Lors du premier jour de sa visite d'État en Espagne, le président français Emmanuel Macron a appelé mardi à un investissement massif en faveur d'une "Europe plus forte" et à "reprendre le contrôle" des réseaux sociaux et de l'IA, jugés responsables de la "fatigue démocratique". Cette visite a été ternie par le rejet, dans la soirée, du traité d'amitié franco-espagnol par le Sénat espagnol.
Emmanuel Macron a livré mardi 29 septembre à Madrid ses recettes pour répondre à la crise démocratique et la montée des "extrêmes", à commencer par un investissement massif en faveur d'une "Europe plus forte", un message qui résonne en France à l'approche de la présidentielle.
Au début d'une visite d'État de deux jours en Espagne, le président français, accompagné par son épouse Brigitte Macron, est arrivé au palais royal en Rolls Royce, escorté par la garde royale à cheval en tenue d'apparat. Dans l'immense cour pavée, le couple a été accueilli en tout début d'après-midi par le roi Felipe VI et la reine Letizia, au son de la fanfare militaire et de coups de canon, en présence également du Premier ministre socialiste, Pedro Sanchez. Le soir, ils se sont retrouvés pour un dîner de gala.
Entre les deux, lors d'un débat à l'Université Complutense, Emmanuel Macron a donné son analyse de la "fatigue démocratique" en Europe. Celui qui avait promis, au soir de sa première élection en 2017, de "tout" faire pour que les Français "n'aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes", s'apprête à quitter le pouvoir, au printemps, sans avoir concrétisé cet engagement.
Les démocraties traversent une crise "d'efficacité"
Dans les sondages, la candidate du Rassemblement national Marine Le Pen est favorite pour lui succéder, et les forces aux deux bouts de l'échiquier politique cumulent plus de 55 % des intentions de vote.
En Espagne aussi, le socialiste Pedro Sanchez, fragilisé par des affaires judiciaires et confronté à une grave crise du logement, est menacé à quelques mois des législatives par une hypothétique alliance entre la droite et l'extrême droite.
Selon Emmanuel Macron, cette crise démocratique a commencé avec la désindustrialisation car "on n'a plus tenu la promesse" d'une économie qui permettrait à tous de "vivre mieux". Cela s'est aggravé avec la "crise démographique" que les Européens ont rééquilibré "par l'immigration", ce qui a "bousculé" le "consensus" dans leurs sociétés.
Ensuite, les démocraties traversent une crise "d'efficacité", de par la complexité des processus de décision et la multiplication des contre-pouvoirs, "qui crée une fascination pour les régimes autoritaires". Cela a favorisé l'émergence de forces "démagogiques" et des "extrêmes", a estimé le président français, car elles proposent des solutions "beaucoup plus rapides" mais "simplistes".
L'Europe doit accepter une "simplification" drastique
Face à cette crise, décuplée selon lui par les réseaux sociaux et leurs algorithmes sans transparence, Emmanuel Macron a plaidé pour "reprendre le contrôle" de ces plateformes et de l'intelligence artificielle. Ce thème est l'une des dernières batailles du chef de l'État, qui espère, avant de quitter le pouvoir en mai, interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, malgré les obstacles juridiques - un objectif partagé par Pedro Sanchez, pour les moins de 16 ans. "C'est une bataille européenne", a-t-il lancé dans l'amphithéâtre historique.
En outre, l'Europe doit selon lui accepter une "simplification" drastique pour "retrouver de l'efficacité collective". Et "retrouver de la capacité à innover" en investissant massivement, "par un budget européen à la hauteur des enjeux et doté de nouvelles ressources propres".
Car le Vieux Continent, malgré un "réveil" depuis le Covid, la guerre en Ukraine et le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, est "trop lent" face à la Chine et aux États-Unis, "qui pour la première fois de leur histoire sont deux immenses puissances hostiles à l'idée européenne", a-t-il prévenu.
Mercredi, au dernier jour de cette première visite d'État d'un président français depuis celle de Nicolas Sarkozy en 2009, Emmanuel Macron et le roi Felipe VI doivent ouvrir dans la matinée un forum économique franco-espagnol. Le président s'entretiendra ensuite avec le Premier ministre espagnol, au palais de la Moncloa à la mi-journée, avant une conférence de presse commune.
Légère ombre au tableau de cette visite : le Sénat espagnol, sous l'impulsion de la droite, a rejeté dans la soirée de mardi la ratification du traité d'amitié franco-espagnol qu'Emmanuel Macron et Pedro Sanchez avaient paraphé en 2023 à Barcelone.
Avec AFP
