logo

"Les prix montent chaque heure" en Iran : l'économie est asphyxiée, les manifestations reprennent

Des manifestations ont repris durant l'été en Iran et se poursuivent, alors que l'asphyxie économique du pays met les Iraniens aux abois. Elle est provoquée par des prix qui augmentent constamment, des salaires et des pensions non versées pendant des mois, un taux de chômage en hausse… Nos Observateurs décrivent une vie devenue "impossible". 

Des enseignants manifestent à Téhéran le 9 septembre 2026 pour réclamer des augmentations de salaire face à l'aggravation des difficultés économiques. © Observateurs

Des retraités, des infirmiers, des employés, des enseignants, des étudiants : toutes les composantes de la société iranienne apparaissent dans les vidéos montrant des sit-in et des manifestations à travers l'Iran ces dernières semaines. Des mobilisations sur fond de crise économique nettement aggravée par le durcissement des sanctions américaines. 

Le 9 septembre, le syndicat des professeurs d’université a déclaré dans une lettre ouverte que si le gouvernement ne tenait pas ses promesses économiques et n'augmentait pas les salaires des professeurs, ils ne se présenteraient pas en cours lors de la nouvelle année universitaire, qui débute le 23 septembre.

Des retraités manifestent à Shush, dans le sud-ouest de l’Iran, le 9 août 2026, en scandant : « Nous ne voulons pas la guerre. Nous voulons vivre. »

Pour afficher ce contenu Telegram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

Accepter Gérer mes choix

Depuis le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, le 28 février 2026, l’économie du pays, déjà dévastée, s’est encore détériorée, entraînant des difficultés sans précédent. La situation s’est particulièrement aggravée depuis le 13 avril et le blocus naval imposé par l’administration Trump à l’Iran dans le golfe Persique. L’Iran ne peut désormais importer que très peu de marchandises via ses principaux ports du golfe Persique et, surtout, ne réussit à exporter que très peu de pétrole, source majeure de recettes pour l’État. Le 29 août, le président iranien Massoud Pezeshkian a déclaré que le blocus naval américain avait fait perdre à l’Iran 35 % de ses importations et exportations.

Des infirmières manifestent à Neyshabur le 11 août 2026 pour dénoncer des mois de salaires impayés.

Pour afficher ce contenu Telegram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

Accepter Gérer mes choix

Ces mobilisations ont lieu malgré la répression : chaque semaine, le régime prononce des peines sévères à l’encontre des manifestants arrêtés, y compris des condamnations à mort. En parallèle, les arrestations de journalistes, d’artistes, de militants et de sportifs continuent, pour la moindre expression publique d’opinions contre le régime ou bien pour le non-respect des règles restrictives de la charia, la loi islamique, sur les réseaux sociaux.

Au cours des huit derniers mois, au moins 54 personnes ont été exécutées après une condamnation pour des motifs politiques, dont 31 ayant pris part aux manifestations de masse contre le régime en janvier, selon l'organisation Iran Human Rights, basée en Norvège. Les risques encourus ne semblent pas dissuader des milliers de personnes de continuer à manifester.

Des infirmières organisent un sit-in à Kermanshah le 8 septembre 2026 en scandant : « Nous voulons nos salaires. Ils ont fait venir la police contre nous. »

Pour afficher ce contenu Telegram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

Accepter Gérer mes choix

Trois Iraniens joints par la rédaction des Observateurs de France 24 racontent une économie en chute libre, sur fond de guerre et de décennies de sanctions, de mauvaise gestion et de corruption.

"Avant, les prix augmentaient de mois en mois ; aujourd'hui, ils changent d’heure en heure"

Sirvan est le PDG d’une petite start-up… dont il dit avoir dû licencier tous les employés. Il la dirige désormais seul.

Je ne peux décrire la situation que comme une "chute libre". Il y a quelques mois, j’ai dû licencier mes 12 employés. Je connais beaucoup d’autres employeurs qui ont dû faire de même.

Avant, les prix augmentaient de mois en mois ou de semaine en semaine. Aujourd’hui, ils changent d’heure en heure, et je n’exagère pas.

Un jour, j’ai reçu une commande et j’ai vérifié le prix d'une machine qu'un client devait remplacer. Le matin, elle s’élevait à environ 180 millions de tomans* [666 euros, au taux de change du 9 septembre 2026]. À midi, lorsque j’ai voulu l’acheter, le prix était passé à 220 millions de tomans [814 €]. J’en ai informé le client, et il a changé d’avis. Il essaie de continuer à utiliser la machine défectueuse dont il dispose déjà.

"Faire des affaires en Iran, c’est une vraie farce aujourd’hui", explique ce vendeur de téléphone dans cette vidéo. Il raconte qu'un client voulait lui acheter un téléphone. Le prix de gros était de 70,8 millions de tomans (262 euros). "Quinze minutes plus tard, alors que je m’apprêtais à envoyer le téléphone à son adresse, le prix dans notre système avait été mis à jour. À ce moment-là, j’ai dû acheter le téléphone moi-même pour 71,8 millions de tomans [266 euros]". Mais le prix augmente encore au moment de l’envoi, à  72,8 millions de tomans [269 euros]. "J’ai donc dû l’envoyer au client sans réaliser le moindre bénéfice”, assure le vendeur, qui dit filmer cette vidéo six heures après les faits, alors que le prix a encore augmenté. 

