À la veille d'une réunion d'urgence de l'UE, les États-Unis réclament une mise sur le marché "immédiate" de volumes supplémentaires de diesel, tout en menaçant selon la presse d'interdire ses exportations si les Européens refusent. Le prix du gazole atteint des records des deux côtés de l'Atlantique, pénalisé par les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes et le verrouillage du détroit d'Ormuz par l'Iran.
Les États-Unis ont exhorté jeudi 1er octobre les Européens à les aider à faire baisser les prix du gazole en mettant "immédiatement" sur le marché plus de carburant, à la veille d'une réunion d'urgence des pays de l'Union européenne (UE) sur le sujet.
"Nos partenaires européens devraient accélérer la mise en œuvre de leurs engagements existants et mettre immédiatement à disposition des volumes supplémentaires afin de remédier aux perturbations actuelles", a écrit sur X le ministre américain des Finances Scott Bessent.
Son collègue de l'Énergie, Chris Wright, a estimé auprès de Fox News que "l'Europe peut elle aussi contribuer à améliorer la situation". "Il est temps de procéder à une mise sur le marché coordonnée des stocks de diesel" à l'approche de l'hiver, a-t-il ajouté.
Le ton est plus pressant que celui employé par Donald Trump. Lors d'un déplacement au Texas, le président américain a dit jeudi qu'il "pourrait" demander aux Européens de puiser dans leurs réserves de gazole.
Barrer la route aux livraisons, une "mauvaise surprise"
D'après des informations de presse, son gouvernement voudrait que des pays européens, notamment la France et l'Allemagne, mettent sur le marché du gazole prélevé sur leurs réserves stratégiques, à l'instar de ce qui a été fait avec le pétrole brut. Il menacerait d'interdire l'exportation de diesel américain dans le cas contraire.
Barrer la route aux livraisons de ce carburant serait une "mauvaise surprise", a réagi le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic. Présent sur le sol américain dans le cadre du G20 Commerce, il a prévenu des "conséquences très lourdes" pour l'économie européenne qu'aurait une telle interdiction, sans toutefois confirmer que Washington avait bien formulé une telle menace.
Le prix à la pompe du gazole dans l'Union européenne a atteint un nouveau sommet historique avec une moyenne hebdomadaire de 2,24 euros le litre, selon une compilation des données nationales publiées jeudi par la Commission européenne.
Une réunion a été convoquée vendredi matin entre la Commission européenne et les pays membres de l'UE afin de travailler à une réponse coordonnée face à cette envolée, a indiqué jeudi soir une porte-parole de la Commission, sans préciser si l'objectif était de répondre à la demande américaine.
Une "volonté des deux côtés de travailler ensemble"
L'Élysée a souligné qu'Emmanuel Macron doit aussi organiser "prochainement" une réunion des dirigeants du G7 pour évoquer notamment "la coordination sur la libération des stocks au niveau du G7 en lien avec l'Agence internationale de l'énergie".
Il y a entre Washington et ses partenaires européens une "volonté des deux côtés de travailler ensemble" pour résoudre la crise, a estimé le représentant américain au commerce Jamieson Greer après des réunions du G20.
"Ce qui est certain c'est qu'on ne peut pas prétendre avoir un dialogue et ensuite avoir des décisions ou des mesures qui soient brutales ou en tout cas ne reposent pas sur un consensus issu d'un dialogue", a affirmé auprès de l'AFP le ministre français du Commerce extérieur Nicolas Forissier.
Le gazole atteint un niveau record aux États-Unis
Aux États-Unis, le gazole a atteint le niveau record de 6,53 dollars le gallon (3,78 litres) fin septembre, selon l'association automobile américaine. "Les agriculteurs, les transporteurs routiers et les entreprises américains ne devraient pas avoir à supporter seuls le poids d'une pénurie mondiale de diesel", a jugé Scott Bessent.
Les raffineries du pays - comme ailleurs - tournent à plein régime pour transformer le pétrole brut en essence ordinaire et diesel mais les attaques des raffineries russes par l'Ukraine et le verrouillage du détroit d'Ormuz par l'Iran privent le marché d'une quantité importante de carburant.
Donald Trump insiste surtout sur les conséquences des frappes de Kiev, laissant de côté les perturbations liées à sa guerre contre Téhéran. Le président américain s'était brièvement dit favorable à une interdiction temporaire des exportations de gazole, réclamée par certains élus de son camp. Il n'a pas redit récemment son soutien à une telle mesure, jugée risquée par certains de ses conseillers, mais n'a pas non plus levé explicitement la menace.
Avec AFP
