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Supercalculateur chinois : deux quintillions de calculs par seconde, pour quoi faire ?
LineShine, l’ordinateur star chinois, a été sacré mardi supercalculateur le plus rapide du monde devant ses concurrents américains. Pékin avait perdu cette couronne il y a neuf ans, et même si elle est moins importante à l’heure de l’IA triomphante, c’est aussi un succès géopolitique pour la Chine.
Avant Lineshine, d'autres supercalulateurs chinois se sont distingués comme le Sunway TaihuLight qui avait été élu supercalculateur le plus rapide en 2016. AP - Li Xiang

De retour au top. La Chine a réussi à placer de nouveau l’un de ses super-ordinateurs tout en haut du classement des machines à calculer plus vite que leur ombre. L’ordinateur LineShine est devenu, mardi 23 juin, le plus rapide des supercalculateurs, dépassant son principal rival américain El Capitan, lui-même talonné par deux autres machines américaines.

LineShine, installé au Centre national des supercalculateurs de Shenzhen, au sud de la Chine, permet à Pékin de récupérer cette couronne de roi des superordinateurs, cédée en 2017 aux États-Unis. La Chine avait auparavant occupé cette première place à trois reprises, en 2010, 2013 et 2016.

Le supercalculateur à l’heure des ChatGPT & Co.

La réussite de 2026 semble revêtir une dimension particulière pour les autorités chinoises, dans un contexte de rivalité sino-américaine sur fond de conflit commercial et exacerbée par la course à l’IA. Et les supercalculateurs ont "longtemps été perçus comme un baromètre des accomplissements scientifiques et technologiques d’un pays", assure Antonio Calcara, directeur du programme Géopolitique et Technologie à la Vrije Universiteit Brussel.

Alors que les temps ont changé, la bataille des supercalculateurs est-elle toujours aussi stratégique à l’ère des ChatGPT et autres grands modèles de langage ? Le principal argument de vente de LineShine est sa capacité à effectuer plus de 2 quintillions (soit 2 milliards de milliards) de calculs par seconde. "C’est la première fois qu’un supercalculateur dépasse ce seuil", jubile CGTN, la principale chaîne publique chinoise qui dépend directement du Parti communiste chinois.

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Supercalculateur chinois : deux quintillions de calculs par seconde, pour quoi faire ?
Image de couverture : C'est le plus grand salon de l'actualité informatique et technologique, et cette année, l'intelligence artificielle y est la star... mais les semi-conducteurs continuent de rappeler leur importance, dans un double contexte de tensions régionales et de guerre commerciale avec les Etats-Unis. © France 24
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Une performance notable, sauf que "les tests utilisés pour mesurer la rapidité sont assez anciens et portent sur un type de calculs bien précis, pas nécessairement le plus pertinent, par exemple, pour les tâches liées à l’intelligence artificielle", souligne Rogier Creemers, spécialiste de l’approche chinoise des nouvelles technologies à l’université de Leiden, au Pays-Bas.

La course à l’IA et les progrès informatiques ont aussi démontré qu’un système "doté d’algorithmes bien conçus pouvait permettre d’atteindre des performances supérieures tout en effectuant moins de calculs", précise de son côté Dirk Helbing, informaticien à l’université technique de Zürich, où il travaille sur l’impact social des innovations.

Ainsi, le modèle chinois d’IA DeepSeek avait prouvé en janvier 2025 qu’il pouvait tenir tête à ses concurrents américains comme ChatGPT tout en étant moins puissant sur le papier.

La star des "grandes simulations"

Pour Rogier Creemers, il est évident que ce classement "fait avant tout des bons titres dans les médias". Mais cela ne veut pas dire que les supercalculateurs ne servent à rien. "Ils sont toujours très utiles pour la recherche scientifique. Ils sont utilisés pour les grandes simulations, notamment météorologiques, pour étudier le comportement des molécules ou encore pour modéliser divers phénomènes physiques complexes", résume Mathilde Velliet, chercheuse au Centre géopolitique des technologies de l’Ifri.

Grands enjeux climatiques, recherches pharmaceutiques ou encore compréhension de l’univers : ces supercalculateurs ont donc encore leurs quintillions de mots à la seconde à dire. "Lorsqu’on fait face à un problème complexe inédit, les supercalculateurs sont généralement les outils vers lesquels on va se tourner pour chercher des réponses", souligne Rafael Lemaitre, spécialiste de la recherche et de l’innovation pour le cabinet de conseil Sia Partners, et auteur d’une note sur les enjeux liés aux supercalculateurs

Sans oublier la portée "symbolique" de trôner tout en haut du classement devant un trio de rivaux américains. "Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la supériorité technologique est considérée par les États-Unis comme une question de sécurité nationale", rappelle Mathilde Velliet.

Même si la puissance des supercalculateurs n’est plus l’étalon technologique qu’elle a pu être, dépasser les États-Unis dans ce secteur "permet à Pékin de se poser un peu plus en égal" dans des domaines considérés parmi les plus sensibles à Washington, renchérit Rafael Lemaitre.

LineShine, DeepSeek, même combat

Le succès de LineShine représente peut-être avant tout un "message envoyé à la politique commerciale restrictive de Washington à l’égard de la Chine", assure Antonio Calcara. En effet, Pékin a longtemps maintenu un secret presque absolu autour de sa super-machine pour ne la dévoiler au monde qu’en mai 2026.

La raison ? Ce supercalculateur a la particularité de fonctionner sans la moindre puce de cartes graphiques produites par le géant américain Nvidia. C’est un sacré pari car ces fameuses puces, au cœur de la révolution de l’IA, "sont plus rapides, mais moins précises dans les calculs que les puces traditionnelles", souligne Dirk Helbing.

LineShine repose à 100 % sur des microprocesseurs standards faits, affirme Pékin, en Chine. "C’est censé être la preuve que la Chine a atteint une capacité de calcul souveraine à très grande échelle malgré les restrictions américaines sur les exportations des puces graphiques vers la Chine", note Rafael Lemaitre.

En un sens, ce supercalculateur prouve que "les restrictions américaines contraignent mais peuvent aussi stimuler l’innovation technologique chinoise", ajoute Mathilde Velliet.

LineShine et DeepSeek sont, à ce titre, les deux faces d’une même pièce, d’après les experts interrogés. Il ne s’agit pas tant de jouer à qui possède le meilleur calculateur que de montrer à son rival que Pékin, malgré les restrictions, est capable "à la fois de développer des concurrents valables à ChatGPT qui coûtent moins cher à utiliser, mais aussi de mettre au point des ordinateurs qui peuvent se hisser tout en haut des classements des supercalculateurs", note Rafael Lemaitre.

Pour Dirk Helbing, il y a cependant un risque inhérent à ces démonstrations de force technologique, à la fois par la Chine et par les États-Unis. Il craint que l’innovation réponde en priorité à l’impératif de faire mieux que son rival, alors qu’avec "tout cet argent, on pourrait penser à développer des systèmes informatiques plus décentralisés et plus performants pour le bénéfice de tous".