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Climat, biodiversité, forêts... les dérèglements de la planète s’additionnent et se renforcent mutuellement. Alors que sept des neuf "limites" planétaires sont désormais dépassées à des niveaux records, un bilan publié lundi alerte sur l’affaiblissement des mécanismes naturels qui contribuent à maintenir l’équilibre de la Terre.

La centrale électrique au charbon Dave Johnson à Glenrock, Wyoming, le 27 juillet 2018. © J. David Ake, AP

Sur les neuf "limites planétaires" permettant de déterminer si la vie peut prospérer sur Terre, sept sont d'ores et déjà franchies, et à des niveaux de transgression sans précédent, alerte le dernier bilan de santé planétaire (Planetary Health Check, ou PHC), publié lundi 21 septembre par le Laboratoire des sciences des limites planétaires de l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact du climat (PIK), en Allemagne.

Ce rapport, réalisé par plus de 60 scientifiques, montre que sept des neuf "limites" chimiques et physiques que nous devons respecter pour que la planète reste habitable ont atteint leurs pires valeurs enregistrées depuis que les scientifiques les ont conçues pour la première fois en 2009.

❌ Sept "limites" franchies (zone de risque élevé ou croissant)

- Changement climatique : concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère
- Érosion de la biodiversité : extinction des espèces et effondrement du vivant
- Perturbation des cycles biogéochimiques : usages excessifs d'engrais azotés et phosphorés
- Changement d'usage des sols : artificialisation et destruction des forêts ou zones humides
- Utilisation de l'eau douce : modification profonde du grand cycle de l'eau (sécheresses, inondations...)
- Introduction de nouvelles entités : pollution chimique globale, plastiques et métaux lourds
- Acidification des océans : septième limite récemment franchie, perturbant la vie marine

✅ Deux "limites" non franchies (zone de sécurité)

- Niveau d'ozone dans la stratosphère
- Charge en aérosols dans l'atmosphère*


*Des chercheurs avertissent tout de même que les aérosols atmosphériques, qui peuvent engendrer de la pollution de l'air, restent un problème dans plusieurs régions du monde.

Selon le rapport PHC 2026, ces sept limites présentent toutes une pression croissante, "laissant présager une détérioration et une déstabilisation accrues de la santé planétaire dans un avenir proche".

Mais ce nouvel état des lieux ne se contente pas de mesurer jusqu’où ces limites ont été franchies. Il s’intéresse à ce qui se passe lorsqu’elles sont dépassées simultanément : comment ces dérèglements interagissent, se renforcent et fragilisent peu à peu la capacité de la Terre à encaisser les perturbations.

Risques de dommages graves

Lors de la publication du premier PHC, en 2023, les chercheurs avaient déjà constaté que les activités humaines avaient fait franchir à la Terre six des neuf limites. L'année 2025 a été celle du franchissement d'une septième : l'acidification des océans.

"Franchir ces seuils ne signifie pas une catastrophe immédiate", rappelle le nouveau rapport, "mais cela signifie en revanche que le risque de dommages graves augmente".

"C'est plutôt comme la tension artérielle", expliquait déjà en ce sens Katherine Richardson, autrice principale du rapport de 2023, au magazine Scientific American. Une valeur élevée "ne garantit pas un infarctus", mais elle en augmente les risques.

Chaque mesure est comparée à une situation de référence préindustrielle, c'est-à-dire la période précédant l'utilisation massive des combustibles fossiles par l'humanité, soit approximativement le milieu du XIXe siècle. Au-delà de chaque seuil se trouve une "zone de risque croissant", dans laquelle la probabilité de s'éloigner de ces conditions préindustrielles augmente.

Selon le nouveau PHC, parmi les seuils dépassés figurent notamment les concentrations de CO2, qui ont atteint un niveau record de 426 parties par million (ppm) – sachant que le seuil de sécurité est établi à 350 ppm –, la combustion des énergies fossiles n'ayant pas diminué au rythme nécessaire. À titre de comparaison, la concentration était de 280 ppm avant la révolution industrielle.

Et le rapport va plus loin encore, cherchant davantage à comprendre les conséquences du dépassement simultané de ces sept "limites" sur le fonctionnement général du système Terre. En d'autres termes, ce nouvel état des lieux met en évidence la manière dont ces dérèglements se renforcent entre eux. La dégradation de l'un peut fragiliser les autres et réduire la capacité de la planète à absorber les chocs.

Boucle infernale

Les chercheurs expliquent que les "limites" planétaires ne sont pas neuf processus indépendants : le climat, la biodiversité, les forêts, l’eau ou encore les sols interagissent et se régulent les uns les autres.

Or, depuis la révolution industrielle, les terres et les océans ont absorbé environ la moitié du CO2 émis par les activités humaines, freinant le réchauffement climatique. Un rôle de "tampon" de plus en plus fragilisé : vagues de chaleur, sécheresses et incendies affaiblissent les écosystèmes, déjà mis sous pression par la déforestation, la perte de biodiversité ou encore la perturbation du cycle de l’eau.

Une boucle infernale se crée alors : davantage de réchauffement fragilise les écosystèmes, qui absorbent moins de CO2, laissant davantage de carbone dans l’atmosphère, lui-même renforçant à son tour le réchauffement.

Cette déstabilisation du système intervient alors que les conséquences du réchauffement sont, elles, déjà bien visibles, avec des événements extrêmes qui gagnent en intensité et en fréquence.

En 2025, des inondations au Pakistan ont touché près de 7 ​​millions de personnes ; la même année, la température des océans a atteint un niveau record, contribuant à l'intensification rapide de l'ouragan Melissa, devenu un ouragan de catégorie 5 avant de frapper la Jamaïque après avoir traversé des mers exceptionnellement chaudes.

À (re)voir Inondations meurtrières au Pakistan, pays victime de l'injustice climatique

En 2026, l'Europe a connu son mois de juin-juillet le plus chaud jamais enregistré, avec une sécheresse touchant la France, l'Espagne, l'Allemagne et le Royaume-Uni, ainsi que d'importants incendies de forêt se propageant en Europe et au Canada. Des vagues de chaleur record ont également frappé le Japon, la Corée du Sud et certaines régions du Moyen-Orient.

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"Notre marge de manœuvre se réduit"

"Le diagnostic est sans équivoque. La pression augmente sur toutes les limites planétaires, déjà en dehors de la zone de sécurité", explique Boris Sakschewski, principal auteur du rapport. "Cela signifie que le risque de changements à grande échelle, persistants et potentiellement irréversibles s'accroît, tandis que notre marge de manœuvre pour résoudre ces problèmes se réduit comme peau de chagrin."

Une marge de manœuvre réduite ne signifie toutefois pas que la situation est irréversible. Le rapport estime ainsi qu’il est encore possible d’infléchir la trajectoire, à condition d’agir rapidement sur plusieurs fronts à la fois.

Plus tôt en septembre, une étude majeure menée par The Earthshot Prize et l'université d'Exeter identifiait par exemple 51 solutions capables de déclencher un "changement rapide et transformateur" pour réparer la planète au cours des cinq prochaines années.

Comme l'écrivent les auteurs du PHC 2026, "la fenêtre d'opportunité pour agir et éviter des changements irréversibles se rétrécit. Mais elle est toujours ouverte."