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Une exposition originale au Mémorial 14-18 Notre-Dame-de-Lorette met en lumière la présence oubliée des chiens et des chats auprès des combattants durant la Première Guerre mondiale. À travers des photographies, elle montre le rôle que ces animaux de compagnie ont pu jouer dans les tranchées.

Un officier d'état-major de la 36e Division britannique joue avec un chaton, devant son abri, à Essigny, dans l'Aisne, en France en 1918. © Aitken, Thomas Keith (Second Lieutenant) / IWM

La scène est insolite. Un soldat britannique brandit un petit chien installé dans son casque. Le sourire aux lèvres, il porte un regard amusé sur l'animal. Un moment de joie qui ferait presque oublier le champ de bataille en arrière-plan et le fusil que ce "Tommy" porte en bandoulière.

Un soldat britannique à genoux soulève un chien dans son casque, le 22 décembre 1917. © Imperial War Musuem

Cette touchante photographie fait partie de la nouvelle exposition qui a ouvert ses portes, samedi 26 septembre, au Mémorial 14-18 de Notre-Dame-de-Lorette dans le Pas-de-Calais. Une fois n'est pas coutume, ce ne sont pas les combattants de la Grande Guerre qui sont à l'honneur, mais les autres "Poilus" des tranchées, leurs compagnons à quatre pattes : les chiens et les chats. 

"Les sujets de guerre sont parfois un peu lourds à porter", explique Juliette Gouesnard, la commissaire de l'exposition. "Tout est parti d'une blague où je disais qu'un jour j'aimerais amener des chatons entre ces murs", ajoute-t-elle. Inauguré en 2015 lors du Centenaire de la Première Guerre mondiale, le Mémorial, un bâtiment de béton noir et aux couloirs sombres, met principalement en lumière grâce à des photographies le quotidien effroyable des soldats entre 1914 et 1918. Une plongée dans la brutalité de la Grande Guerre qui peut parfois rebuter certains. "Surtout avec l'atmosphère anxiogène qui règne encore plus en ce moment", souligne Juliette Gouesnard.

La boutade de la chargée de programmation du Mémorial s'est finalement transformée en véritable projet. Quoi de mieux pour faire venir les visiteurs au Mémorial, et notamment les plus jeunes, qu'un thème plus léger et familial ? "Nous l'avons aussi choisi car on voulait parler de l'aspect réconfortant de l'animal au front et parce que les chiens et les chats sont des animaux que nous avons tous à la maison de manière généralisée. Il y avait suffisamment de matière pour en parler", décrit la jeune femme.

Une véritable mobilisation

Pour concevoir, cette exposition, Juliette Gouesnard s'est appuyée sur les travaux pionniers de d'Éric Baratay, auteur de l'ouvrage référence "Bêtes des tranchées" (éd. CNRS). Dans son livre, l'historien montre que chiens et chats font partie de deux catégories distinctes. Les premiers sont des animaux de services, tandis que les deuxièmes sont des animaux d'affection. L'exposition se partage donc entre ces deux aspects à travers une soixantaine de photographies.

Lorsqu'éclate la guerre en août 1914, les chiens sont intégrés aux armées des différents belligérants. "Ils sont réquisitionnés et mobilisés au même titre qu'un soldat. On demande à la population de prêter leurs chiens", décrit Juliette Gouesnard. Au total, 100 000 chiens participent à la Première Guerre mondiale. Selon les besoins ils assurent différentes missions : transmission de messages, détection et alerte en tant que sentinelles, recherche de soldats blessés, transport de matériel et de ravitaillement.

Chien de l'armée française apportant un message. France, 1918 © Jacques Boyer / Roger-Viollet

En 1915, l'armée française fait ainsi venir 435 huskies d'Alaska pour aider au ravitaillement sur le front des Vosges enneigé. "Ils ont fait la traversée sur un paquebot et ont permis de constituer 70 attelages. Mais la moitié de ces chiens ne vont pas sortir vivants de la fin du conflit", raconte la commissaire de l'exposition.

Comme les hommes, les chiens sont aussi exposés aux bombardements, aux gaz, à la fatigue et aux blessures. Ils subissent aussi parfois des mauvais traitements, car selon les pays, le rapport à l'animal est bien différent. "Ce n'est pas du tout le même qu'on peut avoir aujourd'hui. Dans leur méthode de dressage, les Britanniques vont vraiment essayer de créer un lien d'attachement entre le chien et son maître pour réussir leur mission, alors que côté français, on est sur du conditionnement et sur un animal presque purement utilitaire", dépeint Juliette Gouesnard.

