Six candidats, dont Raphaël Glucksmann, Ségolène Royal et Olivier Faure, participeront à la primaire de la gauche socialiste et démocratique les 9-10 octobre et les 16-17 octobre pour faire émerger une candidature capable de rivaliser, à gauche, avec celle de Jean-Luc Mélenchon. Un premier débat télévisé aura lieu le 23 septembre. France 24 fait le point sur ce qu’il faut savoir.
Un mois pour convaincre. Nommée "Choisir 2027", la primaire dite de la gauche socialiste et démocratique est désormais lancée avec l’officialisation, mercredi 16 septembre, des six candidats y participant. Le vainqueur sera connu dans un mois, samedi 17 octobre dans la soirée.
Alors que Raphaël Glucksmann est présenté comme le grand favori du scrutin par les sondages, ses concurrents, dont Olivier Faure et Ségolène Royal, comptent bien déjouer les pronostics. Tour d’horizon de ce qu’il faut savoir sur cette primaire.
• Comment fonctionnera-t-elle ?
La primaire de la gauche socialiste et démocratique est organisée par le Parti socialiste, Place publique et la Gauche républicaine et socialiste. Elle se tiendra en octobre, lors d’un scrutin à deux tours, du vendredi 9 octobre à 8 h au samedi 10 à 20 h pour le premier et du vendredi 16 octobre à 8 h au samedi 17 à 20 h pour le second.
Le vote se fera en ligne, mais "1 000 points de vote physiques seront déployés en France", le vote demeurant toutefois électronique, sur une tablette mise à disposition dans un isoloir, indique l’organisation.
Les adhérents des partis organisateurs (PS, PP, GRS) à jour de cotisation pourront participer au scrutin, ainsi que les non-adhérents ayant cotisé à une structure ad hoc à hauteur de 15 euros. Le tarif sera de 10 euros pour les étudiants et les personnes non imposables. Mais attention : il faudra s’inscrire comme électeur au moins trois jours avant le vote.
L’ensemble des candidats a signé une charte des valeurs dans laquelle ils s’engagent notamment "à proposer le rassemblement à tous les partis de la gauche démocratique, écologique et républicaine afin de construire ensemble un programme commun, un accord législatif et un contrat de gouvernement".
• Qui sont les candidats ?
Ils sont six candidats officiellement validés pour cette primaire. Raphaël Glucksmann sera le candidat de Place publique, tandis que le député Emmanuel Maurel représentera son parti Gauche républicaine et socialiste.
Au Parti socialiste, il fallait recueillir des parrainages : ceux de 15 membres titulaires du Conseil national du PS, ou de 10 parlementaires socialistes, ou de 50 maires ou présidents d’intercommunalités socialistes, ou encore de 50 conseillers départementaux ou régionaux socialistes issus de cinq départements et trois régions différentes.
Tous les candidats déclarés – Philippe Brun, Olivier Faure, Jérôme Guedj, Ségolène Royal – y sont parvenus.
Sauf surprise, il n'y aura pas d'autres candidats. L'ancien maire de Châteaudun (Eure-et-Loir), Fabien Verdier, "ne parvient pas à obtenir les parrainages nécessaires, mais visiblement des parrainages ont pu être envoyés directement au PS, et il ne parvient pas à le savoir", a précisé mardi peu avant minuit son entourage.
Pour les candidats extérieurs qui souhaitaient participer à la primaire, comme le député François Ruffin ou l’homme d’affaires Matthieu Pigasse, ils devaient faire l’objet d’un consensus entre les partis organisateurs. Aucun ne l’a obtenu, le premier accusant Raphaël Glucksmann d’avoir opposé un veto à sa participation, le second accusant aussi bien Olivier Faure que le patron de Place publique d’être responsables de sa mise à l’écart.
• Y aura-t-il des débats télévisés ?
Trois débats télévisés seront organisés entre les candidats à la primaire "Choisir 2027". Ils auront lieu le 23 septembre sur LCI, le 1ᵉʳ octobre "en prime time sur France 2 et France Inter" et le dernier sur BFMTV "quelques jours avant le premier tour", a annoncé l'ancien député socialiste Patrick Menucci, président de la commission d'organisation de la primaire.
