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De nombreux jeunes étaient présents, vendredi, dans la foule réunie dans les rues de Paris pour apercevoir le pape Léon XIV dans sa papamobile. Parmi eux, plusieurs membres du groupe Anuncio, qui pratique l'évangélisation dans la rue. L'objectif : partager leur foi avec les personnes présentes à l'occasion de cette visite historique du chef de l'Église.

Félix, Sophie et Grégoire, catholiques, échangent sur leur foi à l'occasion de la visite du pape Léon XIV, le 25 septembre 2026, à Paris. © Cyrielle Cabot, France 24

Dans la cour de l'église Saint-Séverin, dans le 5e arrondissement de Paris, l'excitation est palpable vendredi 25 septembre. Venus de Paris, Lille, Marseille, Lyon, une trentaine de jeunes tombent dans les bras, rient devant un café ou distribuent frénétiquement des cocottes en papier. Tous, âgés de 20 à 40 ans, sont des "missionnaires" du mouvement évangélique chrétien Anuncio, qui œuvre à "diffuser la parole de l'Eglise". 

À l'occasion de la visite du pape Léon XIV, ils se sont réunis dans la capitale à la fois pour assister ensemble à un "moment historique" mais aussi pour s'adonner à leur activité phare : l'évangélisation de rue. 

Sur leur jeu d'origami, les traditionnelles devinettes ont ainsi été transformées en gages ou questions sur la foi, la religion, les valeurs chrétiennes ou encore le pape. "Partagez votre témoignage de foi en 1 min 30, mimez un passage de la Bible, si vous rencontrez Jésus demain, quelle question lui poseriez-vous ?", lit Laure d'Haussy, 32 ans, la créatrice du mouvement à Marseille.  

Les membres d'Anuncio échangent autour de leur mission évangélique à l'occasion de la visite du pape, le 25 septembre 2026. © Lara Bullens

Ce vendredi après-midi, leur objectif est simple : en binôme, leur cocotte à la main, ils souhaitent aller à la rencontre des badauds sur le trajet de Léon XIV en papamobile, à quelques pas de là, et en profiter pour acclamer pour la première fois du week-end le chef de l'Église. 

"Normalement, la rue n'est pas un endroit où nous parlons de Dieu", explique Laure d'Haussy. "Toute notre démarche est d'engager la conversation pour échanger et partager sur la foi et les grandes questions de la vie."

Et en pleine visite du chef de l'Église catholique, cela revêt une dimension particulière. "J'aimerais que cette visite du pape permette le réveil de la France", espère-t-elle. "J'aimerais que le message qu'il vient apporter aide à améliorer cette ambiance pourrie qui règne, que les gens se parlent davantage et que sa venue crée de la rencontre."

"Je suis si contente que le pape soit en France"

À côté d'elle, Sophie et Grégoire partagent le même espoir. "Je suis si contente que le pape soit en France. C'est un moment historique et cela me touche beaucoup", exprime la jeune femme de 28 ans, avec une joie communicative. "J'ai très hâte d'entendre son message car nous avons tous besoin d'espérance", insiste celle qui était déjà présente au Jubilé à Rome, en 2025.

"Je suis intimement convaincu que si nous entendions tous le message et les valeurs de l'Église, d'une façon ou d'une autre, le monde irait mieux car nous tendrions tous vers le bon et le bien", abonde Grégoire. "C'est pour cela qu'il est important de se parler et d'échanger. Il n'est pas question de faire de la politique, de débattre, juste de s'accorder sur les valeurs qui nous importent", insiste-t-il, bottant en touche, de fait, sur les grandes questions sociétales qui animent les débats en France comme le mariage homosexuel, l'avortement, ou encore la fin de vie. 

Si le duo explique se rendre régulièrement à la messe, la mission évangélique est vraiment devenue au fil du temps le cœur de l'affirmation de leur foi. Bien au-delà de "voir le pape", c'est donc bien "l'entendre" qui leur importe. Dans la soirée, vendredi, ils seront aux premières loges au Stade de France pour la "veillée des jeunes". Puis, samedi, place de la Concorde, à la messe grand public, pour écouter le plus important porte-parole de l'Église.  

"Est ce qu'on peut discuter avec vous ?"

Ce vendredi après-midi ne marque donc que le début des festivités. Après un temps de prières mené par Laure, et une bénédiction, il est temps pour eux d'arpenter les rues du Quartier latin. Le binôme ne perd pas de temps. Le procédé est bien rôdé. "Bonjour, est-ce qu'on peut discuter avec vous ? Nous sommes deux catholiques et nous allons rencontrer les gens pour parler de notre foi", lancent-ils avec aplomb aux premières personnes croisées. 

