
Les Tunisiens Mohamed Amine Ben Hamida, Montassar Talbi, Dylan Bronn et Mouhib Chamakh accablés après la défaite contre le Japon, le 20 juin 2026 à Monterrey au Mexique. © Daniel Becerril, Reuters
Hervé Renard, appelé en urgence au chevet de l'équipe de Tunisie qu'il n'a pu sauver du naufrage, en a appelé mercredi "à la fierté et à la dignité" de ses joueurs à la veille de leur dernier match dans la Coupe du monde, jeudi 25 juin, contre les Pays-Bas.
La Tunisie est arrivée en Amérique du Nord sans avoir encaissé le moindre but durant les qualifications, mais en a concédé neuf lors de ses deux défaites en phase de groupes du Groupe F : une déroute 5-1 face à la Suède, qui a entraîné le limogeage de Sabri Lamouchi et la nomination de Renard, suivie d'une défaite 4-0 contre le Japon, synonyme d'élimination.
"Nous devons terminer cette compétition le plus proprement possible", a déclaré Renard mercredi. "Le football exige de la fierté, même dans les moments difficiles, et il faut affronter ces situations avec dignité jusqu'au bout. J'espère que nous conserverons cette fierté et cette dignité jeudi, face à cette grande équipe des Pays-Bas.".
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Accepter Gérer mes choix"Une belle récompense pour conclure cette compétition"
Le technicien français, qui a entraîné de nombreuses équipes à travers l'Afrique, notamment en Zambie, en Angola, en Côte d'Ivoire et au Maroc, était au Sénégal pour suivre le tournoi lorsqu'il a été appelé à prendre les rênes de l'équipe après le limogeage de Sabri Lamouchi. "La Coupe du monde est un événement exceptionnel et j'ai la chance d'y participer aujourd'hui", a-t-il déclaré.
"Même si cette joie est éphémère, il faut savourer chaque instant et essayer de retrouver ces émotions. Il reste un match à jouer et si nous sommes plus solides et si nous parvenons à rivaliser avec cette équipe des Pays-Bas, ce serait une belle récompense pour conclure cette compétition."
Alors que les Néerlandais luttent toujours pour la première place du groupe après un match nul 2-2 contre le Japon et une victoire écrasante 5-1 contre la Suède, la Tunisie est confrontée à un nouveau test de taille.
Le gardien Aymen Dahmen a rejeté toute suggestion de division au sein de l'équipe durant ce tournoi mouvementé. "Le groupe est toujours solide, toujours uni. Nous sommes unis. Nous sommes très forts", a déclaré Dahmen.
"Oui, bien sûr, la situation a été déstabilisante. La seule chose dont nous avons besoin, c'est que chacun prenne ses responsabilités. Chacun doit être responsable du match de demain."
Suite à cette débâcle, le capitaine de l'équipe, Ellyes Skhiri, a présenté ses excuses au peuple tunisien. "Il faut juste reconnaître qu'on n'a pas été au niveau requis par cette compétition", a-t-il dit.
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Accepter Gérer mes choix"L'effondrement de la sélection nationale"
Pourtant, le souvenir du Mondial-1978 n'est jamais loin en Tunisie, lorsque le pays était devenu le premier d'Afrique à remporter un match en Coupe du monde. Plus récemment, en 2004, il avait gagné sa première Coupe d'Afrique des nations à domicile. Et pendant le Mondial-2022, la sélection avait remporté 1-0 un match contre les Français, alors champions du monde en titre.
Mais aujourd'hui, la défaite contre la Suède a été si douloureuse que de nombreux supporters ont renoncé à se réveiller à l'aube - décalage horaire avec l'Amérique du Nord oblige - pour ne pas s'infliger une nouvelle humiliation.
Chez les fans comme dans la presse, le constat est sans appel: les responsables locaux doivent rendre des comptes. "L'effondrement de la sélection nationale devant la Suède et le Japon a levé le voile sur la 'mafia du foot' dont tout le monde réclame le démantèlement aujourd'hui, avant de repartir de zéro et de reconstruire notre football sur des bases saines", martèle ainsi le quotidien arabophone Al Chourouk.
Car le football tunisien, fustige le quotidien francophone Le Temps, "est miné depuis de longues années par le clientélisme et les luttes intestines interclubs". Principaux griefs : préparation jugée insuffisante des joueurs, gouvernance locale défaillante et composition de la sélection. "Des considérations d'ordre personnel ont abouti à la convocation de joueurs qui n'avaient pas leur place en sélection", affirme ainsi le Temps.
Le média d'investigation en ligne Inkyfada assure, lui, qu'une "politique de quotas non officielle" a conduit "à retenir des joueurs au détriment de la cohérence sportive, afin de satisfaire les grandes formations du championnat local et s'assurer que chacune touche sa part des indemnités versées par la Fifa". Sollicitée par l'AFP, la Fédération tunisienne n'a pas répondu.
Quel avenir pour la sélection ?
Des têtes vont-elles tomber au sein de la FTF? Selon des médias tunisiens, elle tenterait plutôt de mener une réorganisation interne. En attendant d'éventuelles sanctions, de nombreux Tunisiens rappellent des propos du joueur tunisien Hannibal Mejbri : "On rêve beaucoup, on ne travaille pas assez".
"On doit vraiment se poser des questions (...) parce qu'on a pris beaucoup de retard", avait-il dit en janvier, après l'élimination de la Tunisie face au Mali en huitièmes de finale de la CAN.
Reflétant la frustration de plusieurs de ses compatriotes, qui jugent durement la réalité économique et politique de leur pays, l'essayiste Olfa Youssef a lâché sur Facebook que "la sélection nationale (était) à l'image de la Tunisie d'aujourd'hui".
Pour la suite, Hervé Renard est en tout cas ouvert à la possibilité de diriger l'équipe nationale africaine au-delà de la Coupe du monde, alors que son contrat prend fin jeudi. "Je suis prêt à écouter le projet ", a-t-il dit mercredi, "mais ce n'est pas pour cela que je suis là."
Bien qu'il vienne tout juste de rejoindre l'équipe, il exprime déjà une grande fierté à l'idée de concourir sur la scène internationale. "Je n'ai pas l'habitude de chercher des excuses, de blâmer ou de faire honte aux autres. Je prends ces choses pour moi, et après le match contre le Japon, j'étais un peu honteux, surtout vis-à-vis des Tunisiens", a-t-il confié. "Concentrons-nous sur le prochain match et essayons de nous fixer un objectif ambitieux."
Avec AFP, Reuters et Associated Press
