Correspondante à Washington – La dernière ligne droite de la campagne pour les Midterms a commencé ! Stratégie, candidats, sondages… Chaque semaine, France 24 fait le point sur ce qu'il faut retenir. Les républicains, en difficulté dans les enquêtes d'opinion, misent sur leur trésor de guerre pour remonter dans les courses les plus serrées à coup de millions de dollars de dépenses publicitaires.
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L’argent, la dernière arme des républicains ?
Imaginez. Vous êtes un électeur de l’Ohio, du Maine ou du Michigan, et vous allumez la télé ou scrollez les réseaux sociaux après avoir couché vos enfants. Jusqu’au 3 novembre, la date des élections de mi-mandat aux États-Unis, attendez-vous à être bombardé chaque jour de spots publicitaires pour vos candidats locaux. Plus précisément, ne soyez pas étonné si les campagnes républicaines inondent les ondes. L’explication tient en un mot : l’argent.
Les républicains détiennent un atout indéniable par rapport à leurs rivaux démocrates en cette saison électorale : leurs coffres-forts sont mieux remplis. Cet avantage financier est peut-être leur dernier espoir - avec celui d’une baisse des prix de l’essence - de voir la tendance actuelle se retourner. En effet, les démocrates dominent les sondages depuis plusieurs semaines, d’abord à la Chambre des représentants où ils sont donnés vainqueurs, et plus récemment au Sénat où ils pourraient ravir de justesse la majorité.
Or il reste un peu plus de cinq semaines de campagne et les républicains comptent sur leurs millions pour se rattraper. Depuis le début du mois d’août et jusqu’au jour de l’élection, ils ont dépensé ou réservé 820 millions de dollars de publicités pour soutenir leurs candidats au Sénat, contre 556 millions pour les démocrates, selon les données de l'organisme AdImpact analysées par Politico. Pour les candidats à la Chambre, les réservations publicitaires s’élèvent à 454 millions pour les républicains contre 381 millions pour les démocrates.
Dans les États les plus disputés, l’écart est encore plus spectaculaire, selon les calculs de Politico. Au Texas, 106 millions de dollars de publicités ont déjà été dépensés ou réservés depuis le mois d’août pour le républicain Ken Paxton, candidat au Sénat, contre 40 millions de dollars pour le démocrate James Talarico. Dans l’Ohio, la course la plus chère de ces Midterms, les chiffres sont de 190 millions de dollars pour le républicain Jon Husted contre 120 millions de dollars pour le démocrate Sherrod Brown. "Si on a un mauvais résultat aux Midterms, on ne pourra pas accuser l’argent", a résumé le sénateur de Louisiane John Kennedy.
Résultat, les démocrates multiplient les appels aux donateurs. "Nous voulons gagner la majorité, mais cela coûte de l’argent", a ainsi plaidé Lauren French, porte-parole du Senate Majority PAC, un comité d’action politique visant à faire élire des démocrates au Sénat. Brian Derrick, patron de la plateforme de levée de fonds Oath, prévient : "Dans un cycle électoral où les républicains détiennent un montant d’argent record à dépenser, nous savons que nous allons perdre certaines courses qui auraient pu être gagnées si elles avaient eu assez de financements."
Une grande partie de cet argent vient de groupes extérieurs, les fameux Super PACs qui peuvent lever des fonds de manière illimitée. Avec ses 416 millions de dollars de trésorerie début septembre, celui de Donald Trump, Maga Inc, a ainsi commencé à distribuer des sommes considérables en vue de certains scrutins serrés. Les républicains espèrent que le président ouvrira encore davantage les vannes dans les jours à venir.
Dès lors, les démocrates ont un problème de priorité : sur quels chevaux parier leurs deniers ? Pour remporter le Sénat, ils ont besoin de quatre sièges supplémentaires. Parmi les neufs États les plus disputés, la Géorgie, le Michigan et le New Hampshire leurs sont déjà acquis. Il faut donc les conserver. Les six autres - Maine, Caroline du Nord, Alaska, Iowa, Ohio et Texas - sont à conquérir. Pour gagner le 3 novembre, vaut-il mieux maintenir la pression sur les États côtiers, comme la Géorgie ou la Caroline du Nord, où ils disposent déjà d’une avance rassurante ? Ou aller s’aventurer en territoire rouge - Texas, Iowa voire même Kansas - où certains signaux laissent penser qu’il y aurait une carte à jouer ?
Le Texas est un cas particulièrement intéressant. Malgré une aide financière beaucoup moins importante de son parti et des groupes extérieurs, James Talarico (France 24 vous en parlait ici il y a deux semaines) devance de justesse le républicain Ken Paxton dans les sondages. Sa propre campagne a réussi à lever beaucoup plus d’argent que son rival, en particulier auprès des petits donateurs individuels. C’est une force des candidats démocrates, toutes courses confondues, liée à l’enthousiasme de leurs électeurs. Selon les données de la Commission électorale fédérale, les candidats républicains au Sénat ont levé quelque 133 millions de dollars contre 329 millions - plus du double - pour les candidats démocrates.
Or selon la loi, les spots publicitaires coûtent moins chers aux candidats qu’aux Super PACs. Ainsi, selon qui le dépense, le même dollar n’achète pas la même quantité de publicité. Autrement dit, avec moins d’argent, on peut faire presque aussi bien. Pour certains analystes, c’est la preuve que la qualité des candidats et de leur message peut parfois prévaloir sur la taille du trésor de guerre de leur parti.