Le nombre de débats a lui-même fait l'objet d'un débat entre Raphaël Glucksmann, qui n'en souhaitait qu'un seul sur le service public, et les autres candidats. Le député européen a finalement accepté le principe des trois confrontations.
"C'est la volonté de tous les candidats d'aller vers les Français pour leur faire partager les analyses et solutions de la gauche socialiste et démocratique pour le pays et pour convaincre que la victoire de l'extrême droite n'est pas inéluctable, et que nos solutions sont les bonnes", a affirmé Patrick Mennucci.
"C’est en grande partie un vote militant, avec sans doute autour de 50 000 électeurs. Ce sont les émissions de télé qui peuvent déclencher un mouvement pour intéresser les citoyens et faire monter ce chiffre à 100 000", a-t-il ajouté.
En 2017, près de deux millions de personnes avaient voté à la primaire ouverte du Parti socialiste.
• Raphaël Glucksmann est-il déjà sûr de l’emporter ?
Pour la plupart des observateurs, comme pour les instituts de sondage, la cause serait déjà entendue : la primaire de la gauche socialiste et démocratique est taillée sur mesure pour Raphaël Glucksmann et sa victoire ne fait aucun doute.
Certes, le patron de Place publique est soutenu par son parti et par les deux courants internes du Parti socialiste opposés à Olivier Faure – celui du maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol et celui du président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale Boris Vallaud –, soit en théorie une majorité des adhérents. D’ailleurs, le corps électoral a priori restreint et sa sociologie devraient favoriser l’eurodéputé, dont l’équipe a pesé de tout son poids pour verrouiller au maximum l’accès au scrutin. De même, l’absence de l’un de ses principaux concurrents, François Ruffin, joue en sa faveur.
Mais les primaires sont souvent faites de surprises. Ségolène Royal en 2006, François Hollande en 2011, Benoît Hamon en 2017… Les socialistes ont pris pour habitude de désigner un candidat qui n’était pas forcément favori au départ. Et malgré son statut, Raphaël Glucksmann doit aussi faire avec plusieurs faiblesses.
Beaucoup le soupçonnent ainsi de lorgner vers le centre. Son équipe est composée de plusieurs anciens macronistes, tels les députés Sacha Houlié et Aurélien Rousseau, et la fuite d’un document interne au printemps dépeignait une stratégie électorale ciblant les classes aisées et les électeurs déçus par Emmanuel Macron. Ses opposants doutent par ailleurs de ses qualités pour faire campagne et pour débattre, rappelant sa prestation ratée face à Éric Zemmour en décembre 2025. Sa volonté initiale de ne participer qu’à un seul débat télévisé dans le cadre de la primaire a fait dire à Ségolène Royal qu’il avait "peur des débats".
Enfin, sa ligne anti-Mélenchon ne fait pas l’unanimité, de nombreux députés et militants socialistes ayant conscience qu’il sera difficile de faire campagne aux législatives sans alliance avec l’ensemble des partis de gauche, dont La France insoumise.
• Son vainqueur peut-il espérer conquérir l’Élysée ?
Officiellement, les organisateurs de la primaire "Choisir 2027" espèrent que celle-ci créera un élan pour son futur vainqueur qui le lancera dans la course à l’Élysée. C’est oublier un peu vite que les deux derniers candidats du Parti socialiste à l’élection présidentielle ont obtenu des scores historiquement bas : 6,36 % des voix pour Benoît Hamon en 2017 et 1,75 % pour Anne Hidalgo en 2022.
Si les sondages indiquent des intentions de vote cette fois-ci plus élevées en faveur de Raphaël Glucksmann ou même d’Olivier Faure, ceux-ci sont à prendre avec des pincettes à sept mois du scrutin présidentiel.
D’ailleurs, au Parti socialiste, personne n’envisage sérieusement une victoire. La stratégie de l’ancien président François Hollande, qui préfère ne pas participer à la primaire, consiste justement à attendre que Raphaël Glucksmann dévisse dans les sondages pour s’imposer comme recours en décembre ou janvier 2027. "Personne ne le voit gagner, même ceux qui le soutiennent au PS", soulignait récemment un proche de François Hollande à l’AFP.
