Lors de son séjour à Paris, le pape Léon XIV va visiter samedi la Maison Bakhita située dans le 18e arrondissement. À quelques jours de la venue du souverain pontife, l'effervescence règne dans ce lieu ouvert par le diocèse de la capitale et qui œuvre pour accueillir et intégrer les personnes exilées depuis cinq ans.
"On va faire partir les banderoles de bienvenue du premier étage. Il y en aura des blanches et d’autres couleurs or". Devant la Maison Bakhita, dans le 18e arrondissement de Paris, l’heure est aux derniers préparatifs. Des barrières ont déjà été mises en place dans la rue.
"Elles sont là pour empêcher les voitures de se garer. Ils vont bloquer tout le secteur et interdire la circulation dans l’ensemble du quartier", explique Gwendoline Fasano, la toute nouvelle directrice de cette association qui s’occupe de l’accueil et de l’intégration des personnes exilées dans la capitale.
Depuis son arrivée début septembre, la jeune femme ne chôme pas. En plus de gérer le quotidien de ce lieu ouvert en 2021 à l’initiative du diocèse, elle doit organiser la venue de Léon XIV. Dans les couloirs, elle croise deux officiers des services de sécurité français. "On a aussi eu les gardes suisses et la gendarmerie du Vatican. C’est une organisation très complexe. Chaque détail doit être millimétré", précise Gwendoline Fasano qui enchaîne les rendez-vous.
Une visite papale de 30 minutes
Lors de sa deuxième journée à Paris, le souverain pontife va rester en tout et pour tout 30 minutes, samedi 26 septembre, dans la Maison Bakhita. Une visite au pas de course de 9 h à 9 h 30, mais qui suscite déjà de l’impatience de la part de l’équipe composée de six permanents.
Sœur Maria fait partie des chanceux qui seront présents ce weekend dans la salle de convivialité où va se dérouler la rencontre avec Léon XIV. "Je n’arrive pas à mettre des mots parce qu’il y a beaucoup de sentiments. Mais je suis très heureuse et fière", confie cette religieuse brésilienne de la Congrégation des Scalabriennes fondée au XIXe siècle, qui a pour vocation de venir en aide aux migrants et réfugiés.
Dans l’atelier d’arts plastiques où elle reçoit en temps normal des personnes exilées pour des ateliers, elle prépare une banderole d’accueil pour le souverain pontife. "C’est une phrase qui dit ‘votre présence est une bénédiction ‘. Je fais aussi des fleurs en tissu", explique-t-elle avec un grand sourire. "Recevoir le pape chez soi ce n’est pas rien !".
Dans une autre pièce, au même étage, Célestin ne cache pas non plus son plaisir. C'est pour lui "un grand événement" en tant que chrétien : "C’est une grande joie d’accueillir celui qui est notre chef, notre boussole, celui qui nous conduit et qui nous oriente".
Pour cet homme, il s’agit également d’une vraie reconnaissance du travail de la Maison Bakhita : "Il y a beaucoup d’autres structures où il aurait pu aller et il a choisi la nôtre. On comprend que c’est quelqu’un qui est proche des pauvres. Ici, nous œuvrons pour rassembler et unir ceux qui sont vraiment en situation de précarité".
"Accueillir tout le monde"
Depuis son ouverture il y a cinq ans par le diocèse en réponse à l’appel du pape François du 21 février 2017 "d’accueillir, protéger, promouvoir et intégrer" toute personne migrante, ce lieu a reçu près de 3 000 personnes. "Nous faisons un accueil inconditionnel. On demande aux exilés leur prénom et leur nationalité, mais nous ne leur demandons pas leur parcours. Cela nous permet d’accueillir tout le monde sans jugement et de manière égale", insiste la directrice Gwendoline Fasano. "Il s’agit principalement d’Africains, mais aussi des personnes d’Amérique latine ou d’Asie", ajoute-t-elle.
