La Belgique et le Rwanda ont annoncé, en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies à New-York, le rétablissement de leurs relations diplomatiques. Ces dernières avaient été rompues il y a un an et demi après des sanctions de l'Union européenne contre des chefs militaires rwandais, dans le cadre du conflit entre la République démocratique du Congo et l'AFC/M23 soutenu par le Rwanda.
Après un an et demi de rupture, la Belgique et le Rwanda ont renoué leurs relations diplomatiques cette semaine du 21 septembre, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU à New York. Une preuve que Bruxelles entend conserver des leviers d'action dans la région des Grands Lacs, et un rôle de facilitateur entre Kigali et Kinshasa.
La rupture était intervenue en mars 2025, alors que l'Union européenne venait de sanctionner des chefs militaires rwandais en réponse à l'offensive du groupe armé AFC/M23 soutenu par Kigali, dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC).
La Belgique était considérée par le pouvoir rwandais comme un des fers de lance de cette riposte européenne, et accusée d'avoir pris parti pour la RDC.
"Il y avait clairement un intérêt mutuel" à cette reprise du dialogue, explique à l'AFP Bram Verelst, chercheur à l'Institut d'études de sécurité (ISS), où il est expert de cette région.
"La rupture, que la Belgique n'a jamais voulue, l'empêchait de jouer un rôle constructif de facilitateur dans ce conflit, elle va pouvoir reprendre ce rôle", poursuit-il.
"Et pour le Rwanda ce n'était pas rien de ne pas avoir d'ambassade en Belgique, où il y a une grande diaspora rwandaise. Il y a une forte mobilité entre les deux pays", ajoute cet analyste.
Le rapprochement, annoncé par les deux chefs de la diplomatie en marge de l'Assemblée générale de l'ONU à New York, prévoit une réouverture des ambassades dans les deux pays "dans un délai rapproché".
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Accepter Gérer mes choixDans un communiqué conjoint, la Belgique et le Rwanda ont insisté sur la nécessité de maintenir un dialogue "ouvert, franc et transparent" pour traiter "des désaccords qui perdurent sur des questions internationales".
"Ne pas être en mesure de parler avec le Rwanda nous coupe d'un canal de dialogue pour parler de solutions au conflit dans l'Est de la RDC, y compris lorsqu'on a des visions différentes", a ensuite expliqué à la presse le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot.
Mais "rétablir les relations ne signifie pas qu'on renie notre position ou qu'on ait fait le choix de se taire. Je continuerai à défendre l'intégrité et la souveraineté de la RDC et à demander le retrait des troupes rwandaises", a-t-il enchaîné.
Contrebalancer la pression américaine
Dans ce conflit meurtrier mettant aux prises les troupes de Kinshasa et l'AFC/M23, le Qatar et les États-Unis ont chacun pris l'initiative d'une médiation, et annoncé être parvenus des accords en vue d'un cessez-le-feu.
Après ceux menés à Doha depuis 2025, des pourparlers ont aussi lieu en Suisse cet été, intégrant le Togo comme médiateur de l'Union africaine.
Si la Belgique renoue avec le Rwanda, estime Bob Kabamba, autre expert des Grands Lacs, c'est surtout pour éviter d'être écartée de ce jeu diplomatique, dans l'unique zone du monde où sa voix peut porter en raison des liens historiques.
La Belgique a été le pays colonisateur du Congo (l'actuelle RDC), du Rwanda et du Burundi, jusqu'aux indépendances de 1960-1962, et son poids sur la scène internationale "repose énormément sur l'Afrique centrale", fait valoir Bob Kabamba.
"Comme le dossier Congo va revenir à l'ordre du jour dans plusieurs conférences, il était impératif pour la Belgique d'arriver à se rabibocher avec Kigali pour y être présente", dit ce professeur de sciences politiques à l'université de Liège.
Une source diplomatique européenne à Kigali relève de son côté que la rupture de 2025 a eu un coût pour les Rwandais, avec le casse-tête des visas ou les emplois perdus dans le développement après la fin des programmes financés par Bruxelles.
Mais la réconciliation est "probablement surtout politique, elle permet de contrebalancer la pression américaine" dans la région, poursuit cette source.
Ce à quoi le Qatar avait également intérêt, selon Bob Kabamba, puisqu'il est un rival des États-Unis en Afrique centrale et cherche à soigner son image auprès de l'Europe. "Ce rabibochage est aussi une victoire de la médiation qatarie".
Dans la région, les États-Unis sont particulièrement intéressés par les minerais essentiels pour l'industrie de pointe dont regorge le sol congolais (cuivre, cobalt, lithium etc.). Ils entendent concurrencer la position dominante de la Chine dans ce secteur et ont conclu l'an dernier avec la RDC un partenariat stratégique pour sécuriser leurs approvisionnements.
Avec AFP