Surtout quand la popularité du président passe sous la barre des 40 % d’opinions positives, que le gallon d’essence coûte 4,48 dollars (1,18 dollar le litre), et que les taux d’intérêt immobiliers dépassent les 7 %. Un élu républicain résume la situation à Politico : "Nous avons de l’argent comme jamais auparavant, mais ils ont pour eux tous les avantages stratégiques, et le président complique la situation - personne dans mon district ne se préoccupe du Kennedy Center, des arcs de triomphe ou de la Reflecting Pool, toutes ces conneries." L’afflux de cash républicain fera-t-il céder le barrage démocrate ? Les stratèges du parti attendent avec impatience leurs sondages internes du mois d’octobre pour en avoir une première idée.
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Focus sur un État très disputé : dans le Maine, la sénatrice républicaine Susan Collins est-elle indélogeable ?
Cette semaine, un sondage du New York Times-Siena a refroidi les démocrates qui se voyaient déjà majoritaires au Sénat. La sénatrice républicaine Susan Collins est donnée victorieuse avec trois points d’avance dans le Maine, à rebours des autres sondages qui la placent au coude-à-coude voire perdante face à son rival démocrate Troy Jackson. Elle était considérée jusqu’ici comme la candidate la plus vulnérable parmi les États que la gauche doit récupérer pour gagner. Si le Maine, plutôt modéré, reste à droite le 3 novembre, le chemin vers la majorité sera plus difficile car il passera par des États qui ont largement voté pour Donald Trump en 2024.
Est-ce un sondage isolé ou le début d’un renversement de tendance ? En tout cas, Susan Collins, en poste depuis 1996, a donné du fil à retordre à la gauche à chaque élection. Ses points forts ? D’abord, c’est un visage connu, contrairement à Troy Jackson qui est entré dans la bataille avec du retard, en remplacement d’un candidat qui a jeté l’éponge en raison d’accusations de viol. Susan Collins bénéficie aussi, comme dans les autres États, de dépenses publicitaires plus généreuses.
Mais surtout, son profil modéré séduit les électeurs indépendants qui lui font confiance pour défendre leur État à Washington. Loin d’être une élue MAGA, elle n’hésite pas à se démarquer de Donald Trump, notamment sur ses tarifs douaniers appliqués au Canada qui pénalisent l’État frontalier du Maine. Étant donné la popularité actuelle du président américain, c’est une prise de position appréciée.
Consciente que le coût de la vie est la préoccupation numéro 1 des électeurs, elle frappe là où cela fait mal, accusant son rival, ancien élu local, d’avoir alourdi le fardeau fiscal des habitants. "Je ne sais pas s’il existe une taxe que Troy n’aime pas", a-t-elle raillé début septembre.
Un de ses points faibles ? Elle a voté pour la nomination du conservateur Brett Kavanaugh à la Cour suprême en 2018. Elle a été réélue en 2020, moins de deux ans avant que les juges ne renversent l’arrêt Roe v. Wade, qui protégeait le droit à l’avortement au niveau fédéral. Les électrices lui pardonneront-elles ?
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Dans l’actu : pression sur les bureaux de vote
L’administration Trump a prévenu qu’il fallait s’attendre, d’ici au 3 novembre, à une vague de nouvelles arrestations et d’inculpations de non-citoyens américains qui tentent de voter aux Midterms. Pourtant, selon la Heritage Foundation, organisation pro-Trump qui fait campagne contre la "fraude électorale", 1 620 cas de fraude entre 1982 et 2025, dont 100 cas de vote de personnes n’ayant pas la citoyenneté, ont été recensés.
De leurs côtés, les démocrates ont saisi la justice fédérale pour empêcher le gouvernement de positionner des agents armés dans les bureaux de vote. "Déployer des agents fédéraux armés dans des bureaux de vote, ou ne serait-ce que menacer de le faire, est interdit par le droit fédéral", insistent les plaignants. "Pour de nombreux électeurs américains légaux, la vue d’agents fédéraux armés et masqués sur le parking d’un bureau de vote est suffisante pour les faire rentrer chez eux ou penser à deux fois avant de mettre leur bulletin dans l’urne", ajoutent-ils.
Enfin, c’est une première depuis 2002, il n’y aura pas d’observateurs de l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) dans les bureaux de vote. Le président de l’Assemblée parlementaire de l’institution a dit "regretter profondément" cette décision "qui marque un éloignement significatif d’une pratique démocratique bien établie".
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La pub de la semaine : quand les contribuables américains financent la campagne de Trump
Donald Trump avait promis d’entrer dans la bataille des Midterms qu’il veut transformer en référendum sur sa personne. Mercredi, son administration a diffusé une publicité de 30 secondes montrant des photos et vidéos du président américain : "Ensemble, nous vaincrons le communisme, le socialisme et le marxisme aux États-Unis", promet-il en voix off, la chanson "Love Me" (Aime-moi) de JMSN en fond sonore. L’artiste assure n’avoir pas donné son autorisation.
La particularité de ce spot ? À la toute fin, en bas de l’écran, on peut lire : "Paid for by the U.S. Goverment" (payé par le gouvernement américain). Des responsables politiques des deux partis ont critiqué cette publicité, certains soulignant que la législation américaine interdit l'utilisation de fonds publics à des fins de "propagande" et limite les activités partisanes des organismes gouvernementaux.
La sénatrice démocrate Maggie Hassan s’est empressée d’écrire une lettre à la Maison Blanche : "La publicité soulève de profondes questions sur l’utilisation par l’administration Trump de l’argent des contribuables et sur sa légalité."
La Maison Blanche assume et défend une "annonce de service public", "éducationnelle et fièrement patriotique". "Nous devrions être fiers de notre pays."
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