
L'ancien président français Nicolas Sarkozy lors de la dernière journée de son procès en appel, dans lequel il est accusé d'avoir sollicité un financement libyen pour sa campagne électorale de 2007, au Palais de Justice de Paris, le 27 mai 2026. © Simon Wohlfarht, AFP
La voix tremble sous l'émotion et la colère : Nicolas Sarkozy a refermé mercredi 29 mai sur un cri de rage le procès libyen en appel, assurant n'avoir "pas trahi la confiance des Français" et appelant la justice à l'innocenter au terme de ce "chemin de croix".
Le parquet général a, de son côté, requis sept ans de prison pour association de malfaiteurs, corruption et financement illégal de campagne, en désignant Nicolas Sarkozy comme instigateur d'un pacte avec le régime de Mouammar Kadhafi.
Après deux mois et demi de débats, retour sur le dernier acte de ce procès historique dont l'issue sera connue le 30 novembre.
Mardi 26 mai : la défense de Guéant charge Sarkozy
L'avocat de Claude Guéant a fustigé mardi devant la cour d'appel de Paris "la cruauté" et "le cynisme" de la décision de Nicolas Sarkozy de mettre en cause la probité de son ancien bras droit, afin de se défendre durant le procès en appel.
"L'absence de Claude Guéant imposée" par sa santé "a été utilisée par Nicolas Sarkozy", qui a voulu "parier sur le fait que les absents ont nécessairement toujours tort" en en faisant le "récipiendaire des espèces libyennes", a plaidé Me Philippe Bouchez El Ghozi, selon qui son client "a bon dos".
Me Bouchez El Ghozi s'est interrogé pour savoir si ce changement du système de défense de Nicolas Sarkozy était la marque du "cynisme du politique ou du désespoir du prévenu".
D'une "violence inouïe (...) aussi soudaine que brutale", ce changement de pied alors que Claude Guéant et Nicolas Sarkozy avaient présenté un front uni en première instance, est une "stratégie à courte vue, désespérée et désespérante", selon l'avocat. Il a souligné la "cruauté de cette stratégie au plan humain".
L'avocat a répété que Claude Guéant avait bien informé Nicolas Sarkozy de sa rencontre occulte en octobre 2005 avec Abdallah Senoussi, n°2 du régime libyen, qui était recherché par la France pour avoir commandité l'attentat contre le DC-10 d'UTA en 1989.
En écrivant deux fois à la cour durant les débats, Claude Guéant a rappelé qu'il n'avait eu de cesse que de suivre les instructions de Nicolas Sarkozy", "le n°2 fait strictement ce que lui dit le n°1".
Mardi 26 mai : Hortefeux "moralement à terre"
Dans ses derniers mots devant la cour d'appel de Paris, Brice Hortefeux s'est décrit comme un homme "physiquement debout" mais "moralement à terre", usé par l'affaire du financement libyen allégué de la campagne de son ami Nicolas Sarkozy. "À terre de voir l'engagement de sa vie soupçonné", "de voir son intégrité mise en cause, "de ressentir l'incrédulité devant sa sincérité", a-t-il dit.
Son avocate Florence Bourg venait de demander sa relaxe, tout comme l'avait fait avant elle son confrère Jean-Yves Le Borgne, le conseil d'un autre ancien ministre de Nicolas Sarkozy, Eric Woerth, qui était le trésorier de cette campagne présidentielle victorieuse de 2007.

Le 13 mai, le parquet général a requis contre Brice Hortefeux quatre ans de prison, dont deux avec sursis, pour association de malfaiteurs; dix mois de prison avec sursis ont été demandés contre Éric Woerth, qui a été relaxé en première instance du délit de complicité de financement politique illégal.
Mercredi 27 mai : la parole est à la défense
L'heure est aux ultimes plaidoiries pour la défense de Nicolas Sarkozy. Sans surprise, ses avocats ont fustigé un "roman grotesque" et des années d'une enquête "sans preuves directes".
"Cela fait 13 ans qu'on cherche, 13 ans qu'on fouille, 13 ans qu'on perquisitionne en France, en Suisse, en Libye, au Liban", "13 ans qu'on place en garde à vue et "qu'on essaie de donner de la consistance aux folles accusations d'un financement libyen de la campagne de 2007", "13 ans qu'on cherche à impliquer Nicolas Sarkozy dans ce roman grotesque", a déclaré Me Christophe Ingrain, premier des quatre avocats de l'ancien président attendu à la barre.
Ce dernier a réfuté l'accusation de participation à une association de malfaiteurs faute d'acte concret de son client.
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Réessayer
Il n'aurait, par exemple, pas été informé des rencontres de ses proches, Brice Hortefeux et Claude Guéant, fin 2005, avec le n°2 du régime libyen Abdallah Senoussi. Le pacte aurait été noué selon l'accusation au cours de ces conciliabules occultes : de l'argent en échange de diverses contreparties, notamment un examen de la situation pénale de ce dignitaire, condamné à la perpétuité en France pour avoir commandité l'attentat contre le DC-10 d'UTA en 1989 (170 morts).
Certes, il y eut sa propre visite, le 6 octobre 2005. Mais elle n'aurait été qu'un simple "déplacement officiel du ministre de l'Intérieur qui s'inscrivait dans le rapprochement entre la France et la Libye", selon Me Ingrain qui interroge la cour : "Avez-vous compris quand le prétendu pacte corruptif a été scellé ? Pas moi".
Et puis quel aurait été son mobile, demande son confrère, Me Sébastien Schapira, qui plaide le "bon sens" : il insiste sur l'"invraisemblance" du récit d'un homme "aux portes de l'Élysée", qui irait "se mettre dans un pacte faustien" avec "un fou furieux", Mouammar Kadhafi, que tout le monde savait ingérable.
Mercredi 27 mai : "Je n'ai pas trahi la confiance des Français"
Dans ses derniers mots adressés à la cour, l'ancien président Nicolas Sarkozy a assuré qu'il n'avait "pas trahi la confiance des Français".
"Je ne demande qu'une chose : être traité comme n'importe qui, être jugé pour ce que j'ai fait, pas ce que je suis", a-t-il également dit après que ses avocats ont plaidé sa relaxe.
Semblant parfois au bord des larmes, il se dit "blessé" que l'accusation ait suggéré que son élection de 2007 avait été "biaisée" ou le décrive comme "un président sous influence étrangère". "Pas ça, par pitié, pas ça", se récrie-t-il.
Puis Nicolas Sarkozy se tourne à nouveau vers la cour : "je tiens à mon pays et je ne peux pas croire que dans la France de 2026, un homme soit condamné à sept ans de prison pour des faits qu'il n'a pas commis et contre lequel après 14 ans d'enquête, il n'y a aucune preuve".
Il a également évoqué ses 20 jours de détention après sa condamnation en première instance et le risque d'être de nouveau incarcéré : "C'est émouvant pour moi, car maintenant je vais attendre comme un homme qui ne va se demander qu'une chose en se réveillant : est-ce que je vais y retourner ?". Réponse le 30 novembre pour l'ancien chef de l'État dont une éventuelle condamnation pour un pacte de corruption avec une puissance étrangère laisserait un stigmate plus profond que celles, définitives, dans les affaires dites des écoutes et Bygmalion.
Avec AFP
