
Le jeune Espagnol Rafael Jodar frappant un revers lors de son huitième de finale face à son compatriote Pablo Carreño Busta à Roland Garros, le 31 mai 2026, à Paris. © Pierre René-Worms, France 24
Un Rafael peut en cacher un autre… Après la fin de carrière de Nadal, son successeur était déjà tout trouvé en la personne de Carlos Alcaraz, mais le natif de Valence pourrait bientôt faire face à un concurrent de taille, lui aussi espagnol, Rafael Jódar.
Nadal est retraité, Alcaraz forfait, mais l'Espagne sera bien représentée en quart de finale à Roland-Garros : à 19 ans, Rafael Jódar s'y est invité au son des "Vamos Rafa", sur la terre de ses illustres modèles.
Son aventure a pourtant failli s'arrêter dimanche. Mais, mené deux sets à rien par un autre compatriote, Pablo Carreño Busta (89ᵉ), le jeune Madrilène a puisé dans ses ressources, dont l'on ignore encore à quel point elles sont épuisables, pour triompher en cinq manches (4-6, 4-6, 6-1, 6-2, 6-2).
En se qualifiant pour un quart de prestige mardi face au troisième joueur mondial Alexander Zverev dès sa première participation à Roland-Garros, Jódar a déjà réalisé un exploit.
Au XXIᵉ siècle, ils n'étaient que cinq à avoir accompli pareille prouesse pour leurs débuts parisiens : Juan Carlos Ferrero (2000), Martin Verkerk (2003), Rafael Nadal (2005), Jannik Sinner (2020) et Holger Rune (2022).
Une ascension fulgurante
Le monde du tennis n'a pas vraiment eu le temps de voir Jódarvenir. Début 2025, il était 896ᵉ mondial, naviguant dans l'anonymat des circuits secondaires. Aujourd'hui, il est virtuellement 22ᵉ mondial et personne n'a décroché plus de victoires que lui cette saison sur terre battue (19).
Jódara a remporté son premier match en Grand Chelem à l'Open d'Australie (éliminé au deuxième tour) en janvier et atteint le troisième tour du Masters 1000 de Miami.
Mais c'est sur terre battue qu'il explose véritablement : il obtient son tout premier titre sur le circuit principal en avril à Marrakech, avant d'enchaîner avec une demie à Barcelone puis deux quarts aux Masters 1000 de Madrid et Rome.
Il est le sixième Espagnol à remporter un tournoi de l'ATP avant ses 20 ans après Carlos Moya, Juan Carlos Ferrero, Tommy Robredo, Nadal et Alcaraz. Une liste pour le moins flatteuse… Jódar accepte d'ailleurs la filiation nationale, même s'il "essaie de développer [son] propre style".
"Quand j'étais plus jeune, mon modèle c'était Rafael Nadal, puis, ces dernières années avant de passer professionnel, je dirais sans doute Carlos Alcaraz", a-t-il expliqué après sa victoire en cinq sets contre Alex Michelsen au troisième tour. "Mais, comme je l'ai dit, j'essaie de suivre ma propre voie et de m'épanouir avec mon propre état d'esprit."
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Accepter Gérer mes choixGrand (1,91 m) et longiligne (70 kg), son langage corporel sur le court est bien différent d'un Nadal. Pourtant, les "Vamos Rafa !" qui descendent des tribunes rappellent l'époque où le Majorquin régnait en maître sur la porte d'Auteuil.
Face à l'expérience de Carreño Busta, ancien 10ᵉ mondial, le défi s'annonçait piégeux sur le Suzanne-Lenglen. Pris à la gorge par la longueur de balle et le revers foudroyant de son aîné, Jódar a d'abord semblé sans solution.
"Une grande marge de progression"
"J'ai essayé de ne pas précipiter mes coups et de limiter les fautes directes. C'était la clé des deux premiers sets, alors j'ai tenté de corriger cela", a-t-il expliqué. Grâce à cette lucidité tactique et, aussi, à une baisse de régime physique de Carreño Busta, 34 ans, Jódar a renversé la table.
"Il pourra très bientôt rivaliser avec Jannik [Sinner] et Carlos [Alcaraz]. Il est évident qu'il a les capacités d'atteindre ce niveau. Il est très jeune et il a encore une grande marge de progression", a prédit Carreño Busta.
Jódar a déjà croisé le fer avec Sinner, qui l'a encensé après l'avoir battu en quart à Madrid : "C'est déjà un joueur très solide, il a montré qu'il joue un tennis de très haute qualité."
Accompagné comme toujours de ses proches, dont son père, qui est aussi son entraîneur et son préparateur physique, le Madrilène devrait découvrir mardi le court Philippe-Chatrier.
En quête de son premier Grand Chelem à 29 ans, Zverev n'y défiera pas seulement un "jeune joueur incroyablement talentueux", comme il l'a décrit, mais aussi les échos d'un prénom qui, à Paris plus qu'ailleurs, refuse de mourir.
Avec AFP
