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Qui est Xenia Fedorova, accusée d'être la voix du Kremlin dans les médias Bolloré ?
L'ancienne directrice de la chaîne de propagande russe RT France, interdite par l'Union européenne, a rebondi dans la galaxie médiatique du milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Mais son influence grandissante et ses positions pro-russes font grincer des dents jusqu'au Quai d'Orsay. Décryptage.
Xenia Fedorova, ancienne directrice de la version française de la chaîne RT France et chroniqueuse sur CNews, lors d'une session de dédicace au Festival du Livre de Paris, le 12 avril 2025. © Xavier Galiana, AFP

Nouvelle controverse pour l'empire médiatique de Vincent Bolloré. Vivement critiqué pour avoir refusé de travailler avec les auteurs d'une tribune dénonçant "l’emprise grandissante de l’extrême droite" sur le cinéma, voilà désormais le groupe accusé d'abriter une "propagandiste du Kremlin", en la personne de Xenia Fedorova.

L'ancienne directrice de la chaîne de propagande russe RT France, interdite par l'UE en 2022 puis fermée en 2023, est en effet une habituée des plateaux du groupe du magnat d'extrême droite. Elle est invitée les mercredis et dimanches dans "L’Heure Inter" sur CNews, tient une chronique hebdomadaire dans le JDNews, et présente l’émission "Lumières orthodoxes" diffusée sur CNews et CStar.

"Servir la soupe de Poutine"

"Madame Fedorova est une propagandiste patentée, qui sert de relais à la désinformation du Kremlin", a accusé vendredi 29 mai le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot sur France Inter. "Chacun est libre de sa ligne éditoriale, mais ouvrir à cette dame ses plateaux et ses colonnes, c'est tout simplement servir la soupe de Vladimir Poutine".

Ces déclarations font suite à la publication d'une enquête du quotidien Le Monde qui raconte l'influence grandissante de cette chroniqueuse télé russe de 45 ans, dépourvue de carte de presse, dans la galaxie Bolloré.

C'est dans les médias du milliardaire catholique breton (CNews, JDNews, Europe 1) que l'ancienne directrice de RT France a trouvé refuge après la fermeture de la chaine, dont les avoirs ont été gelés dans le cadre des sanctions européennes contre la Russie. En 2025, elle a notamment publié chez Fayard, maison d'édition du groupe Bolloré, son livre "Bannie" dans lequel elle accuse le pouvoir français de chercher à la "museler".

Au-delà de ses mémoires, elle porte surtout la voix du Kremlin lors de ses apparitions sur les chaînes du groupe Bolloré, ce qui n'a pas échappé à certains téléspectateurs. En mai, le gendarme de l'audiovisuel, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), a reçu deux saisines visant le "manque d’honnêteté et de rigueur de l’information" de Xenia Fedorova. La première concerne ses propos du 9 mai "accusant de manière fallacieuse la Lettonie de glorifier le nazisme". La seconde, le 10 mai, concerne un message de désinformation sur la guerre en Ukraine : "On sait aujourd’hui que c’est l’Occident qui a décidé de prolonger ce conflit", avait-elle déclaré.

Mercredi, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, avait pointé les "propos très graves" de Xenia Fedorova, qui "inversent complètement la charge de la preuve sur les responsabilités entre la Russie et l'Ukraine".

Les propos de la chroniqueuse sont d'ailleurs scrutés au sein même du Quai d'Orsay où une note interne, consultée par Le Monde, détaille l’alignement des positions de Xenia Fedorova avec les discours officiels du Kremlin sur l’Ukraine, l’OTAN et l’Europe.

"Points de vue différents"

À CNews aussi, l'omniprésence de cette proche de Vincent Bolloré fait des vagues. Plusieurs habitués de la chaîne ont constaté qu'ils n'étaient plus invités après avoir débattu en plateau avec l'intéressée, à l'instar du général Bruno Clermont : "Très clairement, plusieurs de mes propos n’ont pas plu à Xenia Fedorova", a témoigné ce haut gradé au journal Le Monde.

Le patron du groupe Canal, Maxime Saada, a également été interrogé vendredi par un actionnaire sur la présence d'une "agent russe" sur la chaîne CNews : "C'est intéressant pour nous d'avoir des points de vue différents sur l'actualité quelle qu'elle soit, et des points de vue qui ne sont pas nécessairement ceux qu'on entend sur les autres chaînes", s'est défendu le dirigeant.

Il a par ailleurs estimé que la polémique concernant Xenia Fedorova s'inscrivait dans un contexte plus large d'attaques contre la chaîne d'information en continu CNews : "C'est encore une manifestation de la volonté pour certains de fermer CNews, et toutes les attaques sont utilisées, ça c'est la dernière en date".

Certaines personnalités politiques françaises, comme le candidat Horizons à la présidentielle Édouard Philippe, se sont depuis étonnés que Xenia Fedorova bénéficie d'un titre de séjour, renouvelé en août 2024 pour dix ans, malgré les accusations qui pèsent contre elle.

"C'est ce qui fait d'ailleurs la différence entre la France et l'Union Européenne et la Russie, ironise Jean-Noël Barrot sur France Inter. On peut, dans une démocratie, proférer des mensonges sans être envoyé dans un goulag ou une colonie pénitentiaire".

Avec AFP