
Malgré le fait que les organisateurs du salon de l’armement Eurosatory aient “fermé” plusieurs stands israéliens pour ne pas avoir respecté les consignes données en amont (l’un d’entre eux, celui de Smart Shooter, est visible à droite), la rédaction des Observateurs a pu collecter plusieurs éléments montrant que des supports faisant la promotion d’équipements de ce type ont été visibles au cours de l'événement. © Les Observateurs
"Personne n'arrêtera Controp ! Malgré la décision du gouvernement français, nous avons reçu un accueil chaleureux de la part de nos partenaires et de nos clients." Dans cette publication diffusée le lendemain de la clôture du salon Eurosatory, samedi 20 juin, sur le compte Facebook officiel de l’entreprise israélienne Controp, le ton est au défi. Le fabricant d’outils optiques destinés à l’armement y repartage également des images montrant son PDG, Yuval Miller, au milieu de son stand au salon Eurosatory, fermé par de hauts panneaux gris.
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Accepter Gérer mes choixLa raison : la décision par les organisateurs d’Eurosatory de "fermer" les stands de douze entreprises israéliennes à l’aide de ces structures brise-vue. Cela pour toute la durée de ce salon dédié à l’armement, qui s’est tenu du 15 au 19 juin à Villepinte, près de Paris. COGES Events, la société derrière Eurosatory, affirme que les entreprises visées auraient violé les consignes émanant du gouvernement français, lesquelles limitaient la présence des entreprises israéliennes "aux seuls matériels et produits participant [à la] défense anti-aérienne, anti-missile et antibalistique".
Une décision perçue comme injuste et discriminatoire par plusieurs fabricants israéliens, comme le concepteur de drones Aeronautics, qui a publié une vidéo de communication incluant les images de son stand fermé.
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Accepter Gérer mes choixSa communication va par ailleurs jusqu’à des parallèles historiques forts : la firme a diffusé dans les jours suivants des photos des panneaux entourant son stand marqués d’une étoile de David, ainsi que des mots "ghetto", évoquant l’enfermement des populations juives durant la Seconde Guerre mondiale.

Le ministère israélien de la Défense a également dénoncé des mesures "cyniques et discriminatoires", assurant que les entreprises avaient pourtant souscrit "aux exigences scandaleuses du gouvernement français et n'avaient présenté que des systèmes défensifs".
Pourtant, notre rédaction a pu établir sur place qu'une entreprise israélienne a présenté un armement offensif, tandis que des supports promotionnels ou des modèles d’exposition de drones de combat liés à deux autres étaient visibles sur le salon.
Des "solutions anti-drones" utilisables contre les humains
Mercredi 17 juin, dans son stand entouré de panneaux gris, le représentant de l’entreprise israélienne d’armement Smart Shooter est entouré de lourdes valises contenant les brochures et le matériel de démonstration encore présents sur les murs deux jours auparavant. "On ramasse tout, et on s’en va", explique-t-il. "On va essayer de reprogrammer nos rendez-vous plus tard".
Lors de notre première rencontre, lundi 15 juin, le lendemain de la dissimulation de son stand par les organisateurs, il ne semblait pas comprendre pourquoi il avait été visé par cette mesure. "Nous produisons des solutions anti-drones", argumente-t-il, une production théoriquement compatible avec les critères fixés par le gouvernement français. Les prospectus et les images présents sur le stand montrent des drones pris pour cible, et un élément de visée monté sur une arme à feu.

Il est facile de retrouver la trace de ce produit sur le site de Smart Shooter : il s’agit du "SMASH", un système d’assistance au tir destiné à être monté sur une arme à feu classique. "Une fois votre cible verrouillée, pressez la gâchette, et SMASH fera le reste, en s’assurant que vous la touchiez", annonce les photos de démonstration. La cible en question peut effectivement être un drone…mais aussi un combattant ennemi, comme le montrent les vidéos de démonstration du fabricant. Une caractéristique qui paraît placer ce système clairement en dehors des limites fixées par le gouvernement français à la présence israélienne durant le salon.

Des stands encore partiellement accessibles, et de la documentation faisant la promotion de drones offensifs
Tout au long d’Eurosatory, la fermeture des stands israéliens ne respectant pas les consignes données en amont restait par ailleurs toute relative. Une certaine activité était ainsi visible autour de ces derniers, où il était parfois possible d’entrer sur invitation des représentants : une entrée, recouverte d’un simple rideau gris, restait accessible. Plusieurs entreprises israéliennes visées, comme le fabricant de drones Aeronautics, se sont félicitées du succès que représente le salon en matière de rendez-vous honorés avec la clientèle.

Une série de brochures publicitaires officielles d’Aeronautics retrouvées par la rédaction des Observateurs sur une table à proximité de son stand pose par ailleurs question quant au respect des règles du salon par l’entreprise.
Ces brochures font la promotion de la gamme "Orbiter" du fabricant, des drones à aile fixe pour la plupart équipés de caméras, destinés à des missions de reconnaissance.

