
Les rebelles yéménites ont pris vendredi le contrôle de la côte yéménite sur la mer Rouge et des îles du détroit de Bab el-Mandeb après une offensive éclair. Ils assurent que "la navigation est sûre pour toutes les compagnies à l'exception des navires saoudiens, qui ont déjà été interdits d'accès".
Au terme d'une offensive éclair qui consolide leur emprise sur ce passage stratégique reliant l'Europe à l'Asie, les Houthis pro-iraniens se sont emparés vendredi 11 septembre de la côte yéménite sur la mer Rouge et des îles du détroit de Bab el-Mandeb.
Dans un développement salué par Téhéran, ces combattants, qui contrôlaient jusque-là une grande partie du nord du pays, dont la capitale Sanaa et Hodeida (ouest), ont avancé vers le sud en quelques jours à peine.
"Tout ce qui était sous notre contrôle sur la côte occidentale est tombé", a indiqué à l'AFP un responsable militaire du gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale et soutenu par Riyad.
La navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb est "sûre"
L'Arabie saoudite voisine, premier exportateur mondial de pétrole brut, se retrouve prise en étau, alors que le détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, est verrouillé par Téhéran depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
Signe de la fébrilité des marchés, les cours du pétrole ont franchi cette semaine le seuil symbolique des 100 dollars, le baril de Brent, référence internationale, évoluant vendredi autour de 104 dollars.
Mais les Houthis ont cherché à rassurer la communauté internationale : "La navigation est sûre pour toutes les compagnies à l'exception des navires saoudiens, qui ont déjà été interdits d'accès", a déclaré le porte-parole militaire du mouvement, Yahya Saree.

Les pétroliers et navires commerciaux empruntent le détroit de Bab el-Mandeb pour rallier la mer Rouge puis le canal de Suez et la Méditerranée, et en sens inverse vers l'océan Indien.
En cas de blocage, la seule alternative, beaucoup plus longue et coûteuse, est de contourner l'Afrique par le sud et le cap de Bonne-Espérance.
Les Houthis, qui avaient entamé leur offensive la semaine dernière, se sont emparés jeudi du port de Mokha et de l'île de Zugar, avant la conquête décisive de celle de Mayyoun (connue aussi sous le nom de Périm), située au cœur du détroit, et enfin des deux dernières îles du couloir maritime, la Grande et la Petite Hanish, d'après des sources gouvernementales.
Frappes des forces armées gouvernementales
Pour tenter de reprendre les territoires perdus, l'Arabie saoudite a mené des frappes sur l'aéroport de Mokha, selon la chaîne de télévision Almasira, affiliée aux Houthis.
Les forces armées gouvernementales ont aussi annoncé des raids, appelant les civils à éviter certaines routes.

Alors que les chefs de la diplomatie iranienne et saoudienne se sont entretenus jeudi de la situation dans la région, un conseiller du guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a qualifié vendredi de "victoire éclatante" la dernière percée des Houthis.
Après des années d'accalmie, le Yémen a replongé dans la guerre en juillet, entraîné dans le conflit régional déclenché fin février par l'offensive américano-israélienne contre l'Iran.
Les Houthis avaient annoncé dans la foulée un blocus maritime de l'Arabie saoudite, visant des navires pétroliers ainsi que des infrastructures du royaume, notamment une raffinerie.
"Précipice vers un conflit bien plus dangereux"
Les affrontements au Yémen depuis la semaine dernière ont fait des centaines de morts dans les deux camps, principalement des combattants, et jeté sur les routes près de 46 000 personnes, selon l'Organisation internationale pour les migrations.
Les Houthis ont également lancé une vaste attaque cette semaine contre l'Arabie saoudite, tirant notamment mercredi plusieurs missiles balistiques et drones.
Une image du programme européen Copernicus montrait vendredi une épaisse fumée noire s'élevant au-dessus du stratégique oléoduc Est-Ouest.

"Je pense que les Saoudiens ont tout essayé pour éviter cette guerre, mais je ne pense pas qu'ils aient encore le choix à ce stade", a commenté Farea Al-Muslimi, chercheur associé au sein du centre de réflexion Chatham House.
Selon le média américain Axios, citant des responsables américains, le président américain Donald Trump a refusé d'ordonner des frappes contre les Houthis, comme lui avait demandé Riyad.
La situation au Yémen a fait l'objet d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU jeudi. L'envoyé spécial pour le Yémen, Hans Grundberg, a réclamé un "engagement actif" de cette instance "pour s'éloigner de ce qui pourrait être le précipice vers un conflit bien plus dangereux".
Avec AFP