Même si ce lieu est financé en partie par le diocèse, la religion importe peu. "Il y a une phrase qui est importante chez nous : ‘J’étais un étranger et vous m’avez accueilli’. C’est une citation de Jésus dans l’Évangile. Nous nous concentrons là-dessus. Il y a des gens très différents dans l’équipe ou dans les bénévoles. Ce qui prime c’est le respect de la dignité humaine", explique Gwendoline Fasano.
Pour preuve, lors de la rencontre avec le pape Léon XIV, c’est un Afghan qui va prendre la parole pour raconter son parcours. "Il est musulman d’origine, mais non pratiquant. Nous l’avons choisi parce qu’il a le statut de réfugié et que cela fait plusieurs années qu’il vient à la Maison Bakhita. Il est désormais bénévole à l’atelier couture", raconte la directrice.
Une trentaine d’activités
Cet homme fait partie des 150 personnes qui sont accueillies chaque jour à la Maison Bakhita. Pour favoriser leur intégration en France, ce lieu leur propose une trentaine d’activités différentes dans un espace de 1 500 mètres carrées : apprentissage du français, atelier de conversation, accompagnement vers l’emploi, mais aussi formation cuisine ou encore une crèche multi-accueil. "Notre richesse c’est que nous avons une centaine de bénévoles et que parmi eux 30 % sont des bénéficiaires", décrit Gwendoline Fasano.
À l’atelier couture, Ben Moussa profite ainsi du savoir-faire de Célestin. "Je suis en train de faire une retouche à mon costume", dit-il. Originaire de Tunisie, cet exilé anime également un cours de sport : "Je viens une à deux fois par semaine depuis l’ouverture. Il y a un vrai échange. J’apprends plein de compétences et j’en redonne aussi".
L’équipe de la Maison Bakhita est souvent confrontée à des parcours particulièrement difficiles. "Il y a des personnes qui mettent plusieurs mois à reprendre confiance en eux. Certains ont traversé la Méditerranée. Il y a des traumatismes. Nous avons donc des consultations psys ou des courts d’art thérapie", décrit la responsable du lieu.
Ces souffrances résonnent avec celles qui a donné son nom à cette maison, Joséphine Bakhita (1869-1947), originaire du Soudan. Réduite en esclavage, torturée, elle est vendue au consul d’Italie à Khartoum. Affranchie à la suite d'un procès à Venise en 1889, elle découvre le Christ et demande à entrer dans les ordres. Devenue religieuse, elle passe le reste de sa vie à subvenir aux besoins de tous. Elle est canonisée en 2000 par le pape Jean-Paul II. "C’est notre sainte patronne", résume Gwendoline Fasano en montrant sa statue qui trône dans la chapelle. "À côté d’elle, c’est la Vierge Marie avec des réfugiés sous son manteau. C’est très symbolique".
"Un maillon de la chaîne"
Avec la venue du pape, la directrice espère "gagner en visibilité" : "Cela va permettre à beaucoup de personnes exilées de découvrir la Maison Bakhita et éventuellement à d’autres diocèses en France de reproduire notre modèle. Nous ne sommes qu’un maillon de la chaîne".
Avec seulement 30 minutes de visite, Gwendoline Fasano est bien consciente qu’elle ne va pas avoir le temps de s’adresser directement à Léon XIV. Pour contourner cet obstacle, elle a préparé des petites cartes où tous les bénévoles et les personnes exilées peuvent écrire un message au pape : "Certains lui adressent des demandes d’aide et de soutien, d’autres veulent lui dire merci. On lui remettra tout cela le jour J".
Même s’il ne fera pas partie de l’équipe réduite autorisée à approcher le souverain pontife, le responsable de l’atelier couture, Célestin n’est pas amer. Il se réjouit de cette venue et estime qu’il y aura un après et un avant : "Le pape va laisser sa présence ici et elle nous atteindra tous. Il continuera à nous nourrir d’une manière spirituelle et à fortifier les hommes et les femmes qui entreront ici".
