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L'Afrique, l'Amérique latine et l'Asie du Sud agrandies dans la cartographie promue par l'ONU

L'Assemble générale de l'ONU a adopté vendredi une résolution pour encourager les organisations internationales et les États à utiliser des représentations cartographiques mondiales plus conformes à la réalité, en abandonnant la projection dite "de Mercator" datant du XVIe siècle. Cette représentation agrandit notamment l'Afrique et rétrécit les États-Unis, seul pays à avoir voté contre le texte.

Le 4 septembre 2026, l'Assemblée générale des Nations unies a voté en faveur de l'abandon de la carte du monde de Mercator, datant du XVIe siècle, au profit d'une carte reflétant plus fidèlement la taille des continents. © Capture d'écran Equal-earth.com

C'est un adieu à une représentation vieille de près de cinq siècles. L'Assemblée générale des Nations Unies a adopté, vendredi 4 septembre, une résolution pour promouvoir une représentation cartographique mondiale plus fidèle à la taille réelle des continents, agrandissant notamment l'Afrique et rétrécissant les États-Unis.

Ce texte, porté par le Togo et l'Union africaine et coparrainé par la France, a été adopté par 164 voix contre une, celle des États-Unis, et six abstentions.

La résolution vise à encourager les organisations internationales et les États à utiliser des représentations cartographiques de type "Equal Earth".

Cette cartographie abandonne la projection dite "de Mercator" – du nom de Gerardus Mercator, géographe, cartographe, philosophe et théologien né en Flandres en 1512. Sa carte du monde a été conçue pour la navigation maritime et agrandit artificiellement les territoires situés aux hautes latitudes.

Une distorsion qui "contribue à minimiser dans les esprits la taille de l'Afrique, de l'Amérique latine et de l'Asie du Sud, et à perpétuer une vision déséquilibrée" de la planète, selon le texte de la résolution.

"Les cartes façonnent notre compréhension du monde", a déclaré le ministre des Affaires étrangères du Togo à la tribune, Robert Dussey. "Elles orientent l'éducation, nourrissent l'imaginaire et influencent les perceptions collectives. Elles ne sont donc jamais neutres : lorsqu'elles donnent une image déformée de notre planète, elles risquent de perpétuer des représentations erronées transmises de génération en génération."

"Cette initiative ne vise aucune nation, aucune civilisation, ni aucune tradition cartographique" mais "est guidée par une ambition universelle : promouvoir une connaissance fondée sur la rigueur scientifique, le respect de la vérité et l'égale dignité de tous les peuples", a insisté Robert Dussey.

"Faire œuvre de vérité"

"Des résolutions comme celle-ci, et l'agenda idéologique qu'elles promeuvent, entravent le travail de cette institution et contribuent à la perte de sa crédibilité", a sèchement réagi la représentante américaine Yaryna Ferencevych dans l'enceinte.

"Plutôt que de se concentrer sur les véritables enjeux de paix internationale, de prospérité ou de bonnes relations entre les pays, cette instance débat de projets cartographiques datant du XVIe siècle", a-t-elle ajouté, exhortant les pays à faire preuve de "bon sens" en rejetant le texte.

La France, ancienne puissance coloniale, a apporté un soutien appuyé à cette résolution, au moment où elle cherche à renouer avec l'Afrique où son influence s'est fortement érodée ces dernières années.

Dans un discours prononcé vendredi à la Sorbonne, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a déclaré que "changer de carte ne change évidemment pas le monde. (...) Mais corriger une représentation qui le déforme, c'est déjà faire œuvre de vérité".

Selon lui, cette évolution est cohérente avec la volonté française de défendre sa propre lecture des relations internationales face aux récits jugés simplificateurs, qu'il s'agisse de l'opposition entre un "prétendu Sud global" et un "Occident collectif" ou d'une vision d'une Europe condamnée au déclin.

Avec AFP