L'exécutif français doit faire de nouvelles annonces, mardi après-midi, pour répondre à la flambée des prix des carburants. Ces hausses brutales à la pompe n'épargnent pas non plus les voisins européens de la France. Belgique, Allemagne, Italie et Espagne : chaque État apporte sa propre réponse à la crise énergétique actuelle. Tour d'horizon.
• En Belgique, un plafonnement des prix pour contenir la volatilité des cours
La Belgique dispose depuis 1974 - après le premier choc pétrolier - d'un mécanisme permettant de plafonner les prix des produits pétroliers. Cela concerne tout autant les carburants (essence et diesel) que les combustibles liquides comme le mazout de chauffage. Avec ce plafonnement, les stations-services belges ne peuvent donc pas vendre de carburants à un tarif supérieur au prix maximum fixé.
Comme l'explique l'administration fédérale belge SPF Économie, le prix maximum des carburants est calculé sur la base du contrat-programme. D'une durée de trois ans et reconductible tacitement, ce contrat est établi entre l’État belge et la Fédération Energia - le représentant officiel des principales compagnies pétrolières actives dans les domaines du raffinage, de la distribution et du stockage en Belgique.
"L’objectif de ce contrat est de garantir l’approvisionnement de la Belgique en produits pétroliers et de réduire la volatilité des prix à la consommation de ces produits", précise le Service public fédéral Économie. Mais des "avenants" au contrat peuvent permettre de rehausser le prix final plafonné. Ce dernier peut varier si un ou plusieurs indicateurs servant à son calcul varient à la hausse comme le prix du produit raffiné, la marge brute maximale de distribution ou encore les cotisations légales.
Ainsi, même si les prix à la pompe en Belgique sont parfois attractifs pour les Français frontaliers, ils peuvent aussi rapidement refroidir les consommateurs comme avec le nouveau prix du diesel à venir. Il sera fixé à 2,501 euros le litre - un record historique - à partir du mercredi 23 septembre, contre en moyenne 2,348 euros le litre dans l'Hexagone.
• En Allemagne, des mesures d'allègements jusqu'en fin d'année
L'Allemagne fait partie des pays européens les plus durement frappés par la flambée des prix à la pompe. En date du 14 septembre, le litre d'essence était à 2,36 euros et celui de gazole à 2,43 euros outre-Rhin - contre respectivement 2,17 euros et 2,29 euros en France.
Le chancelier allemand, Friedrich Merz, avait promis le 15 septembre d'apporter "bientôt" des solutions pour soulager les Allemands étranglés par ces hausses de prix des carburants. Chose faite deux jours plus tard, peu avant deux scrutins régionaux cruciaux pour son avenir.
Le gouvernement allemand a annoncé des mesures d'allègements, notamment un rabais fiscal sur le prix du carburant qui doit s'appliquer dès le 1er octobre prochain et jusqu'à la fin de l'année. Concrètement, la taxe sur l'énergie pour l'essence et le diesel va être réduite de 14 centimes par litre, et même de 17 centimes en incluant la TVA. Une mesure similaire avait déjà été instaurée en mai et juin par le gouvernement de Friedrich Merz.
"Le gouvernement allemand mène des discussions avec l'industrie pétrolière avec pour objectif d'introduire, au plus tard le 1er janvier 2027, un plafonnement du prix du carburant sur le modèle du Luxembourg ou de la Belgique", a aussi écrit l'exécutif allemand dans un communiqué.
• En Italie, un "DL Carburanti" puis un chèque essence
Depuis le mois de mars, l'exécutif italien focalise son effort sur les aides fiscales afin de contenir l'augmentation des prix à la pompe. En six mois, Rome en est à sa seizième prolongation d'une baisse de taxe censée faire reculer la flambée du diesel et de l'essence.
Concrètement, le gouvernement de Giorgia Meloni a adopté et prolongé à plusieurs reprises un "DL carburanti" ("Décret-Loi Carburants) qui a eu pour effet de faire baisser pendant des mois de 17 centimes d'euros par litre la taxe d'accise - c'est-à-dire imposée par l'État - sur ces produits pétroliers. Malgré ce mécanisme, le prix du diesel a augmenté de 26 % en Italie, soit une hausse de 44 centimes d'euros par rapport à la période d'avant-guerre au Moyen-Orient, comme l'a expliqué le Corriere della Sera. Ce résultat reste cependant meilleur que la moyenne européenne - l'augmentation du prix du diesel à la pompe a été de 30 % dans l'UE, soit 55 centimes d'euros de hausse.
D'autant que cette mesure de soutien aux consommateurs italiens a un coût, estimé à 2,6 milliards d'euros entre mars et aujourd'hui. Une ligne de dépense coûteuse pour les finances publiques que l'exécutif semble vouloir alléger : le gouvernement italien a annoncé la semaine dernière maintenir ce dispositif mais en réduisant sa portée. De 17 centimes d'euros, le droit d'accise sur le litre de diesel est passé à 12,2 centimes d'euros du 18 au 25 septembre. Puis il sera divisé par deux à 6,1 centimes d'euros du 25 septembre au 5 octobre.
Ensuite, l'exécutif envisage de remplacer ce mécanisme par des aides plus ciblées, notamment en délivrant un "chèque essence" de 150 euros. Cette prime sera versée aux salariés et aux travailleurs indépendants aux revenus modestes, mais son champ d'application pourrait exclure les retraités et les fonctionnaires.
• En Espagne, un bouclier anti-inflation qui fait ses preuves
Le gouvernement espagnol a réagi dès le début de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran pour protéger sa population des conséquences économiques de ce conflit. L'exécutif dirigé par Pedro Sanchez a déployé un bouclier anti-inflation à hauteur de 5 milliards d'euros comprenant notamment la baisse des taxes sur le gaz et l'électricité ou encore des aides aux secteurs vulnérables de l'économie espagnole.
Pour les carburants, le taux de TVA a été ramené de 21 % à 10 %, ce qui aurait permis de réduire les prix de 30 centimes par litre, selon l'exécutif espagnol. Résultat : l'Espagne affiche des prix à la pompe parmi les plus faibles d'Europe, avec au 14 septembre le litre d'essence à 1,87 euro et de diesel à 1,83 euro.
Malgré ces prix enviés par plusieurs voisin européens, le pays est confronté à une nette augmentation des prix des carburants depuis plus de deux mois. Cette tendance concorde avec la sortie progressive de la réduction de la taxe spéciale sur les hydrocarbures annoncée par le ministre espagnol de l'Économie. Résultat : cette taxe, qui était de 15 centimes d'euros par litre en juillet, est passée à 10 centimes en août, 5 centimes en septembre et doit être supprimée totalement en octobre.
La fin progressive de cette aide pourrait encore faire augmenter les prix à la pompe dans les semaines à venir. Mais le gouvernement de Pedro Sanchez a encore la possibilité de maintenir ce mécanisme avant son expiration prévue - même s'il n'a pas encore tranché pour le moment , selon El Pais. Le quotidien espagnol précise que l'exécutif a pour habitude de réévaluer, chaque trimestre, les mesures d'aides pour faire face à cette fluctuante crise des carburants dont aucun pays européen ne semble voir la fin.
