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Catalogne : comment une partie de la jeunesse essaie de raviver la flamme indépendantiste

Gérone (Espagne) – Près de 10 ans après la tentative de référendum sur l’indépendance de la Catalogne qui avait conduit à de violents affrontements entre la population et les forces de l’ordre, la jeunesse catalane, déçue par les leaders politiques, mise sur sa langue pour raffermir l’identité de la région. 

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Image de couverture : Joan et Pau luttent pour l'indépendance de leur région à travers la culture © ENTR

“Je n’ai d’espagnol que ma carte d’identité”. Pau habite à Celrà, un village proche de Gérone, en Catalogne. Comme les nombreux slogans qui ornent les murs de sa bourgade, cet avocat de 29 ans revendique la primauté de son identité catalane sur celle de son pays, l’Espagne. “Je m’identifie comme catalan, je ne me considère pas espagnol”, affirme-t-il. 

Fervent partisan d’une Catalogne indépendante, Pau a longtemps milité au sein d’un syndicat étudiant. Mais aujourd’hui, il s’est éloigné de la sphère politique. “Il aurait dû y avoir beaucoup plus de renouvellement au sein des partis indépendantistes. Les choses ont été mal gérées. On aurait dû changer de visages et on ne l'a pas fait”, regrette-t-il.

Le jeune indépendantiste n’est pas le seul dont les années militantes restent empreintes de désillusion. Après avoir multiplié les tentatives politiques pour asseoir le statut de territoire indépendant de la région et essuyé autant d’échecs, le combat indépendantiste s’est concentré sur une autre terre de conquête : la culture. 

Un festival avec exclusivement des artistes catalans

Un événement symbolise particulièrement ce revirement. Depuis 2021, au mois de juin, la ville de Vic, à mi-chemin entre Barcelone et Gérone, vit au rythme de Cabro Rock. Comme chaque année depuis sa création, le festival s’attache à promouvoir la culture catalane, et plus largement, l’identité de la région. Sur place, impossible d’échapper aux bandes sang et or qui composent le drapeau catalan. Encore moins à la langue catalane qui, parmi les milliers de spectateurs présents, est largement préférée au castillan, la langue nationale officielle espagnole. Sur scène aussi d’ailleurs, puisqu’à Cabro Rock les artistes qui se produisent sont exclusivement catalans.

“Maintenant qu’il y a beaucoup de groupes catalans, il faut les encourager, affirme une spectatrice rencontrée lors de la dernière édition du festival. Je trouve que c’est bien si tout ne se passe pas qu'à Barcelone ; nous sommes de Catalogne centrale, et c’est ce qu’on apprécie. C’est très important !”

Un enthousiasme que partage Joan. Plus connu sous le nom de KZU Music, ce DJ de 27 ans fait partie des musiciens programmés pour l’édition 2026. Très actif sur les réseaux sociaux où il revendique son indépendantisme, il s’est fait connaître il y a deux ans en remixant des musiques traditionnelles catalanes. Un acte politique, selon lui. “Sous mes publications [sur les réseaux sociaux], on trouve beaucoup de commentaires du genre : ‘Tu fais plus pour la langue catalane et pour la Catalogne que la plupart des responsables politiques catalans’”, s’amuse-t-il. 

Lassés des promesses non tenues

Cependant, l’ambiance festive de Cabro Rock ne fait pas oublier les années de lutte politique qu’ont vécues les Catalans. Le 1er octobre 2017, plus de 2 millions de personnes bravent l’interdiction de voter pour participer à un référendum : celui qui aurait déterminé le statut d’indépendance de la région. 

En tant que membre d’un syndicat étudiant indépendantiste extrêmement actif, Pau avait participé à l’organisation du référendum. “En 2017, le sentiment général était qu’on ne pouvait rien obtenir de l’Espagne, qu’elle ne nous accorderait rien, se souvient-il. Il y avait ce projet porteur d’espoir, qui nous permettrait de décider librement de l’avenir de la Catalogne, pour savoir si ça deviendrait un véritable État. Mais il avait aussi pour but d’apporter des changements plus démocratiques, d’amélioration de l’éducation, de la santé... Toute une série de facteurs qu’on pensait pouvoir réaliser avec l'indépendance.”

Mais, à l’époque, le gouvernement espagnol ne l’entend pas de cette façon : le référendum est déclaré inconstitutionnel et la Catalogne mise sous tutelle. Ce qui provoque un soulèvement sans précédent de la population.  

“Avec le recul, ce que je ressens, c'est de la fierté envers les habitants de ma ville et envers les Catalans dans leur ensemble pour ce que l'on a accompli, affirme Pau. Ça a été l'une des mobilisations les plus importantes et les plus massives que l'Europe ait connues ces dernières années. Pour moi, c’est un acte de désobéissance civile qui, compte tenu du nombre de personnes qu’il a rassemblées et de la manière dont il a été mené, a eu très peu de précédents en Europe”.

Deux ans après cet événement sans précédent, le 14 octobre 2019, la justice espagnole condamne 12 dirigeants catalans, à l’origine de l’organisation de référendum, à des peines de prison pour crime de sécession et détournement de fonds publics pour certains. 

C’est à ce moment que nombre de militants pro-indépendance ont commencé à se détourner de la politique, lassés des promesses non tenues de leurs dirigeants et du manque de renouvellement de la classe politique indépendantiste. 

“Je pense qu'à partir de 2019, ce dont on s'est rendu compte, c'est que nos leaders politiques, c'est-à-dire ceux qui nous avaient fait naître cette illusion de dire ‘le 1er octobre, vous pourrez voter’, n'ont pas été à la hauteur après le 1er octobre. Ils n'ont pas été capables de faire avancer les choses, ni d'ouvrir des voies de négociations sérieuses”, fustige Pau.

Faire revivre leur langue

Aujourd’hui, le jeune avocat estime qu’une autre bataille a commencé, celle de la préservation de la langue catalane. “En raison de l'essor du tourisme à Barcelone, c'est devenu de plus en plus difficile de faire des choses en catalan, remarque-t-il. Je pense qu’il incombe aux autorités d’exiger que tout le monde puisse s’adresser à nous dans notre langue, que l’on puisse être accueillis en catalan à l’hôpital, à la pharmacie et dans les bars.”

Mais Pau remarque que de plus en plus de jeunes sont investis dans ce combat. “Maintenant beaucoup de jeunes, même parmi ceux qui ne parlent pas d'indépendance, parlent beaucoup de la langue. Ils font de la musique en catalan, du cinéma en catalan, des films en catalan, ou sont créateurs de contenus TikTok exclusivement en catalan. Ça donne de l’espoir.“

Cette préservation de la langue pourrait-elle donner un nouveau souffle au mouvement indépendantiste catalan ? C’est en tout cas ce qu’espère Joan : “Ce que j’espère pour la Catalogne, c’est que les gens commencent à prendre conscience que le catalan est notre langue, qu’ils comprennent que si nous ne le parlons pas, personne ne le fera. C’est extrêmement important de le parler au quotidien. Et bien sûr, j’aimerais beaucoup penser qu’un jour, nous obtiendrons l’indépendance.”

Aujourd’hui, le catalan est parlé par plus de 10 millions de personnes en Europe, dont plus de 8 millions en Espagne, essentiellement en Catalogne. Pourtant, cette langue n’est toujours pas reconnue comme langue nationale de l’Espagne, il s’agit uniquement d’une langue régionale officielle. Un combat qu’une partie de la population continue de mener. 

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