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Législatives en Israël : Gadi Eisenkot, l'ancien chef de l'armée qui veut détrôner Netanyahu
À trois mois d’élections législatives décisives en Israël, l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot s’impose comme le concurrent le plus sérieux contre l’actuel Premier ministre Benjamin Netanyahu. Le challenger mise sur son image de militaire "intègre" pour convaincre les Israéliens qu'il peut tourner la page Netanyahu.
Gadi Eisenkot, dirigeant du parti "Yashar" lors du lancement de la campagne électorale de son parti, le 30 juin 2026. © AP, Ariel Shalitt

Voici déjà un mois que Gadi Eisenkot a lancé sa campagne électorale. Sa candidature est le fruit d'une ambition ancienne : faire tomber Benjamin Netanyahu, au pouvoir depuis plus de dix-huit ans en Israël. À 66 ans, malgré son manque d’expérience en politique, Gadi Eisenkot semble s'imposer comme le principal rival du Premier ministre israélien pour les législatives du 27 octobre en Israël.

Critique acerbe de la conduite de la guerre et de la politique du gouvernement, cet ancien général a créé en septembre 2025 son parti Yashar ("intègres" en hébreu), en vue de ces législatives. Désormais donné au coude à coude avec le Likoud dans les sondages, il dispose des chances de l'emporter.

Le principal atout de Gadi Eisenkot est le fort capital sympathie dont il jouit. Les électeurs israéliens se reconnaissent en lui, notamment depuis la mort au combat de son fils Gal lors de la guerre à Gaza, en décembre 2023, peu après les attaques du 7-Octobre. Deux de ses neveux ont également perdu la vie dans la guerre contre le Hamas.

Tout l'oppose à son rival. "Il incarne, par ses manières et son caractère, l'anti-Bibi", décrit un journaliste du New Yorker qui l'a longuement interviewé et eu le temps d'observer le personnage.

Décrit comme "rassurant" par certains. D'aucuns soulignent un air bonhomme et un débit de parole lent qui le distingue des autres personnalités de la politique israélienne, comme l'actuel Premier ministre.

"Les Israéliens veulent un gouvernement discret et simplement un gouvernement qui fonctionne", estime Tal Elovitz, chercheur au centre de réflexion israélien Molad et ancien président du groupe parlementaire du Parti travailliste à la Knesset. "Quand les gens voient qu'Eisenkot est relativement novice en politique, ce qu'ils voient aussi, c'est qu'il n'a donc pas beaucoup de promesses non tenues à son actif. Et en tant que père d'un soldat mort à la guerre et ancien chef de l'armée israélienne, il coche de nombreuses cases. Il incarne une vision claire de ce qu'il faut pour réussir en tant qu'homme politique en Israël."

Et puis, contrairement à Benjamin Netanyahu, Gadi Eisenkot est issu d'une famille d'immigrés juifs marocains aux moyens modestes et a grandi à Eilat, dans le sud du pays. Benjamin Netanyahu, lui, est issu de l'élite ashkénaze et a passé une partie de son enfance aux États-Unis. Si Gadi Eisenkot venait à l'emporter, il serait le premier Premier ministre issu d'un tel milieu.

Rétablir l'image d'Israël à l'étranger

Ses détracteurs lui reprochent toutefois de manquer d'expérience politique. L'ancien général a été chef de l'armée de 2015 à 2019, mais a aussi été attaché militaire des premiers ministres Ehud Barak et Ariel Sharon.

Au terme de sa carrière militaire, il s'est lancé en politique et a siégé à la Knesset entre 2022 et 2025, d'abord aux côtés de Benny Gantz, ancien chef d'état-major et son prédécesseur à la tête de l'armée. Il a aussi fait un bref passage comme ministre sans portefeuille dans le gouvernement de Benjamin Netanyahu pour intégrer le cabinet de guerre, dont il démissionnera en juin 2024, reprochant au ténor de la politique israélienne l'absence de stratégie politique pour l'après-guerre à Gaza et la priorité insuffisante accordée aux otages.

Législatives en Israël : Gadi Eisenkot, l'ancien chef de l'armée qui veut détrôner Netanyahu
Gadi Eisenkot, lors de sa cérémonie de nomination comme chef de l'armée israélienne, le 16 février 2015. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lui remet ses nouvelles paulettes. AP - Sebastian Scheiner

Non seulement Gadi Eisenkot entend détrôner Benjamin Netanyahu, mais il souhaiterait le voir prendre sa retraite et quitter la scène politique. Cela serait, selon l'ancien général, "une chance d'atténuer sa polarisation et de rétablir son image à l'étranger". "Nous avons aujourd'hui l'occasion de bâtir un véritable État juif", déclare-t-il au New Yorker. "Nous aurons la capacité de corriger la terrible division créée sous le règne de Netanyahu et de ramener Israël aux valeurs de David Ben Gourion", l'un des fondateurs de la nation et son premier Premier ministre.

Pour cela, Gadi Eisenkot, qui se présente comme centriste, va devoir convaincre les électeurs à droite comme à gauche.

Tout comme les autres opposants à Netanyahu, notamment l'ancien Premier ministre de centre-droit Naftali Bennett et le chef de l'opposition Yaïr Lapid, ou encore Yair Golan, du parti des Démocrates (de gauche), il promet que s'il est élu, l'une des premières mesures d'un nouveau gouvernement de coalition devrait être la mise en place d'une commission d'enquête nationale sur les failles ayant conduit au massacre terroriste du 7-Octobre.