Les documents indiquent que le modèle "Orbiter 2" dispose de deux versions : une dite "ISR", pour "Intelligence, surveillance et reconnaissance", et l’autre dite "LM", pour "Loitering munition", ou "munition rôdeuse". La brochure indique que cette dernière est équipée d’une "ogive en tungstène" de "3 kg".

Une arme qui n’est pas destinée à un usage antimissile ou anti-drones, mais à frapper des cibles au sol, selon deux acteurs du secteur que nous avons pu consulter. Un spécialiste de l’industrie des drones de combat commente également :
"Il semble qu'ils aient effectivement réutilisé la cellule de leur drone ISR pour une munition rôdeuse. On passe d'un drone d'observation/reconnaissance à un drone avec une charge explosive pour aller se crasher et détruire une cible adverse. [Pour des capacités] antimissiles et anti-drones, ça demande[rait] des performances un peu différentes [par rapport à celles visibles du Orbiter 2 visible sur la plaquette, NDLR.], notamment en termes de vitesse.
Une munition rôdeuse est une arme offensive, ce qui rompt avec les règles du salon [imposées aux fabricants israéliens de ne présenter que des produits anti-missiles, anti-balistiques ou anti-aériennes, NDLR.] il me semble."
Aeronautics, dans les démonstrations du drone "Orbiter 2" sur son site, le présente également comme doté de "capacités d’attaques", et illustre son usage contre un convoi de véhicules.
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La rédaction des Observateurs de France 24 a contacté Aeronautics pour vérifier auprès d’eux si l’entreprise avait fait la promotion des drones "Orbiter", et plus précisément du "Orbiter 2 LM", lors de leur présence à Eurosatory, comme peuvent le laisser penser les brochures retrouvées sur place. L’entreprise n’a pas répondu sur ce point précis, mais a assuré qu’elle s'était "parfaitement conformée aux consignes de l'événement, en laissant son stand entièrement vide".
"Aeronautics avait initialement prévu de présenter physiquement deux drones, l’Orbiter 4 VTOL et l’Orbiter 5, mais nous avons finalement décidé de n’exposer ni drones ni photos de ceux-ci, pour éliminer tout risque de non-respect des conditions et restrictions fixées par les organisateurs. De plus, nous n’avions pas l’intention de présenter nos produits LM (Loitering Munition)."
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Au milieu du salon, un drone mitrailleur conçu en collaboration avec une société israélienne
Un autre stand a attiré tout particulièrement les visiteurs : celui du géant de l’armement SIG Sauer, principalement basé en Suisse, en Allemagne et aux États-Unis. Sur son estrade trône une arme futuriste : un large drone à 4 rotors, dit quadcopter, équipé d’une mitrailleuse. À priori, rien à voir avec la présence israélienne au salon. Mais une conversation avec les représentants présents sur le stand révèle une situation plus complexe. Il explique ainsi que "le développement s’est fait avec une autre organisation, qui a fourni le drone. C’est [l’entreprise israélienne] IAI. Notre contribution, c’est l’arme à feu, et le système pour contrôler l’arme à distance."
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Mais aucune trace d’IAI, abréviation d'Israel Aerospace Industries, sur le drone visible au-dessus du stand de Sig Sauer. Là aussi, le représentant a une réponse : "celui qu’on a ici est un drone agricole DJI [un fabricant chinois, NDLR.]. C’est juste parce que c’est plus facile à importer, et moins cher."
Pourtant, Sig Sauer a déjà bien fait la démonstration de ce système avec le drone original, comme ici, en janvier 2026, lors d’un salon à Las Vegas. On y lit clairement les logos d’IAI et d’Aerotor, une autre société israélienne partenaire d’IAI.
L'exposition du drone "Fire Storm 250" sur le stand de SIG Sauer, au salon de l’armement Shot-Show de janvier 2026. On y reconnaît les logos d'IAI et d'Aerotor.
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Accepter Gérer mes choixSelon des articles de presse spécialisée, toutes deux fournissent la plateforme de base, tandis que Sig Sauer fournit le système d’armement pour ce quadcoptère mitrailleur baptisé "Fire Storm 250".
Sur le stand d’Israel Aerospace Industries, du vide et du silence
Quelques mètres plus loin, le stand d’IAI, partenaire de SIG Sauer dans la conception du drone "Fire Storm 250", est lui totalement vide. Seule une vidéo promotionnelle présente ses solutions de "défense aérienne intégrale".

Pourtant, IAI a déjà fait la promotion du "Fire Storm 250" lors d’autres événements récents, comme par exemple en octobre dernier à Washington. L’entreprise le met également en avant sur son site, en faisant figurer de manière visible son partenariat avec SIG Sauer. Interrogé sur le sujet, le représentant présent a poliment décliné nos questions, précisant que "l’entreprise a donné pour consigne de ne pas répondre aux journalistes."
La rédaction des Observateurs s’est également rapprochée de l’organisateur d’Eurosatory, la société COGES Events, afin de savoir si celle-ci était au courant de la mise en avant de systèmes d’armements offensifs israéliens par certains exposants, malgré les mesures prises. Elle a refusé de répondre à nos questions.
