unies. En mars, le Haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme faisait part de son inquiétude quant à un "nettoyage ethnique" en Cisjordanie occupée après "l’intensification des attaques, la destruction méthodique de quartiers entiers, le refus d’apporter une aide humanitaire et les transferts forcés". Il estimait que le "transfert illégal" de Palestiniens "constitue un crime de guerre" et peut dans certains cas "s’apparenter à un crime contre l’humanité".
