
A gauche, le faux document du Tribunal arbitral du sport qui soutient que le Sénégal a remporté la Coupe d'Afrique des Nations. A droite, un visuel diffusé en ligne qui reprend cette fausse information. © Montage les Observateurs
"LE SÉNÉGAL CONSERVE SON TITRE DE CHAMPION D'AFRIQUE !", exulte un compte de soutien à l'équipe de football sénégalaise sur Facebook. Comme lui, de nombreux internautes sénégalais ont affirmé depuis ce week-end que les Lions de la Teranga avaient été déclarés champions de la Coupe d'Afrique des Nations 2025 aux dépens du Maroc, leur adversaire en finale.
Aucune décision officielle
La décision aurait été rendue par l'institution internationale chargée de statuer sur les litiges sportifs, le Tribunal arbitral du sport (TAS), selon plusieurs comptes qui ont relayé des captures d'écran d'un document. Le document en question, qui reprend en partie la charte graphique du TAS, soutient que l'équipe du Sénégal a été "confirmée comme vainqueur" de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN).
Aux yeux de ces internautes, la décision aurait ainsi mis fin au litige qui oppose le Maroc et le Sénégal autour de l'identité du champion de la CAN, la victoire de la sélection sénégalaise lors de la finale (1-0) le 18 janvier contre les Lions de l'Atlas étant fortement contestée sur le terrain administratif par la fédération marocaine.
Mais ce document est un faux. Aucune décision n'a encore été prise à ce sujet par le TAS et l'on ne retrouve aucune décision ni aucun document ressemblant au faux diffusé en ligne sur le site de l'institution. Le faux document mobilise par ailleurs un numéro de dossier (2026/A/10857) qui n'est pas le numéro de dossier utilisé par le TAS concernant ce litige autour de la CAN 2025 (ce numéro est 2026/A/12295, selon plusieurs sites d'analyse juridique).

Dans les heures qui ont suivi la diffusion de cette fausse décision en ligne, beaucoup de médias marocains et sénégalais ont rapidement vérifié la fausse rumeur. La fédération marocaine a également déclaré auprès du média marocain Hespress n'avoir reçu "aucune décision du Tribunal arbitral du sport" et précisé qu’aucune notification officielle n’avait été transmise par la juridiction sportive.
Ce n'est pas la première fois que de fausses rumeurs circulent sur la décision du TAS. En mai dernier, un faux communiqué de l'institution attribuant déjà la victoire au Sénégal avait contribué à alimenter le brouillard et les tensions autour de cette finale de la Coupe d'Afrique des Nations, à l'épilogue toujours incertain.
"Quelle que soit la décision du TAS, nous la respecterons"
Depuis fin mars, la décision du Tribunal arbitral du sport est en effet très attendue. L'institution internationale a été saisie par la fédération sénégalaise de football après que le Maroc a été déclaré vainqueur de la finale contre le Sénégal 3-0 sur tapis vert par le jury d'appel de la Confédération africaine de football (CAF), dans une déclaration publiée le 17 mars.
Mais le TAS n'a à ce jour fourni aucun calendrier officiel quant à la future décision : il a seulement indiqué le 25 mars qu'il n'était "pas encore possible d’anticiper les échéances de la procédure, ni d'indiquer quand une audience sera fixée".
Le jury d'appel de la CAF avait donné la victoire au Maroc sur la base des articles 82 et 84 du règlement de la compétition. Ces articles disposent notamment que toute équipe "qui refuse de jouer, ou quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l'autorisation de l'arbitre [...] sera considérée perdante et sera définitivement éliminée de la compétition en cours." Une partie de l'équipe sénégalaise avait en effet quitté le terrain pour protester contre des décisions arbitrales, liées notamment à l'attribution d'un penalty au Maroc.
Mais depuis cette décision, le Sénégal affirme toujours être "toujours champion d’Afrique" et a dénoncé "le braquage administratif le plus grossier de l’histoire de notre sport". Le président de la CAF, Patrice Motsepe, avait de son côté déclaré lors d'une conférence de presse tenue quelques jours après ce recours ne vouloir faire "aucun commentaire avant que le TAS n'ait rendu sa décision. Quelle que soit la décision du TAS, nous la respecterons."