Il défend également l'instauration d'un service militaire universel qui inclurait les ultra-orthodoxes et les citoyens arabes d'Israël, aujourd'hui largement exemptés de service militaire. Une préoccupation devenue majeure dans le pays à mesure que de plus en plus d'Israéliens contestent les dérogations accordées aux ultra-orthodoxes, tandis que les réservistes sont mobilisés à répétition depuis le début de la guerre en 2023.

Législatives en Israël : Gadi Eisenkot, l'ancien chef de l'armée qui veut détrôner Netanyahu
Le 25 février 2024, Gadi Eisenkot, alors ministre du gouvernement descend de sa voiture, bloquée par les manifestants et s'adresse à eux lors d'un rassemblement réclamant la libération des otages enlevés lors de l'attaque meurtrière du 7 octobre/ © Reuters, Dylan Martinez

Flou sur la Cisjordanie occupée

Sur les colonies israéliennes, l'ancien militaire entretient le flou. Il s'est rendu en avril dans des colonies du nord de la Cisjordanie occupée, mais reste discret dans ses déclarations concernant le phénomène.

"Gadi Eisenkot bénéficie d'une popularité dont on pense qu'elle est due précisément au fait qu'il ne dit pas grand-chose", estime Denis Charbit, professeur de science politique à l'Université ouverte d'Israël. "Il ne veut pas se lancer dans des grandes déclarations qui pourraient lui faire perdre des électeurs modérés à gauche ou à droite. Et donc il s'abstient de dire grand-chose."

Il en va de même du règlement du conflit israélo-palestinien et de la solution à deux États, qu'il évite de défendre publiquement, sans y être farouchement opposé, considérant qu'elle n'est pas réaliste à court terme dans le contexte actuel.

L'un des fondateurs de la doctrine "Dahiya"

Concernant Gaza, si cet ancien membre du cabinet de guerre critique l'absence de stratégie politique depuis l'instauration d'un cessez-le-feu en octobre 2025, il ne condamne pas le recours massif à la force après le 7-Octobre, bien au contraire. Il y défend une ligne sécuritaire dure, également assumée à l'égard de l'Iran et du Liban.

Gadi Eisenkot, qui a servi au Liban et en Cisjordanie occupée, est étroitement associé à la doctrine de la "Dahiya", du nom des banlieues sud de Beyrouth, à majorité chiite, où le Hezbollah a établi l'un de ses principaux bastions.

Cette doctrine repose sur l'idée que le Hezbollah implante ses combattants et ses arsenaux au sein des zones civiles. Elle préconise, en réponse, le recours à des représailles massives contre les secteurs d'où opèrent les organisations hostiles à Israël, y compris par la destruction à grande échelle d'infrastructures civiles. Cette approche a également été invoquée pour décrire certaines opérations de l'armée israélienne dans la bande de Gaza.

Il a récemment qualifié les propos du maire de New York, Zohran Mamdani, d'"antisémitisme pur" après que ce dernier a demandé au gouvernement fédéral d'arrêter Benjamin Netanyahu en vertu d'un mandat de la Cour pénale internationale.

"Pour les Israéliens, il reste celui qui se montre impitoyable dans l'encadrement de la violence. Il est perçu comme un homme de droite qui croit en la hiérarchie", souligne le politologue Denis Charbit. "De ce point de vue-là, il rappelle que c'est à l'État de fixer les règles et de donner les directives."

Cette conception de l'autorité s'est notamment illustrée dans "l'affaire Azaria", souligne le politologue. En 2016, un soldat israélien, Elor Azaria, abat un assaillant palestinien déjà blessé, alors qu'il gît au sol et ne représente plus de menace immédiate. Gadi Eisenkot estime alors que le militaire a violé le code éthique de l'armée et soutient les poursuites engagées contre lui.

Benjamin Netanyahu, lui, adopte une position plus souple. Face au soutien croissant dont bénéficie Azaria dans l'opinion publique et sur les réseaux sociaux, il échange avec le père du soldat et appelle à faire preuve de "modération" dans le traitement de l'affaire. Une séquence qui résume encore une fois le fossé entre les deux hommes.

Le jeu des alliances

"À l'heure actuelle, Gadi Eisenkot semble être celui qui a le plus de chances de former une coalition, quelle qu'elle soit, tout en bénéficiant également du soutien du vote populaire", analyse Tal Elovitz.

Mais si parti Yashar talonne le Likoud dans les sondages, le pari n'est pas gagné. "En Israël, on applique le système proportionnel. Pour l'emporter, il ne suffit pas d'obtenir un grand nombre de sièges, il faut également être capable de former une coalition", rappelle le chercheur.

À près de trois mois du scrutin, les jeux restent ouverts. Les listes doivent être soumises début septembre. "Une échéance qui devrait clarifier les rapports de force", relève Tal Elovitz. "Des surprises pourraient encore arriver. Le Likoud présentera-t-il une liste de droite classique, ou d'extrême droite ? Cela va avoir un impact sur son électorat traditionnel, qui pourrait envisager de se détourner du parti."

Autre élément à suivre selon Tal Elovitz, les mouvements de personnalités comme Yuli-Yoel Edelstein, qui a quitté récemment le parti de Benjamin Netanyahu, ou encore l'ancien général de brigade de réserve Ofer Winter, régulièrement cité parmi les personnalités susceptibles d'entrer en politique. La capacité de Gadi Eisenkot à rallier d'autres figures de premier plan de la politique israélienne sera elle aussi déterminante.

Avec AFP