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L'UE autorise la création de "hubs de retour" à l'étranger pour les migrants illégaux
Le Parlement européen a donné son feu vert lundi soir pour la création de centres pour le renvoi de migrants à l'étranger. Ces "hubs de retour" dans des pays intermédiaires sont championnés par l'Allemagne, alors que l'Espagne y voit une menace pour le respect des droits humains.
Un centre d'accueil pour migrants construit et géré par l'Italie dans le port de Shengjin, en Albanie, à environ 60 kilomètres au nord-ouest de Tirana, le 11 octobre 2024. © Adnan Beci, AFP

Le Parlement européen ouvre la voie vers un durcissement de la politique migratoire de l'Union européenne. Les eurodéputés se sont accordés, lundi 1ᵉʳ juin, sur la possibilité de créer des centres à l'étranger où renvoyer les migrants illégaux.

La loi prévoit une batterie de mesures pour accélérer les expulsions et permet aux États qui le souhaitent d'installer des centres en dehors de l'Europe, pour y renvoyer des déboutés du droit d'asile.

Le compromis, trouvé dans la soirée, devra être voté une dernière fois par le Parlement européen et les États membres dans les prochaines semaines.

Certains pays européens comme le Danemark, l'Autriche ou l'Allemagne commencent déjà à imaginer où installer ces centres, par exemple au Rwanda, en Ouganda ou en Ouzbékistan.

L'idée de créer ces "hubs de retour", sans lien avec le pays d'origine des migrants, n'est pas nouvelle. Elle a été testée par l'Italie de Giorgia Meloni en Albanie, avant même l'examen de leur demande d'asile, contrairement à ce que prévoit la nouvelle loi européenne.

Mais le centre en Albanie est longtemps resté vide en raison d'une série de contestations judiciaires.

Et il faudra du temps aux États pour développer de tels projets, en accord avec les pays tiers qui les accueilleraient.

La France s'est montrée sceptique sur de tels centres et l'Espagne s'y est opposée, y voyant une menace pour le respect des droits humains.

Tour de vis

Ces hubs seront des "arrangements pays par pays. On ne voit pas très bien comment ça marchera", met en garde une source diplomatique, qui considère que le cœur de la loi se trouve plutôt dans les "flexibilités" mises en place pour accélérer les expulsions.

Car le texte approuvé lundi prévoit des sanctions plus strictes pour les migrants refusant de quitter le sol européen, comme des saisies de documents d'identité ou une durée de détention prolongée jusqu'à 24 mois.

Le renvoi des migrants contre leur gré serait aussi accompagné d'une durée d'interdiction d'entrée dans l'UE allongée à dix ans (contre cinq ans actuellement), voire vingt ans.

Aujourd'hui, environ 20 % des décisions d'expulsion aboutissent réellement, une statistique très critiquée par les partisans d'une ligne migratoire plus ferme.

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Mais avec ces nouvelles règles, l'UE disposera d'un "meilleur contrôle pour garantir que les retours soient effectués. C'est ce qu'attendent les citoyens, et c'est ce que nous leur offrons", affirme le commissaire européen en charge de l'immigration, Magnus Brunner.

Durant les négociations de la soirée à Bruxelles, le principal bras de fer concernait la date d'application des différentes mesures.

Les États auront la possibilité d'initier directement des centres de retour, mais d'autres mesures n'entreront en vigueur qu'un an après la publication de la loi, pour des raisons juridiques, notamment.

Le texte marque quoi qu'il en soit un net durcissement de la politique migratoire de l'Union européenne, seulement deux ans après l'adoption du Pacte asile et migration, qui entre tout juste en vigueur.

Ce pacte prévoit un "filtrage" renforcé aux frontières et un mécanisme de solidarité entre les États membres dans l'accueil des migrants. Le nouveau texte validé lundi soir vient le compléter et traduit la poussée de la droite et de l'extrême droite au Parlement européen.

L'eurodéputé de droite François-Xavier Bellamy, qui a milité pour le durcissement des règles, estime que le texte "va révolutionner la politique européenne face à l'immigration illégale".

La gauche et les ONG sont à l'inverse vent debout contre ces mesures, qu'elles jugent contraires au droit international.

Ce texte est le "fruit d'un accord honteux conclu entre les États membres et une majorité" de droite et d'extrême droite, accuse l'eurodéputée écologiste Mélissa Camara, qui y voit un "recul historique pour les droits fondamentaux des personnes exilées".

Avec AFP