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Attal-Philippe, les frères ennemis du macronisme entrent en campagne
Les deux anciens chefs de gouvernement d’Emmanuel Macron sont tous les deux candidats à l’élection présidentielle. Héritiers de l’électorat macroniste, Gabriel Attal et Édouard Philippe seront en concurrence lors des huit prochains mois avant, ont-ils promis, de se rassembler début 2027. Mais ce duel pourrait laisser des traces.
Gabriel Attal et Édouard Philippe entendent tous les deux incarner le bloc central lors de l'élection présidentielle 2027. © AFP / Studio graphique, FMM

La compétition est lancée. En officialisant sa candidature à l’élection présidentielle et en organisant, samedi 30 mai, à Paris, un premier grand meeting de campagne, Gabriel Attal a rejoint Édouard Philippe dans la course à l’Élysée. Si ces deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron promettent une concurrence "apaisée", les hostilités sont bel et bien lancées pour qu’à la fin, il n’en reste qu’un.

Au lancement de campagne millimétrée de Gabriel Attal, Édouard Philippe a répondu tous azimuts. Le premier a accordé, le 23 mai, un long entretien au Parisien et fait le 20 h de TF1 avant, le lendemain, d’accorder une longue interview avec le média en ligne Brut et de passer, le 26 mai, dans la matinale de France Inter. Le second, qui se faisait discret depuis sa victoire au Havre lors des municipales, est d’un coup sorti de son silence en répondant aux questions du Parisien le 21 mai, avant un passage dans l’émission C à vous du 23 mai et une interview dans la matinale de France Inter le 28 mai.

Entre les deux hommes, la bataille médiatique est donc lancée pour convaincre un électorat quasi-identique. Tous deux sont des héritiers du macronisme et ont été solidaires de tous les gouvernements depuis neuf ans, mais Gabriel Attal (Renaissance), qui vient du Parti socialiste (PS), revendique le même positionnement au centre qu’Emmanuel Macron en 2017, tandis qu’Édouard Philippe (Horizons), issu du parti Les Républicains (LR), assume d’être "à la tête d’un parti politique de droite".

En clair, quand l’un cherchera à élargir sa base en tentant de séduire les électeurs sociaux-démocrates du centre-gauche, l’autre se tournera plutôt vers sa droite en espérant gagner les voix des électeurs LR. Cela se traduit déjà par des thématiques différentes mises en avant : Gabriel Attal répète depuis plusieurs jours qu’il fera de l’école sa priorité avec "des mesures essentielles" prises rapidement par décret et effectives dès la rentrée 2027 ; Édouard Philippe répète pour sa part qu’il organisera dans les semaines suivant son élection un référendum sur la "règle d’or budgétaire" (le fait pour un gouvernement de ne pas pouvoir voter un budget en déficit) et détaille également dans son interview au Parisien son plan de lutte contre le narcotrafic, un sujet qui figure parmi les préoccupations des possibles électeurs de l’ancien ministre de l’Intérieur et candidat LR à la présidentielle, Bruno Retailleau.

Un pacte pour se rassembler

Mais c’est d’abord vers leur base que Gabriel Attal et Édouard Philippe comptent se tourner et espèrent convaincre. Une base macroniste qui réunit Renaissance, le MoDem et Horizons et qui se retrouve aujourd’hui à devoir choisir entre deux candidats portant des projets très proches, mais qui vont passer du temps et de l’énergie à se démarquer l’un de l’autre avant de se rassembler en 2027.

Car les deux hommes ont passé un pacte, a révélé L’Express. Lors d’un dîner le 10 février à Paris, en marge d’un meeting de Pierre-Yves Bournazel, candidat à la mairie de Paris soutenu par Horizons et Renaissance, ils se sont mis d’accord pour faire campagne chacun de leur côté pendant plusieurs mois avant de voir lequel des deux serait plébiscité par les sondages. Selon cet accord, le moins bien placé au début de l’année 2027 devra abandonner et soutenir son concurrent.

Une stratégie qui rappelle l’affrontement fratricide en 1995 entre Jacques Chirac et Édouard Balladur et qui inquiète de nombreux cadres de la macronie.

"Je ne crois pas à une compétition apaisée", a jugé l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne, le 26 mai, sur franceinfo. "Toute l'énergie qu'on peut passer à être en compétition au sein de ce bloc central, c'est de l'énergie qu'on ne passe pas pour proposer des réponses aux Français et pour dénoncer les réponses qui sont présentées par les extrêmes", a-t-elle regretté, se disant "pas rassurée". "Il ne faut pas se tromper de combat, il y a un risque d'avoir un deuxième tour entre RN et LFI et on devrait tous se concentrer et se rassembler pour éviter cette hypothèse", a ajouté Élisabeth Borne.

"Ceux qui se présentent comme étant des personnes qui peuvent s’entendre en février prochain, aujourd’hui pourraient montrer des différences trop fortes qui rendraient une alliance impossible", a de son côté mis en garde le ministre de la Justice Gérald Darmanin, le même jour, sur France 2, affirmant que le bloc central avait besoin d'"un seul candidat".

Chasse aux soutiens

Les deux candidats assurent le contraire. "Il faut dire les choses aux Français, conserver les principes de réalité et de responsabilité en tête, parce qu'il y a énormément de gens qui considèrent qu'un second tour de l'élection présidentielle où il faudrait choisir entre LFI et le RN, c'est un cauchemar, ce que je pense. […] Il va y avoir un débat […] et ensuite chacun prendra ses responsabilités pour savoir qui, à la fin, peut porter les couleurs. Cela me paraît très sain", a affirmé, samedi, sur C à vous, Édouard Philippe, qui fait par ailleurs l’objet d’une enquête du Parquet national financier pour des faits présumés de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d’intérêt et concussion.

"Nos partis se parlent et c'est très bien. Mais là, je crois que le temps, c'est de parler, d'expliquer aux Français ce qu'on a envie de faire, de les convaincre. Et ensuite, début 2027, s'il y a un risque avéré de deuxième tour entre La France insoumise et le Rassemblement national, évidemment il faudra construire les conditions du rassemblement", a estimé un peu plus tard Gabriel Attal sur TF1.

Laisser les sondages décider de l’identité du candidat final comporte toutefois un risque. Personne ne sait comment Gabriel Attal et Édouard Philippe se départageront dans le cas où ils seraient au coude-à-coude dans les enquêtes d’opinion.

En attendant, la chasse aux soutiens est ouverte. Gabriel Attal et son entourage font chauffer les téléphones, selon Politico, pour convaincre le maximum de députés de venir samedi au meeting du patron de Renaissance. Et Édouard Philippe organisera lui aussi un rassemblement politique, le 5 juillet à l’Adidas Arena, dans le nord de la capitale. Dans cette bataille des meetings, le nombre de participants et le poids politique des soutiens affichés seront tout particulièrement scrutés.