Chien messager français avec un masque à gaz traversant un nuage de gaz toxique. France, 1916 © Paul Bressolles(SPA)/ECPAD/SPA 7IS 82

Un attachement 

Malgré ce contexte particulier et difficile, des liens se nouent entre soldats et animaux. Les clichés présents dans l'exposition témoignent de cette proximité : "Chez les Britanniques et les Allemands, il est vraiment très courant que des chiens deviennent des mascottes de régiment".

Un officier allemand et son chien dans une tranchées des dunes de Flandre. France, 1915, © Maurice-Louis Branger / Roger-Viollet

L'exemple le plus connu est celui de Stubby, un pitbull, devenu mascotte du 102e régiment de la 26e division d'infanterie américaine. Dans les tranchées, il alerte les soldats et les prévient des dangers. Il capture même un soldat allemand qui tentait de repérer les positions adverses et est récompensé par de nombreuses médailles. Des figures de la Grande Guerre ont aussi été prises en photo avec leur chien comme le célèbre Baron Rouge, as de l'aviation allemande, qui parlait de son dogue allemand Mortiz qu'il emmenait même dans son avion comme "le plus bel être de toute la création".

Le “Sergent Stubby” portant son uniforme militaire avec ses nombreuses décorations. Il est le chien le plus décoré de la Grande Guerre, (photo prise entre 1918 et 1921) © DR / wikicommons

Contrairement à leurs collègues à quatre pattes, les chats n'ont pas été amenés sur le champ de bataille. Abandonnés lors de l'évacuation des populations civiles, ils trouvent refuges dans les ruines, les tranchées ou les abris. " Au départ, ils étaient livrés à eux-mêmes. Ils sont redevenus sauvages, mais lorsque le front va se stabiliser, ils vont chercher de la nourriture et s'approcher peu à peu des soldats", note la jeune femme.

Là où les chiens sont engagés dans la guerre, les chats incarnent une "forme de neutralité". "Il y a cette scène dans le film "Joyeux Noël" où un chat passe d'une tranchée à l'autre. Pour les Français, il s'appelle Nestor et pour les Allemands, il s'appelle Félix", rappelle Juliette Gouesnard.

Portrait d'un soldat qui tient un chat dans ses bras, devant un abri. 1917. © Louis Well(SPA)/ECPAD/SPA 36 O 1290

Indépendamment de la nationalité des combattants, les chats leur apportent sans discrimination le même réconfort. Les clichés de l'exposition montrent des scènes attendrissantes. Une simple caresse, un câlin partagé, un peu de chaleur animale, et les soldats échappent pour un instant à l'enfer de la guerre.

Les chats Rosette et Saint-Thomas dorment dans un panier posé sur une table où un soldat du 136e RI (régiment d'infanterie) écrit une lettre. Saint-Thomas-en-Argonne, Meuse, France, 1916. © Jules- Louis Tétart(SPA)/ECPAD/SPA 30 T 1290

Humaniser la guerre

Ces images, largement diffusées à l'époque, ont aussi un but : humaniser la guerre et ces participants, tout en atténuant la violence du conflit. Cent ans dix après, cette construction visuelle existe toujours. L'exposition se termine sur un espace consacré à la guerre en Ukraine. On peut y voir des soldats ukrainiens tenant eux aussi des chatons entre les mains. L'un d'entre eux Alexandr Liashuk est devenu mondialement célèbre sur les réseaux sociaux grâce à Shayba, un chat qu'il a recueilli sur le front. Cette notoriété lui a permis de collecter des fonds pour son unité. "Il n'y a pas de doute sur le fait qu'il aime son chat, mais ces photographies sont finalement détournées pour des usages de propagande ou des usages utilitaires", analyse Juliette Gouesnard.

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Le 21 novembre 1918, les chiens ont été démobilisés par une circulaire ministérielle. Côté français, sur les 15 000 engagés canins dans la guerre, plus de 5 000 ne sont pas revenus du front. Pendant des décennies, leur rôle a été largement oublié avant que des historiens ne commencent à s'y intéresser depuis une vingtaine d'années. Grâce à l'exposition du Mémorial, à voir jusqu'au 3 janvier 2027, ces fidèles compagnons, ainsi que les chats, retrouvent leur place auprès du grand public dans l'histoire de 14-18.