À côté d'un couple de touristes perdus au milieu des barrages policiers, d'une maman pressée d'aller chercher son enfant à la crèche, plusieurs jeunes engagent la conversation avec plaisir et entrain. Parmi eux, Félix, 17 ans, paraît très vite ému par la rencontre. 

"Je ne suis croyant que depuis le mois de décembre", explique-t-il rapidement. Quasi immédiatement, ce passionné de football et d'athlétisme confie avoir trouvé la foi après une très grosse blessure à la cheville. Une "épreuve", relate-t-il, qui l'a poussé à se "renforcer mentalement". "En lisant des témoignages de sportifs professionnels, notamment, je me suis rendu compte que beaucoup d'entre eux étaient croyants", témoigne-t-il. "Ca m'a naturellement poussé à m'y intéresser et j'ai trouvé beaucoup de force dans les textes de la religion catholique. Maintenant, je suis croyant et je viens de commencer les démarches pour me faire baptiser."

Essayer d'apercevoir le pape, "c'était naturel", poursuit-il. "Je veux entendre son message et entendre ses réponses aux grandes questions de la vie." À son regard triste à l'idée de rater la messe du lendemain pour laquelle il n'a pas eu de place, Sophie lui redonne le sourire. "Nous avons une place pour toi si tu veux, rendez-vous à Concorde". 

Quelques mètres plus loin, Harley et Tristan se sont déplacés par "pure curiosité". Fraîchement installés à Paris, les deux étudiants américains de 24 ans avaient simplement envie "de voir de leurs propres yeux l'un des hommes les plus influents du monde." 

Harley et Tristan, 24 ans, expliquent être venus voir le pape Léon XIV "par curiosité avant tout", le 25 septembre 2026, à Paris. © Cyrielle Cabot, France 24

"Même si nous ne sommes pas croyants, nous prêtons toujours attention aux messages qu'il diffuse. Pour nous, il est aussi important qu'un chef de l'État", poursuivent-ils. "Et nous nous reconnaissons beaucoup dans ses positions. C'est rassurant dans l'actualité ambiante."

Globalement, toutes les personnes interrogées par Sophie et Grégoire ont une bonne opinion du nouveau pape, perçu comme "humble", "empreint d'une grande sagesse", "proche des milieux populaires". En revanche, de façon systématique, personne n'ose aborder avec le duo l'épineuse question des scandales sexuels dans l'Église. Certainement ni le lieu, ni le moment alors que le mot d'ordre est à l'espoir, à l'unité et à l'espérance.

"Resucito !"

Pendant que Sophie et Grégoire poursuivent leurs discussions à droite et à gauche, la foule s'épaissit sur le boulevard Saint-Michel. De nombreux drapeaux blancs et jaunes flottent tandis que certains entonnent des musiques de "pop louanges" - des textes de prière au rythme de la musique pop-rock. Selon les autorités, 300 000 personnes se sont pressées le long du parcours de 2,5 km entre Montparnasse et la place Saint-Michel, à deux pas de Notre-Dame. 

À plusieurs reprises, dans la foule, les visages se tendent, les téléphones se lèvent, pour ne finalement apercevoir qu'une file de camionnettes de CRS. "Le pape part seulement de l'Unesco", lâche quelqu'un. Les conversations reprennent. Léon et sa bande de copains recommencent à blaguer en répondant aux questions de la cocotte. Étudiants internationaux en échange universitaire, ils sont venus spontanément "pour passer un bon moment entre amis", "et voir quelqu'un d'important", "rien de plus". Au milieu d'échanges plus ou moins sérieux sur la place du religieux, la petite bande finit par blaguer : "À votre avis, l'eau transformée en vin… C'était du vin français ?", finissent-ils par débattre.

Sophie propose à un groupe d'étudiants de jouer à un jeu pour les interroger sur leur rapport à la religion catholique, à l'occasion de la venue du pape Léon XIV en France, le 25 septembre 2026. © Cyrielle Cabot, France 24

Puis, d'un coup, grand silence. La papamobile est enfin là. C'est Sophie qui brise le moment suspendu. Passionnée de musique, elle commence à chanter le plus fort possible le chant de louanges "Resucito" remixé par l'artiste Saul 2 Tarse. Une reprise décalée, dont le clip, quelques heures après sa publication sur instagram, cumulait déjà plusieurs centaines de milliers de vues. L'hymne des jeunes de la visite papale.