Dans une vidéo publiée le 7 septembre, un vendeur de téléphones portables indique que le prix de gros d’un téléphone est passé de 70,8 millions de tomans [262 €] à 76,5 millions de tomans [283 €] en l’espace de six heures.

Pour afficher ce contenu Telegram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

Accepter Gérer mes choix

"Les importations sont devenues un véritable casse-tête"

Depuis le début du conflit, le toman a perdu 71% de sa valeur par rapport au dollar. Sirvan, le PDG de start-up, reprend : 

Il est impossible de gérer une entreprise dans ces conditions. Si je vends un produit aujourd’hui, je ne peux pas le réapprovisionner au même prix que celui auquel je l’ai vendu.

Une partie du problème réside dans la hausse incessante du taux de change entre le toman et le dollar, mais cette nouvelle situation a une autre cause. Depuis que Trump a imposé le blocus naval à l’Iran et que les Émirats arabes unis ont refusé l’accès de leurs ports aux navires iraniens, toute importation est devenue un véritable casse-tête et un processus extrêmement coûteux pour tous les produits que nous devons faire entrer dans le pays.

Toutes les importations passent désormais par voie terrestre, que ce soit par camion ou par train. C’est compliqué, lent et très onéreux. Nous devons d’abord envoyer les marchandises du pays exportateur vers un pays voisin, ce qui entraîne des frais supplémentaires. Ensuite, nous devons les stocker là-bas, ce qui engendre un coût en plus. Après cela, nous devons les acheminer en Iran par train ou par camion, ce qui ajoute une dépense exorbitante.

Et une fois que vous disposez enfin du produit après avoir payé tous ces frais, vous ne savez toujours pas à quel prix vous devez le vendre pour disposer de suffisamment de capital afin de le racheter via ce même système compliqué. Ainsi, dans la pratique, presque personne ne peut réellement faire des affaires.

Selon plusieurs estimations, au moins 40 % de la population iranienne se trouvent désormais sous le seuil de pauvreté absolue, tandis que 40 % supplémentaires risquent d’y basculer.

Les travailleurs de Mahshahr se sont mis en grève le 15 août pour réclamer le paiement de leurs salaires impayés.

Pour afficher ce contenu Telegram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

Accepter Gérer mes choix

"J'ai vendu ma voiture, je vais devoir vendre ma maison aussi"

Amir est retraité. Il a 75 ans et vit à Téhéran.

Après des décennies de dur labeur et un niveau de vie que je qualifierais de "classe moyenne supérieure", je me suis vu contraint de recommencer à travailler. Ma retraite ne suffit même pas à couvrir la première semaine du mois, et je fais partie des chanceux : je la touche tous les mois. Des millions de retraités n’ont pas reçu la leur depuis des mois.

Je travaille comme chauffeur pour Snap [NDLR : Snap est l’équivalent iranien d’Uber]. Avant cela, j’ai dû vendre ma voiture et en acheter une moins chère, en utilisant l’argent restant pour payer les médicaments et les frais médicaux de ma femme. Je ne pouvais plus les assumer. Certains médicaments sont difficiles à trouver et coûteux.

Nous pensons désormais vendre notre maison et acheter deux appartements dans un quartier moins cher. Nous vivrions dans l’un, et ma fille dans l’autre. Elle n’a plus les moyens de payer son loyer mensuel, bien qu’elle travaille à temps plein.

Selon le directeur du Syndicat iranien des retraités, au 7 septembre, le gouvernement iranien n’avait pas versé les retraites depuis cinq mois.

"Je dépense mes économies juste pour survivre"

Nilou est une jeune graphiste. Alors que le salaire minimum en Iran est d’environ 17 millions de tomans par mois [63 euros, au taux de change du 9 septembre 2026], Nilou explique avoir récemment déboursé l’équivalent de près de 30 € pour une petite quantité de poulet et de viande.

Je suis fatiguée. Je suis déprimée. Je ne vois aucun avenir devant moi. J’ai littéralement quatre emplois. Je travaille pour trois entreprises en tant que graphiste, et je travaille également dans un magasin en tant que vendeuse. Mais depuis quelques mois, je n’arrive plus à faire face à la hausse des prix. Pendant des années, j’ai réussi à me constituer une petite épargne.

J’avais acheté des lingots d’or et des dollars pour épargner, mais maintenant je les vends petit à petit juste pour payer les factures et survivre. Je vis seule ; je ne mange pas beaucoup. Mais il y a quelques jours à peine, j’ai dû payer 1,5 million de tomans pour des fruits [5,5 euros, calcul basé sur le taux de change du 9 septembre 2026]. Pour un peu de poulet et de viande, j’ai payé environ 8 millions de tomans [29,7 euros], et cela ne durera que deux semaines. Quelques shampoings et après-shampoings m’ont coûté 6 millions de tomans [22,22 euros].

Dans quelques mois, quand j’aurai dépensé toutes mes économies, je ne pourrai plus me permettre cette vie. Je pense que je vais devoir emménager chez mes parents. Ce n’est pas une vie, ça. Je suis sûre que si la situation continue ainsi, les gens organiseront une autre immense manifestation, malgré le massacre que nous avons subi il y a à peine quelques mois. 

Selon certaines estimations, le taux d’inflation en Iran aurait atteint 80 % en août 2026, et environ 130 % pour les denrées alimentaires.

* si le rial est la monnaie officielle de l'Iran, le toman est une unité de compte massivement utilisée dans la vie quotidienne